La COP24 comme si vous y étiez – Jour 3

« La seule chose que l’UE a à faire est son devoir. » [enb.iisd.org]

Dans cette série spéciale sur la COP24, Euractiv vous emmène à la conférence sur le climat de Katowice. Aujourd’hui, le point sur les négociations, la finance verte, une transition juste ou l’indice de risque climatique.

Le 4 décembre, les négociations techniques ont débuté. Les négociateurs se penchent sur le détail des mesures de suivi, de reporting et de vérification intégré à l’ensemble des règles d’application, le document qui assure la mise en œuvre de l’accord de Paris et qui doit être officiellement adopté à la fin de la COP24, le 14 décembre.

« La présidence polonaise veut que les négociateurs aient finalisé les aspects techniques d’ici samedi », explique une source européenne proche des discussions. La semaine prochaine, c’est la phase la plus délicate qui commence : les discussions politiques.

Selon cette source, l’ambiance de travail est bonne et il existe un réel engagement au sein des équipes de négociation de terminer le plus rapidement possible, même si « bien sûr, certaines parties exprimeront toujours des souhaits particuliers ».

La présidence polonaise de la conférence aurait tout spécialement insisté sur les finances, telles que mentionnées dans l’article 9 de l’accord de Paris. Cet article stipule que les pays développés fourniraient des ressources financières pour aider les pays en développement à respecter leurs engagements en termes d’atténuation et d’adaptation.

L’article précise aussi que la mise à disposition de financements augmentés devrait avoir pour objectif d’atteindre un équilibre entre adaptation et atténuation. Et ce, en tenant compte des stratégies des États et des priorités des pays en développement, et expressément de ceux qui sont très vulnérables aux conséquences du changement climatique et dont les capacités ne sont pas suffisantes.

« La session sur le Fonds d’adaptation a été particulièrement productive », poursuit le représentant européen. Une bonne nouvelle, étant donné que ce fonds est considéré comme essentiel pour les pays en développement dont les économies fragiles ont déjà été touchées par le changement climatique. Jusque-là, ce fonds n’avait provoqué que peu d’intérêt – et attiré peu de financements.

« Une discussion s’est aussi engagée sur l’avenir du programme des 100 milliards de dollars annuels versés par les pays développés, qui se termine en 2025 ». En 2009, lors de la COP15, les pays développés avaient en effet promis de mobiliser ensemble 100 milliards de dollars tous les ans au plus tard en 2020. Depuis, rien ne s’est pourtant concrétisé. « Il est un peu prématuré d’en parler à ce stade », confirme d’ailleurs la source d’Euractiv.

« Nous sommes la dernière génération à pouvoir stopper le changement climatique »

Le sommet de l’ONU sur le changement climatique a commencé le 3 décembre par un avertissement : cette génération est la dernière à pouvoir empêcher un réchauffement climatique catastrophique, et la première à en subir les conséquences. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Finance verte

Le 4 décembre, les ministres des Finances de l’UE se sont accordés sur l’évaluation des facteurs « verts » et « bruns » auxquels devront souscrire les fonds propres des banques. Une décision importante pour le verdissement des flux financiers en Europe et un signal fort adressé aux négociateurs de Katowice.

Le conseil ECOFIN a adopté trois mesures de durabilité de la directive et du règlement sur les fonds propres des banques dans le cadre du paquet de réduction des risques de l’UE. Ainsi, l’Autorité bancaire européenne publiera dans les deux ans à venir un rapport sur les facteurs bruns et verts potentiels à appliquer aux fonds propres et un rapport sur la possible inclusion des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les révisions et évaluations des régulateurs financiers. En outre, les banques devront dévoiler les risques ESG à partir de 2021.

Les obligations liées aux fonds propres des banques permettent de réduire les risques de défaut de paiement et d’assurer les actifs, explique le WWF. Elles devraient donc refléter les risques à long terme pour la valeur des actifs et les risques systémiques potentiels. Pourtant, à ce jour, les banques ne dévoilent pas correctement les risques liés au climat, qui ne sont d’ailleurs pas non plus surveillées de manière adaptée par les régulateurs financiers, selon l’organisation.

« La décision du conseil ECOFIN sur ces deux rapports de l’Autorité bancaire européenne est une étape importante et nécessaire pour l’évaluation des risques financiers causés par le climat et d’autres conséquences écologiques, sociales et de gouvernance, notamment le risque d’échouage d’actifs. L’obligation pour les banques de révéler les risques ESG et climatiques est une autre avancée majeure », estime Sebastien Godinot, économiste pour le bureau européen du WWF.

Une transition juste

Une semaine seulement après que l’Allemagne a annoncé que sa commission charbon retarderait au 1er février la publication de ses travaux, le Premier ministre français, Édouard Philippe, a annoncé que son gouvernement abandonnait une série de mesures sur la transition énergétique, face aux protestations virulentes des « gilets jaunes », qui se sont soulevés contre une taxe sur le carburant.

La question d’une transition juste est également au centre des travaux de la commission charbon allemande, puisque plusieurs régions du pays dépendent encore de ce secteur. Berlin avait prévu de présenter une feuille de route sur la sortie du charbon à la COP, mais finit par s’y rendre les mains vides.

Si l’annonce du gouvernement français n’a pas entraîné de commentaires directs parmi les négociateurs de la COP24, le mouvement des « gilets jaunes » est bien présent dans les esprits à Katowice. Le président polonais, Andrezj Duda, y a même fait référence quand il a dévoilé sa « déclaration de Silésie pour la solidarité et la transition juste », qui devrait complémenter l’accord de Paris.

« Le dialogue social est essentiel pour assurer que la transition vers une économie à faible carbone se base sur la solidarité et la justice. La solidarité et la justice, c’est-à-dire l’humain au centre. En plus de la nécessité de réduire les émissions, il faut tenir compte de la nécessité de lutter contre la pauvreté, l’exclusion et la marginalisation sociale, et de l’implication des groupes de citoyens vulnérables dans le processus de définition des politiques publiques », a-t-il indiqué.

Le gouvernement français prêt à reculer sur la taxe carbone

Après les émeutes en marge du mouvement des Gilets jaunes, la taxe carbone adoptée sous Hollande devrait être revue à la baisse.

 

Indice du risque climatique

L’année 2017 a battu tous les records en termes de dommages liés à des événements météorologiques, avec des cyclones tropicaux particulièrement destructeurs. Tempêtes, pluies diluviennes et sécheresses ont fait cette année-là plus de 11 500 morts et causé plus de 331 milliards d’euros de casse, selon l’indice de risque climatique publié le 4 décembre par l’ONG Germanwatch.

Ce sont les pays les plus pauvres qui sont le plus touchés, comme toujours. Parmi les dix États les plus dévastés par des phénomènes météorologiques entre 1998 et 2017, huit sont des pays en développement : le Puerto Rico, le Honduras et le Myanmar, suivis par Haïti, les Philippines, le Nicaragua, le Bangladesh, le Pakistan, le Vietnam et la Dominique.

Mauvaises nouvelles pour les pays développés

Les émissions de CO2 des économies développées devraient augmenter en 2018 pour la première fois en cinq ans, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Les dernières données disponibles indiquent que les émissions de CO2 liées à l’énergie en Amérique du nord, dans l’UE et dans d’autres économies avancées de l’Asie Pacifique ont augmenté. Si la part du charbon s’est réduite, la consommation de pétrole et de gaz s’est élevée encore plus. L’agence estime que les émissions de carbone devraient donc être haussées d’environ 0,5 % en 2018.

« Les gouvernements qui se réunissent à Katowice cette semaine devraient voir cette inversion de tendance comme un énième avertissement. Des efforts accrus sont nécessaires pour promouvoir les énergies renouvelables, une plus grande efficacité énergétique, plus d’énergie nucléaire et plus d’innovation pour des technologies telles que le captage, l’utilisation et le stockage du carbone et l’hydrogène, par exemple », a réagi Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie.

Bonne nouvelle pour l’Inde

À l’inverse, l’Inde est sur la bonne voie pour atteindre deux de ses trois objectifs pris dans le cadre de l’accord de Paris avant 2030, indique l’Institut américain pour l’analyse financière et économique de l’énergie (IEEFA).

« Pour le premier objectif, l’IEEFA prédit que la capacité installée autre que les combustibles fossiles dépassera les 40 % avant fin 2019. Au rythme actuel de 2 % de réduction chaque année de l’intensité des émissions dans son produit intérieur brut (PIB), l’Inde parviendra surement à des objectifs de 33 à 35 % de réduction de l’intensité des émissions dix ans avant la date prévue », indique le rapport.

La contribution déterminée au niveau national de l’Inde inclut trois objectifs clés :

  • atteindre 40 % de la capacité installée d’électricité à partir d’une autre source que des combustibles fossiles d’ici à 2030, représentant un saut de 33 % dans la capacité de production non fossile par rapport à 2015 ;
  • réduire l’intensité des émissions de son produit intérieur brut de 33 à 35 % par rapport au niveau de 2005, et d’ici à 2030, notamment grâce à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. Inclure 175 gigawatts (GW) de renouvelables d’ici à 2022, développer 25 parcs solaires industriels, et poser les bases de l’alliance solaire mondiale ; et
  • créer 2,5 ou 3 milliards de tonnes supplémentaires de puits de carbone – des réservoirs qui accumulent et stockent du dioxyde de carbone, grâce à la plantation de nouvelles forêts et de couverts forestiers.

Engagement de la Banque mondiale

L’institution basée à Washington a annoncé le 3 décembre qu’elle doublerait ses investissements sur cinq ans (2021-2025) pour atteindre 200 milliards de dollars, notamment pour favoriser l’adaptation et la résilience.

La Banque mondiale reconnaît les effets du changement climatique sur la vie des gens et leurs moyens de subsistance, notamment dans les pays les plus pauvres.

Elle compte notamment participer à des prévisions de grande qualité, soutenir des systèmes d’alerte précoce et des services spécialisés pour mieux préparer 250 millions de personnes dans 30 pays en développement aux risques climatiques.

La Pologne mauvaise élève

Le pays hôte de cette année, la Pologne, a remporté le prix de « Fossil of the Day » du Réseau action climat international. Le prix dénonce chaque année un pays encore trop liés aux énergies fossiles. La Pologne continue à promouvoir les intérêts du charbon et à fermer les yeux sur la nécessité de remplir ses promesses pour 2020.

COP24 : Les mineurs polonais paradent au nez et à la barbe des défenseurs du climat

Malgré l’urgence à sortir des énergies fossiles, responsables du réchauffement planétaire, la Pologne reste accrochée à son charbon. Un métier de traditions. Reportage de notre partenaire, Ouest-France, en ce jour de Sainte-Barbe, la patronne des mineurs.

 

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