Désobéir pour sauver la planète, un mode d’action qui prend racine

Depuis septembre 2018, des manifestations d'ampleur pour le climat ont été organisées à l'appel de nombreux collectifs de défense de l'environnement. [shutterstock_Halfpoint]

Actions directes, désobéissances civiles… Les collectifs de défense de l’environnement innovent et mettent en place de nouvelles formes de contestations non violentes pour lutter contre le réchauffement planétaire.

Pendant plusieurs mois, la chaîne de télévision Arte a mené une grande enquête sur l’écologie. Intitulée « Il est temps », ce projet a permis à près de 400 000 jeunes de s’exprimer sur l’urgence climatique. Et les résultats sont étonnants. Pour sauver le climat, 82 % des sondés considèrent qu’ils « faut des mesures radicales ». Plus impressionnant encore, « désobéir aux lois pour protéger l’environnement » serait « nécessaire » pour 27 % d’entre eux, « acceptable » pour 38 %. Une jeunesse plus radicale serait-elle en germe ?

La démultiplication des collectifs de défense de l’environnement semble confirmer cette hypothèse. Extinction Rebellion, ANV-Cop21, Alternatiba… Tous ces mouvements formés à l’action directe et à la désobéissance civile ont connu un regain de popularité ces derniers mois. Preuve que ces modèles plaisent : un nouveau collectif a vu le jour début octobre. Prénommé La Ronce, ce groupe d’anonymes appellent ses sympathisants à multiplier les actions directes, pour se transformer en « milliers d’épines » dans le pied des multinationales accusés de détruire le vivant.

Virage 

Les flammes qui rongent la Californie, le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot qui quitte le gouvernement, Greta Thunberg qui lance ses grèves scolaires pour la planète : l’été 2018 a marqué un tournant majeur dans la lutte pour le climat. Depuis, les collectifs de défense de l’environnement cumulent les mobilisations. Manifestations et signatures de pétitions sont à l’ordre du jour, mais aussi des actions plus radicales.

Pour le philosophe Geoffroy de Lagasnerie, ce recours aux actions directes et à la désobéissance civile découle du « sentiment d’impuissance » de la jeunesse militante : « Lorsque nous ne sommes pas d’accord, nous recourons à des formes pré-existantes qui nous construisent comme sujet contestataire, que ce soit la manifestation, le lobbying, la pétition ou l’émeute. Mais quand on recourt à ces formes, déstabilise-t-on le système ou le fait-on fonctionner ? » s’interroge le spécialiste dans une longue interview en ligne pour le quotidien écologique Reporter. D’après lui, le « mouvement écologiste a incontestablement, en termes de sensibilité de la jeunesse, de rupture de paradigme, produit des effets de conquête », et notamment par la mise en place de « méthodes d’actions nouvelles ».

La politique en berne

Faucher les champs d’OGM, accueillir un migrant chez soi, voler les chaises de grandes entreprises bancaires : toutes ces actions relèvent de la désobéissance civile. Un terme « très en vogue », comme l’a expliqué à Euractiv France Albert Ogien : « Pour n’importe quelle action directe, on utilise aujourd’hui la notion de désobéissance civile. Or c’est un concept qui répond à une définition bien précise », note le sociologue.

Théorisée par Henri David Thoreau dans son essai La Désobéissance civile (1849), celle-ci implique de refuser publiquement et en connaissance de cause de se soumettre à une loi jugée injuste.  « Le but, à terme, est d’amener le débat devant les tribunaux, pour mieux la modifier. Les maires qui ont refusé l’épandage de pesticides dans leurs communes en sont le parfait exemple », affirme Albert Ogien.

Pour le sociologue, s’interroger sur la terminologie employée par les mouvements écolo est essentiel. « La désobéissance civile est un terme attractif, très neuf, mais surtout une notion qui rompt avec la politique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. Les organisations de défense de l’environnement la préfèrent à ‘actions directes’ ou ‘actions politiques’. Pourtant leurs mobilisations sont éminemment politiques », constate le sociologue, qui se dit « très inquiet de ce sentiment de dégout de la jeunesse vis-à-vis du politique ».

Ce déficit de confiance transparaît également dans l’enquête d’Arte. À la question à qui les sondés accordent leur confiance « pour résoudre les problèmes du monde », seulement 3 % des quelque 323 000 répondants l’accordent à leur gouvernement.  À l’inverse, 31 % disent faire confiance aux citoyens. Ce phénomène est perceptible dans les nouveaux collectifs de défense de l’environnement note Albert Ogien : « Ces organisations préfèrent généralement des mouvements sans leader, où les décisions partent de la base. Ce refus d’un fonctionnement vertical coïncide avec le refus de la politique. »

Si radicalité et efficacité ne vont pas toujours de pair selon lui, Albert Ogien comprend les revendications de ces mouvements, « d’autant plus que de nombreux sommets pour le climat sont en préparation ». Pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, la prochaine bataille sera décisive et risque de se tenir aussi bien sur la scène politique que dans la rue.

"Fridays for Future" demande à Angela Merkel plus d’engagement pour le climat

Ce jeudi 20 août à Berlin, des figures centrales du mouvement « Fridays for Future » (FFF) ont appelé la chancelière allemande Angela Merkel (CDU) à s’engager davantage dans la lutte contre le réchauffement climatique après une rencontre qualifiée d' »aimable ».

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