Europe et Californie veulent relier leurs marchés carbone

Miguel Arias Cañete et Jerry Brown. [European Parliament]

L’UE et la Californie ont entamé des discussions qui pourraient mener à la création d’un marché du carbone commun. Celui-ci pourrait même inclure la Chine.

Le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, et le gouverneur californien, Jerry Brown, se sont rencontrés le 7 novembre pour discuter de la fusion du marché du carbone européen et du système de plafonnement des émissions en place dans l’État américain.

« L’UE et la Californie sont des alliés naturels dans la lutte contre le changement climatique et sont tous deux des pionniers des marchés du carbone et de la mobilité propre », a indiqué Miguel Arias Cañete dans un communiqué après la rencontre.

Jerry Brown a pour sa part déclaré que son ambition était de créer un système d’échange des émissions planétaire. La Californie, l’État américain le plus peuplé, partage déjà un marché du carbone avec les provinces canadiennes de l’Ontario et du Québec.

Lier ce marché à celui de l’UE représenterait « le type d’investissement concret auquel la Californie et d’autres États et provinces pourraient participer », a-t-il souligné. Le gouverneur californien s’est également entretenu avec Maroš Šefčovič, vice-président de la commission chargé de l’union énergétique.

L’UE possède le plus grand marché carbone au monde, l’ETS. Il avait été prévu de lier ce marché à son pendant australien, mais le projet n’a finalement pas abouti. Pékin prévoit cependant de créer son propre marché carbone, qui éclipserait l’ETS européen.

Pourquoi la COP23 à Bonn est importante

Alors que la conférence de l’ONU sur le climat s’ouvre le 6 novembre à Bonn,  The Guardian, partenaire d’Euractiv, rappelle l’importance de cette rencontre, face à l’urgence climatique.

Jerry Brown s’est arrêté au Parlement européen pour ces entretiens à l’occasion d’un séjour de dix jours en Europe, durant lequel il s’exprimera également à la COP23 sur l’échange d’émissions.

Le gouverneur a juré de concrétiser les engagements de l’accord de Paris en Californie, même si le président des États-Unis, Donald Trump, a décidé de retirer le gouvernement fédéral de l’accord climatique.

À ce jour, le gouvernement étasunien reste signataire de l’accord de Paris et participera à des discussions sur la manière de l’appliquer, a indiqué un représentant de Washington à l’ouverture de la COP, le 7 novembre.

Suite à l’engagement marqué de Jerry Brown, qui milite activement pour un mouvement mondial en faveur du climat, les personnalités politiques européennes l’ont largement soutenu dans son rôle d’opposant aux politiques de Donald Trump sur le sujet.

«  L’approche de M. Trump au niveau mondial n’est pas aussi positive qu’elle pourrait l’être, mais nous sommes ravis d’accueillir ici le Gouverneur Brown, qui montre que les États-Unis sont malgré tout engagés », a déclaré Antonio Tajani, le président du Parlement européen, à l’ouverture d’une conférence sur l’énergie propre.

Jerry Brown accueillera à son tour un sommet sur le climat à San Francisco en septembre 2018, auquel devrait participer Miguel Arias Cañete. Tous les participants à cette rencontre devront présenter des projets spécifiques de réduction des émissions de carbone.

L’UE appelle les villes à rejoindre la Convention des maires pour le climat

Maroš Šefčovič a appelé toutes les villes à rejoindre la Convention des maires pour le climat et l’énergie, une initiative qui a pris de l’importance depuis que Donald Trump s’est retiré de l’accord de Paris.

« Pensez à Paris comme un accord entre États-nations. La conférence de San Francisco donnera lieu à un accord pour les organisations et États infranationaux », a-t-il précisé, soulignant que les régions et pays devraient doubler leurs engagements et investir davantage dans la lutte contre le changement climatique.

« J’ai toujours envisagé l’Union européenne comme une organisation encombrante, mais comparé à elle le reste du monde est virtuellement ingouvernable », a-t-il poursuivi. « C’est un chantier de grande ampleur que nous entreprenons, et je ne veux pas le minimiser ou avoir l’air utopiste. »

« La réduction constante de nos émissions de carbone est une nécessité absolue, tout comme la concrétisation de nos objectifs avant 2050. Nous devrons alors passer en négatif en extrayant le carbone de l’environnement. D’un point de vue économique, nous ne savons toujours pas comment cela sera possible, mais si nous ne le faisons pas, nous en souffrirons, ce sera une catastrophe. Ni l’Europe ni le reste du monde ne seront beaux à voir », prévient-il.

Coopération sur les véhicules zéro émission

Outre leur engagement à d’avantage d’intégration entre leurs marchés de carbone, Jerry Brown et Miguel Arias Cañete ont décidé de coopérer pour le développement de transports zéro carbone. Une source européenne a indiqué que la Commission cherchait actuellement à adopter certaines politiques californiennes encourageant les constructeurs automobiles à produire des voitures plus propres.

La rencontre entre le commissaire et le gouverneur devance d’un jour la présentation de nouvelles règles européennes pour la réduction des émissions dans le secteur du transport.

La Californie a notamment pour objectif d’ajouter 1,5 million de véhicules zéro carbone à son réseau routier d’ici 2025, une décision saluée par les défenseurs de l’environnement.

« Comme la Chine et l’Inde, la Californie s’est fixé un objectif clair pour les véhicules zéro émission, un exemple à suivre pour l’UE », estime William Todts, directeur exécutif de l’organisation Transport&Environment. « Nous espérons que la Commission suivra la même voie demain [8 novembre] dans sa proposition sur les normes de CO2 pour les voitures et camionnettes. »

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