Entre Emmanuel Macron et la Convention citoyenne, un climat de discorde

Pendant près de quatre heures, les conventionnels et le président ont échangé sur la future loi climat, basée sur les propositions de la CCC et en cours d’élaboration. [EPA-EFE/Thibault Camus / POOL POOL MAXPPP OUT]

Le président français a échangé hier avec les membres de la Convention citoyenne pour le climat. Si son annonce sur un potentiel référendum a fait beaucoup de bruits, les quatre heures de débat ont surtout montré les tensions qui subsistent entre les conventionnels et l’exécutif.

Garder le meilleur pour la fin. Emmanuel Macron a mis en pratique cette maxime hier soir, lors de la rencontre avec les membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC). Pendant près de quatre heures, les conventionnels et le président ont échangé sur la future loi climat, basée sur les propositions de la CCC et en cours d’élaboration. Au sein du très classique Palais d’Iéna, orné de motifs végétaux, le président et les conventionnels ont passé en revue les différentes thématiques de travail de la CCC : se déplacer, se loger, consommer, se nourrir, produire/travailler…

Les discussions étaient tendues pendant plus de quatre heures. À la toute fin, Emmanuel Macron a annoncé reprendre une proposition de la CCC : la tenue d’un référendum sur l’inscription de la défense du climat et la préservation de l’environnement dans l’article 1 de la Constitution. Celle-ci devra « d’abord passer par l’Assemblée nationale, puis le Sénat et être votée en des termes identiques. Ce jour-là, elle sera soumise à référendum », a indiqué le président, prudent, qui n’a pas oublié la controverse sur sa reprise « sans filtre » des propositions des citoyens.

« Désaxer » le débat

Que retenir de ces quatre heures d’échange ? Invité sur France Inter mardi 15 décembre, Matthieu Orphelin, député écologiste et membre du comité de suivi de la CCC, déplore qu’avec cette annonce en grande pompe « le président [ait] réussi à désaxer » le débat : « On devrait discuter des mesures concrètes pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, et changer la vie des citoyens en mieux […]. Le référendum est certes une mesure utile, mais ce n’est pas l’essentiel »,note le député qui rappelle que « neuf des dix mesures phares de la Convention qu’il restait à arbitrer ont été refusées par le président ».

Rénover globalement les bâtiments, réglementer la publicité sur les produits polluants, décliner l’artificialisation des sols à l’échelle locale, interdire la vente des véhicules les plus polluants avec un seuil ambitieux…le gouvernement et les citoyens se sont écharpés toute la soirée sur ces problématiques. Face à un exécutif qui égrainait les mesures environnementales adoptées ces derniers mois, les citoyens ont défendu becs et ongles leurs propositions rejetées ou réduites. « Nous constatons que les mesures que nous proposons sont toutes amoindries. Comment en minorant nos mesures, pensez-vous respecter un objectif maintenant supérieur de 15 % ? », a lancé d’emblée Christine, citoyenne de la Convention. Cette première intervenante fait ici référence à l’objectif, rehaussé et acté par l’Union européenne la semaine dernière, de réduire de 55% les émissions de gaz à effet de serre. Les conventionnels ont pour leur part planché sur l’objectif précédent de 40%.

Les transports, au cœur des tensions du projet de loi climat

Depuis hier, la future loi devant permettre d’appliquer 40 % des propositions de la Convention citoyenne pour le climat est présentée aux parlementaires et citoyens. Abordée d’emblée hier, la thématique ‘Se déplacer’ continue de crisper les débats.

Grimaces et démêlés

Parmi les moments de tensions qui ont jalonné la soirée, la question de l’usage de la voiture a particulièrement échauffé les esprits. « Nous pensons qu’il faut modifier la voiture individuelle. Mais, le but n’est pas de la supprimer. J’habite dans un petit village de la Sarthe, et je ne peux pas m’en passer comme beaucoup de Français », a souligné Mélanie Cosnier, membre de la CCC, pour qui « il ne reste rien » des mesures visant à réduire l’empreinte carbone des voitures individuelles. L’exécutif a défendu son bilan, pointant l’aide de 50 euros pour la réparation d’un vélo, le malus écologique ou le malus au poids sur les véhicules. Grimaces des citoyens qui dénoncent depuis novembre le « détricotage » de cette mesure. Le « malus poids », voté par l’Assemblée nationale le 13 novembre dernier, a été alourdi de 400 kg. Passant de 1400 à 1800 kg, il ne concerne plus que 3 % du parc automobile français.

Autre sujet clivant : la 5G. Par trois fois, l’idée d’établir un moratoire sur ce nouveau réseau mobile, proposé par les membres de la CCC et rejeté par le gouvernement, est revenue dans les débats, preuve que la question continue d’agiter les conventionnels.  « Si l’évaluation [environnementale sur la 5G] est en cours, pourquoi ne pas attendre les résultats et prendre une décision sensée ? », a lancé Agnès Catoire. Le président s’est justifié, arguant que le moratoire avait d’une certaine manière « déjà été fait » : « On est un des derniers pays d’Europe à la déployer ». Le temps presse, plus que quelques minutes sur la thématique « Consommer », mais la question de la 5G revient dans la conversation : « Je pense que s’il y a bien quelque chose que le sujet de la 5G nous a montré, c’est à quel point il a traversé la société. Vous voulez ‘embarquer les gens’, ne pas dicter un changement de vie. Mais, aujourd’hui 65% des Français sont favorables à un moratoire », a rappelé la conventionnelle Amandine Rogg, reprenant les mots du président en début de soirée.

Mettre en place un référendum sur la préservation de l’environnement suffira-t-il pour apaiser les tensions ? Dès le lendemain de la rencontre, des membres de la CCC se sont montrés sceptiques vis-à-vis de cette annonce. C’est le cas de William Aucant, citoyen et intervenant lors de la rencontre avec l’exécutif : « J’apprécie que ça déclenche un débat et j’encourage mon collègue Grégoire Fraty qui a mis ça sur la table. Mais, je ne cache pas ma crainte que ça nous éloigne du fonds des sujets. À surveiller ». Si comme l’a souligné Emmanuel Macron en début de soirée, « embarquer la société » peut s’avérer compliqué, pour ce qui est des citoyens pas  de souci à se faire. « Embarqués » depuis bientôt neuf mois dans la CCC,  ils ne semblent pas prêts à décrocher.

Le Conseil d’État rend une décision inédite pour le climat

La plus haute instance juridique française s’est prononcée aujourd’hui sur le recours de la commune de Grande-Synthe. Désormais, l’exécutif a trois mois pour expliciter sa « trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre ».

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