Conflits armés dus au dérèglement climatique, un risque réel à anticiper

Un homme à cheval dans une tempête de sable en provenance de la région soudanaise du Darfour. Le réchauffement climatique pourrait entraîner des "dizaines" de conflits supplémentaires, avait déclaré le président français de l'époque Nicolas Sarkozy. Selon lui, le conflit au Darfour a résulté d'un "mélange explosif" où le changement climatique a affecté l'agriculture, provoquant une vague migratoire qui avait ensuite contribué à déclencher la guerre. [EPA/STEPHEN MORRISON]

Les conséquences des dérèglements climatiques sur la sécurité n’ont été prises en compte que tardivement par la diplomatie et par les armées. La mission d’information parlementaire « dérèglements climatiques et conflits » a présenté mercredi (27 janvier) les conclusions de leurs travaux ainsi que leurs recommandations devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

Si les co-rapporteurs de la mission d’information, les députés Alain David (Soc) et Frédéric Petit (MoDem), soulignent qu’aucun conflit armé ayant pour cause le dérèglement climatique n’est jusqu’à présent survenu au plan international, leur rapport montre clairement en quoi les dérèglements climatiques causent de vives tensions internationales, tant pour les populations que pour le États. Celles-ci sont de nature, « dans un avenir proche », à provoquer des conflits armés.

« Il s’agit d’anticiper ces conflits, notamment en préparant nos armées, affirme le président de la commission des Affaires étrangères, le député Jean-Louis Bourlanges (MoDem), élu le même jour suite au décès de sa prédécesseure Marielle de Sarnez. Les armées française et européennes ont sur ce plan un vrai temps de retard par rapport aux Américains, qui ont créé un secrétariat d’Etat à la Défense pour la sécurité environnementale dès 1993. »

Des conséquences tentaculaires

Selon l’Organisation météorologique mondiale, l’année 2020 a été une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées et a clôturé également la décennie la plus chaude, depuis que les mesures existent. Le GIEC annonçait également fin 2019 que le niveau  de la mer pourrait augmenter jusqu’à 1,10 mètre d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre continuaient d’augmenter à un rythme élevé. Désertification, submersion des littorals, les dérèglements climatiques actuels atteignent des niveaux inégalés, et les événements climatiques extrêmes – canicules, cyclones, inondations – sont également plus nombreux et plus intenses, provoquant des dégâts humains et matériels considérables, soulignent les auteurs du rapport.

« Les dérèglements climatiques menacent la sécurité internationale. Ils sont considérés par la grande majorité des chercheurs et des acteurs internationaux comme des multiplicateurs de menaces », explique le député Alain David.

« Ils augmentent le risque de conflits à deux niveaux : en favorisant les migrations internes et, dans une moindre mesure, transfrontalières, ce qui amène à des tensions entre les communautés et les États qui, lorsqu’elles s’ajoutent à des tensions préexistantes, contribuent à faire éclater des conflits. Les dérèglements climatiques augmentent également la pression sur les ressources. »

L’accès à l’eau, la nourriture ou les ressources minérales est rendu plus difficile par ces déplacements de populations et les conséquences du changement climatique lui-même.

Au Sahel notamment, la désertification provoque des difficultés économiques et sociales et « au Bangladesh, la migration climatique transfrontalière avec l’Inde est très probable et les tensions entre les deux pays sont déjà très vives », explique le député Frédéric Petit.

À titre d’exemple, la seule montée du niveau de la mer pourrait selon le GIEC déplacer 280 millions de personnes.

Comment s'annonce 2021 sur le plan climatique ?

Entre les feux de forêt désastreux, les canicules suffocantes et les inondations dévastatrices, force est de constater que 2020 a été une année catastrophique pour le climat. Comment s’annonce 2021 sur le plan climatique ? Un article d’Euractiv Allemagne. 

Quelles solutions ? 

Les co-rapporteurs constatent que les conséquences sécuritaires des dérèglements climatiques n’ont été prises en compte que tardivement par la diplomatie et par les armées. Selon eux, de nombreuses améliorations de cette prise en compte est possible, tant au niveau stratégique qu’opérationnel.

Parmi les trente-six recommandations faites au gouvernement, les deux députés demandent tout d’abord une mobilisation plus forte des diplomaties française et européenne pour pallier le problème à la racine, c’est-à-dire en accentuant les mesures d’atténuation – révision à la hausse des objectifs de l’Accord de Paris lors de la COP26, réforme des financements climat, etc. L’idée est aussi d’encourager la recherche et la coopération internationales sur cette thématique, via le financement du nouveau Mécanisme climat et sécurité de l’ONU ou encore le vote d’une résolution générale du Conseil de sécurité.

Concernant les migrations, ils estiment également  indispensable de créer un cadre juridique plus protecteur pour les déplacés climatiques, et appellent également les diplomates a encouragé le partage équitable des ressources naturelles « par tous les moyens diplomatiques disponibles ».

Enfin, les rapporteurs préconisent d’engager rapidement une réflexion stratégique à haut niveau sur cette thématique afin d’adapter les armées aux dérèglements climatiques, en l’intégrant notamment dans la formation des personnels.

Une prise en compte tardive mais amorcée

Si l’United States Army War College a publié en octobre 2019 un rapport sur les implications du changement climatique sur l’armée américaine, tant au niveau national qu’international, l’Europe n’est pas en reste. En novembre dernier, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) a présenté une feuille de route afin d’aborder les liens entre le changement climatique et la défense, proposant notamment d’intégrer ce paramètre dans les actions de défense de l’UE, y compris dans la Politique de sécurité et de défense commune. En termes opérationnels, la feuille de route vise à améliorer l’état de préparation militaire dans les environnements touchés par le changement climatique.

En outre, un Conseil militaire international sur le climat et la sécurité (IMCCS) a été lancé en février 2019, et regroupe des hauts responsables militaires, des experts et des institutions spécialisés dans la sécurité d’une trentaine d’États comme l’Allemagne, le Soudan, le Royaume-Uni, l’Italie, ou encore les États-Unis. L’organisation se consacre à l’anticipation, à l’analyse et au traitement des risques sécuritaires liés au changement climatique.

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