La COP24 comme si vous y étiez – Jour 11

[Photos by IISD/ENB - Kiara Worth]

Dans cette série spéciale sur la COP24, Euractiv vous emmène à la conférence sur le climat de Katowice. Au menu : enfin un peu d’ambition, intervention d’António Guterres, le Portugal comme modèle, et plus encore.

Enfin un peu d’ambition. Exactement trois ans après l’adoption du premier traité mondial sur le changement climatique par 195 parties (COP21, le 12 décembre 2015), la coalition des pays ayant joué un rôle pivot cette année s’est reformée à la veille des dernières 48 heures.

Réunis dans le pavillon européen, les ministres de l’Environnement de la Grenade, de l’Éthiopie, de l’Allemagne, de la Norvège, de l’UE, du Canada, de la Suisse, de l’Argentine, du Danemark et de la Colombie ont déclaré qu’il était inacceptable de partir de Katowice sans une décision conforme au rapport du GIEC et sans décision sur le dialogue de Talanoa.

Dans le document, les signataires affirment qu’ils sont déterminés à accroître leur ambition d’ici à 2020, conformément à l’objectif à long terme de l’accord de Paris de baisser la température. Ils comptent y parvenir en relevant leur Contributions déterminées au niveau national, en multipliant les actions à court terme et les stratégies de développement à faibles émissions de carbone sur le long terme.

Accrochez-vous ! Plus tôt dans l’après-midi, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a tapé du poing sur la table des négociations, toujours de manière diplomatique, en appelant les délégués à s’atteler à la tâche.

« J’ai quitté Katowice avec de l’espoir mais aussi de l’incertitude. Pendant mon absence, trois autres rapports se sont ajoutés à la longue liste des signaux d’alarme : un rapport spécial de l’OMS sur l’impact du changement climatique sur la santé ; un rapport du programme de l’environnement de l’ONU qui souligne les avantages d’une baisse des émissions dans le secteur de la construction ; et une recherche de la NASA sur les premiers signes d’une fonte majeure des glaciers dans l’est de l’Antarctique. De retour à Katowice, je vois que malgré certains progrès dans les textes de négociation, il reste encore beaucoup à faire », a déclaré le secrétaire général.

Il a aussi appelé la présidence polonaise à accélérer ses efforts : « Katowice doit être, Monsieur le président, l’aube d’une nouvelle détermination pour concrétiser la promesse de l’accord de Paris. »

« Nous avons clairement le savoir-faire et la capacité de maintenir le réchauffement climatique à 1,5 °C. Il existe une véritable dynamique de la part de tous les segments de la société pour réduire les émissions et pour passer d’une économie grise à une économie verte. Nous en avons les moyens. Ce dont nous avons besoin c’est de volonté politique pour avancer », a-t-il martelé.

630 crochets. Étant donné qu’aucun progrès majeur n’a été fait et que les négociateurs étaient coincés dans les détails du texte, le président de la COP24, Michał Kurtyka, a déclaré le 11 décembre au soir qu’il reprenait le contrôle des discussions.

« Sur la base des rapports que nous venons d’entendre et de l’avancement des travaux, je constate que l’approche actuelle des négociations est à bout de souffle », a-t-il dit, avant d’exhorter les délégués à présenter une nouvelle proposition le lendemain.

« Regardez la situation dans son ensemble, laissez de côté la question micro, n’ajoutez pas de crochets », leur a-t-il demandé.

Mercredi soir, l’ensemble des documents provisoires a commencé à être publié. Alors, combien de parenthèses reste-t-il ? Simon Evans, rédacteur en chef adjoint du magazine britannique Carbon Brief, explique que le nombre de parenthèses est passé de 2 809 en octobre à 630, tandis que le nombre de pages est passé de 236 à 136 pages.

Portugal. Le Portugal a présenté sa stratégie pour la neutralité carbone d’ici 2050 en marge de la COP24. Lisbonne avait pris cet engagement à la COP22 à Marrakech, il y a deux ans.

L’objectif est à présent de définir la manière dont le pays atteindra son but, qui impliquera un engagement collaboratif entre politiques, des technologies et du capital, ainsi que la participation de la société civile et du secteur privé.

Le ministre portugais de l’Environnement, João Pedro Matos Fernandes, n’a pas caché sa fierté. « Nous sommes des pionniers, nous montrons à tous les autres États membres qu’il est possible d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 », a-t-il déclaré à Euractiv.

« Bien sûr, il y a différents moyens d’y arriver. En ce qui concerne les projets à long terme sur la neutralité carbone, il faut comprendre qu’il est possible de définir la voie qui nous y emmènera de manière flexible », ajoute-t-il. « Mais les objectifs ne doivent pas être modifiés. »

Le ministre assure « comprendre parfaitement que [la hausse des ambitions] est très difficile, que c’est un vrai défi ». Pour le Portugal, cela signifie réduire de 85 % les émissions, souligne-t-il.

« Si nous voulions rester dans le scénario actuel, cela ne permettrait que 60 % de réduction », ajoute-t-il. Si le Portugal est tellement en avance, c’est parce qu’il a commencé à œuvrer à sa transition énergétique dès 2005.

João Pedro Matos Fernandes précise que la feuille de route du pays inclut le doublement de la capacité renouvelable et un investissement dans la mobilité électrique. « La Commission européenne a publié sa stratégie pour 2050. Le Portugal montre ce qui est possible », conclut-il.

Le Portugal dépasse les 100% d'énergie renouvelable

En mars, le Portugal a produit plus d’énergie renouvelable qu’il n’en a utilisé. Pourtant, faute d’interconnexion entre le pays et le reste de l’Europe, le surplus n’est pas utilisé.

Craintes allemandes des gilets jaunes. La ministre allemande à l’Environnement, Svenja Schulze, a appelé le 12 décembre à plus de fonds européens pour une « transition juste » dans les régions charbonnières.

« Je me féliciterais réellement d’un prochain budget européen prévoyant davantage de financements pour les régions affectées par un changement structurel », a-t-elle insisté lors d’une conférence de presse, ajoutant que certaines régions allemandes bénéficieraient de cette mesure.

Elle a aussi annoncé que l’Allemagne soutiendrait un échange d’expérience entre régions européennes dépendantes du charbon. « En Europe, il y a une quarantaine de régions charbonnières, dont beaucoup sont confrontées aux mêmes difficultés que les régions allemandes. »

« Il est important de fournir aux travailleurs une alternative dans la région, et de les impliquer dans les décisions de sortie des combustibles fossiles. S’ils ne sont pas impliqués dans les décisions, ils enfileront des gilets jaunes et sortiront dans la rue pour dénoncer la transition », craint-elle.

Allemagne. La COP24 a mis en lumière les divisions internes du gouvernent polonais sur les questions d’énergie et de climat. Il en va en réalité de même au sein du gouvernement allemand.

Début novembre, la ministre à l’Environnement, Svenja Schulze, a annoncé qu’elle s’associerait au ministère des Finances pour fixer un prix carbone pour une série de secteurs, notamment le chauffage et les transports.

Quelques jours plus tard, le ministère des Finances a rejeté le projet, déclarant ne pas envisager « l’introduction d’une taxe sur le CO2 ou d’un nouveaux prix du CO2, qui alourdirait le fardeau des citoyens ».

À Katowice, Svenja Schulze a estimé que c’en était trop : « Je suis en train de faire en sorte que tous les services réfléchissent à la manière dont ils peuvent contribuer à la réduction des émissions de CO2. Le vieux jeu qui consiste à considérer que seul le ministre de l’Environnement doit faire des propositions sur les changements climatiques et que tout le monde peut les refuser est terminé ».

Allemagne, encore. Les ministères fédéraux de l’environnement (BMU) et de la coopération économique (BMZ) ont promis 68 millions d’euros supplémentaires pour aider les pays émergents et en développement à atteindre leurs objectifs climatiques.

Ces pays n’ont pas spécialement les moyens de créer des règles transparentes pour assurer un suivi de leur action climatique, rappelle Martin Jäger, secrétaire d’État au ministère de la coopération économique et du développement.

« C’est une question que nous discutons de manière assez intense. Qui fait des rapports à qui sur les progrès réalisés, et comment les mesurer ? C’est aussi un sujet de négociation ici, à Katowice », a-t-il indiqué lors d’un point presse.

Lancé à la COP22 à Marrakech par le Maroc et l’Allemagne, le partenariat NDC a pour but d’intensifier la coopération pour que les pays accèdent aux connaissances techniques et au soutien financier dont ils ont besoin pour atteindre les objectifs définis dans leurs contributions nationales. 70 pays émergents et en développement, ainsi que 17 États industriels et 20 organisations internationales font partie du projet.

Arabie saoudite. Dans un communiqué, la délégation saoudienne s’est plainte de ce qu’elle considère comme une déviation brutale des conditions prévues à Paris. « Nous assistons en effet à une insistance déplacée sur l’énergie, et particulièrement sur le pétrole, avec des efforts pour imposer des taxes excessives et irréalistes sur les hydrocarbures », y lit-on.

« Pour réaliser pleinement l’accord de Paris, nous devons avant tout accepter que la transition vers des économies à faibles émissions prendra du temps. Nous devons rendre disponibles les approvisionnements en énergie fiable et abondante pour cette longue transition, afin d’assurer un changement ordonné », continue la délégation.

Société civile européenne. 45 acteurs non-étatiques ont appelé les États de l’UE à fixer un objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre correspondant aux contributions nationales convenues d’ici 2020. L’initiative Step Up Now a été lancée le 12 décembre par 22 entreprises, 15 investisseurs, six villes et deux régions de partout en Europe.

L’initiative met en valeur les actions déjà entreprises par des acteurs non-étatiques pour limiter le changement climatique, ou la manière dont différents acteurs en bénéficient.

« L’UE a les connaissances, les compétences et les moteurs économiques nécessaires pour arriver à zéro émission en 2050 au plus tard. Il sera crucial d’intensifier les efforts au cours des décennies à venir et de revoir nos objectifs pour 2030. Nous estimons que les pays européens peuvent et devraient montrer la voie vers un avenir sans émissions ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.