Comment l’Europe applique-t-elle l’Accord de Paris?

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L’Europe est l’une des forces motrices derrière la volonté de faire de l’accord de Paris une réalité. Mais que fait réellement Bruxelles pour maintenir la température mondiale « bien en-dessous des 2°C » ?

Depuis que Donald Trump a décidé l’année dernière de sortir les États-Unis de l’accord de Paris le plus rapidement possible, l’Europe a cherché à réaffirmer sa position sur le changement climatique, suite au vide laissé par l’administration Obama.

Cette ambition a survécu à une épreuve décisive en septembre 2016 quand le Parlement européen a approuvé la ratification de l’accord. Ce dernier peut donc maintenant entrer en vigueur.

Les eurodéputés unanimes pour l'accord de Paris, sauf l'extrême-droite

L’approbation de l’Accord de Paris par le Parlement européen ouvre la voie à la mise en oeuvre de l’accord le 7 novembre, avant la COP22. L’extrême-droite s’est démarquée en ne votant pas pour l’accord.

Depuis, les dirigeants européens ont rencontré leurs homologues chinois et canadiens sous les auspices de la Conférence ministérielle sur l’action climatique (MoCA) afin de « galvaniser » les promesses de réduction d’émissions et de réagir aux préoccupations croissantes du public.

Cette quête de leadership a été répétée lors du Sommet mondial sur l’action pour le climat à San Francisco le 15 septembre, lorsqu’une délégation de la commission environnement du Parlement européen a appelé l’UE à « combler le déficit de leadership ».

Pour Francesc Gambús, eurodéputé espagnol, le déficit « pèse lourdement sur le processus de la CCNUCC, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, et si l’UE ne prend pas les rênes, « personne ne le fera ».

Dans un rapport adopté en juin, le Parlement européen a aussi insisté sur la nécessité pour l’UE de parler « d’une seule et même voix » pour ce qui est du réchauffement climatique et d’autres problématiques internationales.

Pour exporter sa diplomatie climatique au-delà des frontières de l’UE, les eurodéputés ont aussi déclaré que la ratification et la mise en place de l’accord de Paris devaient être un prérequis pour les futurs accords commerciaux. D’autres estiment qu’évaluer l’application de l’accord est problématique.

Le manque d’intérêt de Donald Trump pour l’action pour le climat risque de saborder les derniers espoirs de conclure un accord commercial entre Bruxelles et Washington. Dans le même temps, les négociations avec l’Australie mourront à petits feux puisque le pays est revenu sur son niveau d’ambition.

La COP 24 s'annonce comme une course contre la montre

Le sommet climat qui se tient en Pologne en décembre doit clarifier les règles permettant de transposer l’accord de Paris en actions climatiques concrètes. Il y a urgence.

 

Le Brésil, l’un des plus gros émetteurs du monde, pourrait aussi suivre l’exemple de Donald Trump, puisque le candidat favori aux élections présidentielles ce week-end, Jair Bolsonaro, a menacé de se retirer de l’accord sur le climat.

Le pays, qui abrite la plus grande forêt tropicale du monde, est censé accueillir l’édition 2019 de la COP. Cela doit encore être confirmé officiellement étant donné l’avenir politique incertain de la lutte contre le changement climatique.

Transformer les mots en actions

En termes de politique, les eurodéputés ont eu fort à faire pour finaliser des éléments importants de l’ensemble des lois de la Commission européenne sur l’énergie propre. Plus tôt cette année, les négociateurs ont approuvé de nouvelles règles pour les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, le rendement des bâtiments et la gouvernance.

Les négociations sont toujours en cours sur la réforme du marché intérieur de l’électricité de l’UE, et Miguel Arias Cañete estime que suffisamment de progrès ont déjà été réalisés dans la négociation du paquet énergie propre 2016 pour augmenter l’engagement du bloc en matière de réduction des émissions.

« Ces deux nouveaux objectifs signifieraient de facto que l’UE serait en mesure de relever le niveau d’ambition du NDC et d’augmenter son objectif de réduction des émissions de 40 % actuellement à un peu plus de 45 % d’ici à 2030 », a déclaré le responsable espagnol lors de la deuxième édition du MoCA en juin.

Le Medef européen prépare le sabotage des objectifs climatiques européens

La stratégie de communication de BusinessEurope est de « s’opposer » à toute hausse des ambitions climatiques de l’UE. Mais  en affichant un soutien de façade, explique une note interne obtenue par Euractiv.

Dans son discours sur l’état de l’Union du 12 septembre dernier, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré que relever l’objectif à 45 % était « valable scientifiquement » et « politiquement nécessaire ».

Il n’a toutefois pas précisé comment cela devait être fait, puisque le nouvel objectif nécessiterait déjà l’accord des 28 chefs d’État et de gouvernement. Il a également négligé de mentionner les efforts en cours pour élaborer une stratégie climatique à long terme pour 2050, comme l’exige l’Accord de Paris.

Un porte-parole de l’exécutif européen a déclaré à Euractiv que les nouvelles règles adoptées au niveau européen cette année signifient que les réductions d’émissions pourraient atteindre 45 %.

Mais « cela ne signifie pas que la Commission présentera un nouvel objectif », a ajouté le porte-parole, ajoutant que la Commission discutera de la question au cours des prochaines semaines.

À Bruxelles, les observateurs de la politique climatique doutent que l’augmentation puisse être concrétisée avant même que le sommet annuel des Nations unies sur le climat ne démarre en décembre. Parvenir à un accord pour augmenter l’objectif d’émissions de l’UE lors de la conférence de Katowice sur le changement climatique serait un « coup d’État », selon eux.

Plus tôt dans l’année, Miguel Arias Cañete a suggéré que l’idée pourrait être examinée lors de la réunion d’octobre des ministres de l’Environnement, mais toute idée de relever officiellement l’objectif est vouée à l’échec, selon les sources.

Réflexion à long terme

Entre-temps, les services de la Commission utilisent déjà les données des nouvelles règles en matière d’énergie propre pour élaborer une stratégie à long terme pour 2050 et au-delà, qui devrait être publiée avant le sommet de Katowice.

La stratégie à long terme, qui sera une série de jalons plutôt qu’un texte juridique, vise à entraîner l’Europe sur une trajectoire climatique conforme à Paris, en réduisant suffisamment les émissions des secteurs des transports, de l’énergie, de l’agriculture et du bâtiment.

De plus en plus de diesel sales circulent en Europe

Selon Transport & Environment, le nombre de véhicules diesel ne répondant pas aux normes communautaires a augmenté de 50%, entre 2015 et 2018. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Des sources proches du dossier affirment que la réduction de 45 % servira de référence, les autres options prévoyant des réductions de 85 % et plus, des émissions nettes nulles et peut-être même des émissions presque nulles.

Les experts sur le climat ont déjà averti que la campagne de Miguel Arias Cañete en faveur d’émissions nettes nulles d’ici à 2050, bien que bien intentionnée, surestime le temps dont dispose l’Europe pour atténuer le changement climatique. Des ONG comme le Bureau européen de l’environnement ont appelé à des émissions nettes zéro d’ici 2040.

Réduire les émissions de gaz à effet de serre en douceur

Les « émissions nettes nulles » – un scénario où les absorptions de CO2 équilibrent les émissions – sont nettement différentes des « émissions nulles » et il y a peu de scénarios plausibles à l’étude où l’Europe n’émet rien d’ici le milieu du siècle.

Au lieu de cela, la neutralité carbone par l’absorption du carbone et les émissions négatives sont présentées comme le scénario le plus probable, car cela permettra aux économies de l’UE de continuer à émettre dans une certaine mesure.

Les technologies d’émissions négatives  comprennent des mesures aussi simples que la bonne gestion des forêts, ainsi que le boisement et le reboisement. Plus d’arbres signifient plus d’absorption de dioxyde de carbone et plus de production d’oxygène.

Elles comprennent également le captage et le stockage du carbone, une technologie qui a été initialement présentée comme une panacée potentielle, mais qui n’a pas réussi à se développer en raison des coûts élevés qu’elle implique et de l’absence d’incitations pour la rendre commercialement viable à grande échelle.

Les scientifiques ont également envisagé des mesures aussi radicales que la géo-ingénierie, mais aucune ne s’est encore imposée comme une alternative crédible.

La géo-ingénierie, un vrai levier contre le réchauffement climatique

La communauté internationale a déjà raté sa chance de limiter à 2 °C le réchauffement climatique, selon des chercheurs suisses. Les technologies de géo-ingénierie pourraient cependant permettre de rattraper ce temps perdu.

 

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