COP24 : Les mineurs polonais paradent au nez et à la barbe des défenseurs du climat

Le célèbre gâteau au charbon (chocolat noir) avec les emblèmes de la profession, le pic et le marteau. | Franck DUBRAY.

Malgré l’urgence à sortir des énergies fossiles, responsables du réchauffement planétaire, la Pologne reste accrochée à son charbon. Un métier de traditions. Reportage de notre partenaire, Ouest-France, en ce jour de Sainte-Barbe, la patronne des mineurs.

Le 4 décembre est un jour particulier en Pologne, surtout en Silésie, le bassin houiller du pays situé dans le Sud. C’est la Sainte-Barbe, la patronne des mineurs. En Europe, différents corps de métier célèbrent cette sainte martyre, tels les pompiers en France. « Ici, aucun mineur ne manquerait ce jour chômé », assure Waldemar Markiewka, un photographe amateur polonais, là pour « immortaliser une tradition qui pourrait disparaître… »

Ici, c’est l’ancienne ville minière de Nikiszowiec. C’est une cité modèle, tout en briques, construite au début du XXIe siècle, avec un gymnase et des commodités nouvelles pour l’époque. « Les patrons étaient paternalistes, ils prenaient soin de leur main-d’œuvre… »

Classée monument historique

Nikiszowiec, un quartier de la grande Katowice, la capitale de la Silésie, a été conçu comme un carrefour. Un réseau de trains reliait plusieurs mines pour transporter les mineurs entre leur lieu de travail et leur logement. « Dans les années 1980-1990, c’était un quartier très défavorisé, un vrai coupe-gorge. Un héritage du soviétisme, assure Waldemar Markiewka. À la Sainte-Barbe, chaque mineur recevait une bouteille de vodka et un saucisson ! »

La Sainte-Barbe commence toujours en musique. Chaque mine ou presque à son orchestre. | Franck DUBRAY.

Aujourd’hui, le quartier a bien changé ; il est devenu touristique. L’église, la place, les commerces sous arcades de briques ont été classés monument historique en 2001. « Les logements ont été achetés par des riches, des bobos, qui ont fui le centre-ville de Katowice. »

Mais la Sainte-Barbe, elle, est immuable. Les habitants se réveillent vers 6h30 au son de l’orchestre des mineurs. Ils paradent en uniforme noir et boutons dorés. Sur la tête, le fameux czaco, un calot à plumes. La couleur détermine le statut des salariés : celui des musiciens est rouge, celui des mineurs noir, celui des ingénieurs blanc et celui des directeurs vert. « Vert comme l’herbe en surface. Car les patrons descendent rarement au fond des galeries, nous explique, hilare, Konrad Kolakowki, un historien amateur passionné par le secteur minier et sa culture.

À Nikiszowiec, le défilé des mineurs, reconnaissables à leur czaco à plumes noires. | Franck DUBRAY.

Après la parade en ville, c’est l’hommage aux camarades morts, lors d’un coup de grisou, une explosion de méthane qui met le feu à toute la poussière de charbon dans la galerie, et qui laisse peu de chance de survie. Le long de l’église, un mur entier est couvert des plaques aux noms des victimes de la mine. On s’y recueille, à la Sainte-Barbe.

L’hommage aux mineurs morts, victimes du coup de grisou le plus souvent. | Franck DUBRAY.

Ensuite vient l’heure de la messe dédiée aux mineurs et à Sainte-Barbe. Le curé était grippé ce mardi matin, « la messe a duré plus longtemps que prévu », confie Waldemar le photographe, en regardant sa montre, 10h10.

Ensuite, c’est la débandade. Les représentants syndicaux du charbonnage, les directeurs et le chef de l’orchestre sont invités pour un pot d’accueil, tandis que les enfants jouent sur le parvis, près du petit chariot conservé pour mémoire. Carolina et Wotek, 8 et 10 ans, enfants de mineurs ont enfilé la tenue traditionnelle, uniforme pour le garçon, couronne de fleurs printanières pour la fillette. Leur maman les presse. Il y a école après le repas.

Pas une Sainte-Barbe sans une messe, en Pologne, le 4 décembre. | Franck DUBRAY.

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