Comment conjuguer économie et climat

Tarifer l'usage des énergies fossiles : la première des priorités. [Aerovista Luchtfotografie/Shutterstock]

Réformer la fiscalité de l’énergie et inciter le privé à investir dans les technologies et les infrastructures adaptées : voilà comment doper la croissance sans faire bondir les émissions. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

C’est presque un plan de relance économique mondial. À l’heure où la croissance donne quelques signes de fragilité (et pas seulement en France) sans pour autant épargner le climat, la commission mondiale sur l’économie et le climat propose de doper l’économie planétaire à coup d’investissements bas carbone.

Dans un rapport mis en ligne ce mercredi 5 septembre, la cohorte d’entrepreneurs (Jean-Pascal Tricoire, Schneider Electric), d’économistes (Nicholas Stern), de politiques (Helen Clark, ancienne Première ministre de Nouvelle-Zélande), d’institutionnels (Angel Gurria, patron de l’OCDE) ou de syndicalistes (Sharan Burrow, ITUC), de banquiers (Suma Chakrabarti, BERD) cosignataires de l’ouvrage proposent quelques pistes pour concilier économie et écologie, priorité affichée du nouveau ministre français, François de Rugy.

Tarifer l’usage des fossiles

En tête des actions à mener: la ‘tarification’ des émissions de carbone. En clair, faire payer, en amont et en aval, l’usage des énergies fossiles. D’abord, en supprimant les milliers de milliards d’aides publiques que les États consacrent, chaque année, au soutien de la production et de la consommation de carburants et de combustibles d’origine pétrolière.

Dans la foulée, la Commission Calderon propose évidemment de taxer les émissions de CO2 d’au moins 40 à 80 dollars [par tonne] d’ici 2020, ainsi qu’une trajectoire de croissance prévisible jusqu’en 2030. Couplées, ces deux mesures permettraient d’accroître de 2 800 Md$ par an le montant des recettes publiques: un peu plus que le PIB français.

Prioriser l’énergie

Cette priorité donnée à la fiscalité de l’énergie s’explique par le volume considérable d’investissements dans ce domaine qui vont être consentis prochainement: 90 000 Md$ d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

«Et la plupart de ces investissements seront décidés dans les toutes prochaines années», poursuivent les rédacteurs de l’étude. Miner le modèle économique des énergies fossiles dès à présent, c’est orienter les investissements vers les technologies bas carbone.

Flécher les investissements du privé

Suivant l’appel des 100 personnalités réunies par Alternatives Economiques, la Commission mondiale pour l’économie et le climat (CGEC) appelle les banques de développement à porter à 100 Md$/an le montant des investissements dédiés à la construction d’infrastructures durables.

Au secteur privé, on demande de consacrer 50 milliards de mieux par an dans le développement d’innovations dans d’autres secteurs que celui de l’énergie. L’intégration par l’industrie des meilleures technologies disponibles lui permettrait de réduire d’un quart son intensité énergétique et d’un tiers les émissions carbonées liées à la consommation d’énergie.

Stratégies nationales bas carbone

Aux États la charge d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies bas carbone, si possible plus efficaces que celle actuellement mise en œuvre dans l’Hexagone. Parmi les priorités listées par la CGEC: la densification des villes, l’élaboration de nouveaux modèles agricoles (moins consommateurs de terres et d’intrants) et alimentaires (moins carnés).

Un gros effort (une centaine de Md$/an) est demandé pour la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable: «De bonnes politiques d’allocation de l’eau pourraient faire augmenter le PIB, dans certaines régions, de 6% d’ici 2050.»

65 millions d’emplois

Déployés rapidement et globalement, ces principes de croissance inclusive pourraient générer 26 000 Md$ de gains économiques cumulés d’ici 2030, créer 65 millions d’emplois, éviter 700 000 morts prématurées imputables à la pollution de l’air, estiment les rapporteurs. Tout en mettant les économies développées et émergentes sur le chemin de la stabilisation du réchauffement à 2°C.

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