Covid-19 et qualité de l’air: de premiers signes d’amélioration?

Parmi les rares avantages de la crise du Covid-19, la qualité de l’air montre de nets signes d’amélioration dans les pays qui ont mis en place un confinement de la population, dont la Chine et l’Italie. Un article de notre partenaire le Journal de l’environnement.

Début mars, le service européen pour la surveillance de l’atmosphère Copernicus faisait état d’une baisse de la présence de particules fines PM2,5 (d’une taille inférieure à 2,5 microns) en Chine. Comparé à la même période en 2017, 2018 et 2019, le mois de février 2020 présentait en effet une baisse de 20% à 30% du taux de PM2,5 sur de grandes parties du pays. Idem pour le dioxyde d’azote (NO2), dont la baisse, mesurée par la NASA, s’élève entre 10% et 30%.

Très prudents dans leurs interprétations, les experts du programme Copernicus estimaient que cette amélioration de la qualité de l’air pouvait « probablement être attribuée en partie au ralentissement de l’activité dû aux mesures contre la propagation de Covid-19 ». Rebelote dans le nord de l’Italie : toujours selon Copernicus, le taux de NO2 y diminue d’environ 10% par semaine «au cours des quatre à cinq dernières semaines», aussi bien sur Milan que sur Bergame et Turin, indiquait-il le 16 mars.

La pollution de l’air tue plus que les guerres

En moyenne, la pollution atmosphérique réduit la durée de vie d’un Terrien de trois ans. Ce qui en fait le premier facteur de mortalité dans le monde, selon une étude. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

« Très faibles » niveaux de particules liés au trafic

Qu’en sera-t-il de la France, en confinement généralisé depuis mardi ? À ce jour, ces mesures sanitaires sont trop récentes pour observer des effets marqués sur la qualité de l’air. Contactée par le JDLE, Atmo France, qui fédère les Aasqa[i], collecte les données issues des différentes associations régionales. « Pour le moment, nous faisons des mesures, puis il va falloir qu’on analyse », indique-t-elle, évoquant une probable publication en courant de semaine prochaine.

En Ile-de-France, Airparif observe déjà de « très faibles » niveaux de particules liés au trafic. En revanche, « une météo printanière favorise actuellement les réactions chimiques avec la formation de particules, dites ‘secondaires’, à partir de gaz », dont les oxydes d’azote (surtout liés au chauffage, très peu du trafic) et à l’ammoniac, lié aux activités agricoles.

À ces particules secondaires, s’ajoutent celles produites par le chauffage au bois, ainsi que des transferts de pollution à partir d’autres régions. Il y a donc une pollution liée à d’autres activités que le trafic (chauffage, activités agricoles), mais qui « aurait été beaucoup plus importante avec des conditions normales de circulation », indique Airparif.

Dans l’agglomération parisienne, la pollution de l’air était jugée « moyenne » sur l’agglomération parisienne jeudi 19 et mercredi 18 mars (indice 6), mais devrait atteindre le niveau « faible » (indice 4) vendredi 20 mars, prévoit Airparif.

Une baisse en cours, observée avec prudence

Du côté d’Atmo Hauts-de-France, « on observe des choses, mais on est prudents », explique la responsable du service de communication, Céline Derosiaux. Exemple pour le NO2 : d’une moyenne d’environ 37 µg/m3 sur la région en 2019, mesurée à 19h, la teneur n’était que de 20 µg/m3 mardi à la même heure, et de 19 µg/m3 mercredi.

Même constat sur les particules, même si, comme en Ile-de-France, des particules secondaires, ou primaires liées au chauffage au bois, persistent. L’indice de qualité de l’air, « entre 4 et 5 », se serait situé « entre 6 et 7 » sans baisse du trafic, indique Céline Derosiaux.

Pareil dans la région Grand Est, l’une des plus touchées par le Covid-19 avec l’Ile-de-France : contacté par le JDLE, le directeur délégué d’Atmo Grand-Est, Emmanuel Rivière, estime que « la situation aurait été pire » sans baisse du trafic. Or celui-ci a diminué de 70% depuis la mise en place du confinement.

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L’effet du confinement est toutefois « difficile à voir » en raison des conditions météorologiques (temps ensoleillé, peu de vent), bien différentes de la semaine dernière (pluvieuse et venteuse), explique Emmanuel Rivière. « On fait actuellement tourner nos modèles sur la journée de mercredi, la première de confinement total, en intégrant soit la baisse de 70% du trafic, soit un trafic normal », ce qui devrait permettre de connaître l’impact de la baisse du trafic, ajoute-t-il.

En Auvergne-Rhône-Alpes, la qualité de l’air est jugée « bonne, parfois moyenne » par l’Aasqa locale. Certes, les conditions météorologiques « sont favorables à la production d’ozone à partir des polluants émis par les activités. Néanmoins, les émissions de certaines activités étant réduites, les concentrations de polluants dans l’air devraient rester modérées », explique Atmo Auvergne-Rhône-Alpes sur son site.

Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’éventuelle amélioration est pour l’instant voilée par l’arrivée de particules d’origine saharienne, un apport important dans cette région méditerranéenne, tandis que l’ensoleillement favorise la production d’ozone, explique AtmoSud. Moyenne jeudi 19 mars, la qualité de l’air devrait être « bonne à moyenne » vendredi et samedi.

Une amélioration quasi-certaine, prévoit Copernicus

Quid des observations satellitaires ? Contacté à ce sujet, Copernicus indique que «la circulation devrait diminuer fortement en raison du confinement, mais dans la phase qui la précède, les gens peuvent aussi plus recourir à leurs voitures individuelles qu’aux transports en commun », du fait de la peur de la contagion. D’autres usages ne devraient pas diminuer, notamment la production d’énergie et son usage domestique, du fait du confinement.

« Toutefois, au fil du temps et alors que les niveaux moyens diminuent, nous pouvons affirmer avec une certitude croissante que des différences inhabituelles sont détectées, et que les mesures prises contre le Covid-19 en constituent la raison la plus plausible. Quand un confinement est décidé et mis en place, comme en France, on commence à détecter une réduction », ajoute Copernicus. « Il demeure toutefois difficile de dire dans quelle mesure cette baisse est liée à ces mesures », conclut-il.

[i] Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air

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