Le captage de CO2 fait son come-back

CCS protest [Wolfgang Kumm / EPA]

Considéré comme mort et enterré il y a quelques années, le captage et stockage du CO2 jouit d’un regain de popularité après une expérience originale en Norvège.

Alors que la semaine du climat bat son plein à New York, les solutions technologiques de lutte contre le changement climatique reviennent à la mode. Après une série d’échecs cuisants en Europe et dans le monde, le captage et stockage de CO2 (CSC) semble faire son come-back.

Christiana Figueres, ancienne cheffe de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), assure que la technologie de captage et de stockage du carbone la plus efficace provient en réalité de la nature.

« D’abord, nous devrions accélérer de manière exponentielle le stockage et captage naturel de carbone en mettant fin à la déforestation et en permettant le reboisement », a-t-elle déclaré aux journalistes durant une visite à Bruxelles, le 18 septembre.

« Cela dit, il est très décevant de voir que les secteurs public et privé ont si peu investi sur le CSC industriel », a-t-elle ajouté.

Figueres souhaite un plan d’action contre la «déforestation importée»

L’ancienne responsable de l’ONU pour le climat, Christina Figueres, appelle l’UE à prendre des mesures contre la déforestation dans l’hémisphère sud en réduisant les émissions de biens agricoles importés comme le bœuf, le soja et l’huile de palme.

Venant de Christiana Figueres, ce feu vert donné au CSC, aussi timide soit-il, est significatif. Et elle n’est pas la seule à le donner. D’autres voix de la communauté environnementale se font entendre sur le potentiel du CCS en tant qu’outil d’atténuation du réchauffement climatique.

Jusqu’à présent, le CSC était perçu comme un moyen de verdir l’utilisation de charbon, selon Bellona, une ONG norvégienne. En effet, beaucoup d’espoirs ont été placés sur cette technologie pour réduire les émissions des centrales à charbon alors que d’autres alternatives énergétiques propres comme les renouvelables devenaient moins couteuses et plus efficaces.

Mais le plus grand potentiel réside dans la réduction d’émissions industrielles issues des usines de raffinerie de gaz, d’acier, de ciment et de produits chimiques, pour lesquelles il existe peu d’alternatives, affirme Bellona.

« Jusqu’à présent, on pensait que pour fonctionner, la technologie CSC nécessitait de grandes et constantes quantités de CO2 », explique Phil MacDonald, qui dirige une équipe de recherche sur les processus de mutations industrielles profondes et sur le piégeage, l’utilisation et le stockage du dioxyde de carbone (CCUS) chez Sandbag, un groupe de réflexion basé à Bruxelles et Londres.

Le projet Gassnova en Norvège a néanmoins « renversé ce dogme et est synonyme d’espoir pour la technologie CSC en Europe ».

Ce projet, géré en partie par la société d’État norvégienne Statoil, consiste à collecter le CO2 produit par une usine de ciment, un site d’incinération de déchets et une usine de production d’engrais et à le transporter par bateau vers la côte sud de l’Angleterre où il serait enterré sous les fonds marins. Si tout se passe comme prévu, le premier centre de stockage de CO2 pourrait être mis en marche en 2022.

« Transporter le stockage par mer permet d’éviter le transport par pipeline, de réduire les coûts et d’ouvrir le stockage de CO2 à toutes les industries proches de la mer Noire, y compris à des villes industrielles comme Teesside ou Rotterdam », souligne Phil MacDonald.

« J’espère que cela créera un effet domino et stimulera d’autres gouvernements, notamment au Royaume-Uni », a-t-il commenté.

Captage de CO2: la Norvège passe la seconde

Statoil va développer, en Norvège, un projet de collecte et de stockage sous-marin de CO2 industriel. Une opération qui pourrait intéresser aussi des entreprises anglaises. Un article de notre partenaire, le JDLE.

Les Norvégiens pensent réellement que le CSC pourrait un jour devenir une industrie d’exportation florissante.

Raymond Johansen, le maire d’Oslo, a déclaré à Euractiv qu’il espérait mettre sur pied 10 à 15 différents projets d’énergie propre dans les prochaines années. L’un d’entre eux est le projet CSC de l’usine d’incinération transformant les déchets en énergie de Klemetsrud, au sud de la ville.

« J’espère que nous exporterons cette technologie à toutes les usines de traitement de déchets à travers l’Europe. Dans une petite ville comme Oslo, cela pourrait réduire nos émissions de carbone de 15 % donc imaginez l’impact que ça pourrait avoir dans une ville comme Bruxelles », a-t-il déclaré.

Raymond Johansen a cependant reconnu que le CSC était encore coûteux et continuait de dépendre des aides publiques, mais que la technologie était désormais arrivée à maturité et était « très bien développée ». « Au début, il sera bien sûr difficile d’exporter le CSC, car c’est encore trop cher. Mais je pense que les Chinois voudront à tout prix acheter une telle technologie. »

Reste à savoir à quel point le CSC peut contribuer à l’atténuation du changement climatique, et cela dépend beaucoup du prix du carbone, actuellement bas. Pour beaucoup, c’est même le seul moyen de se débarrasser les installations industrielles des émissions polluantes.

« Pour que le CSC industriel fonctionne, il doit être démontré à travers divers processus, puisque la technologie de captage sera différente à chaque fois. En ce sens, l’incinérateur de Klemetsrud est un projet très utile, puisque les activités de CSC pour le ciment et les produits chimiques sont menées simultanément », a déclaré Phil MacDonald.

« Il est évident qu’il s’agit d’une technologie qui nécessite un prix du carbone élevé. Elle dépend aussi du niveau d’investissements des gouvernements et des entreprises. Mais nous devons exploiter toutes les options qui s’offrent à nous », a quant à elle assuré Christiana Figueres.

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