Le bois des forêts n’est pas une énergie renouvelable pour les Européens

Le bois des forêts est-il une énergie renouvelable ? Des citoyens de sept pays poursuivent l’UE en justice pour tenter de prouver que non.

Un groupe de plaignants originaires d’Estonie, de France, d’Irlande, de Roumanie, de Slovaquie, de Suède et des États-Unis ont intenté une action en justice contre l’UE pour empêcher l’inclusion de la biomasse forestière dans la directive sur l’énergie renouvelable.

S’ils gagnent, l’UE pourrait être privée d’une source comptant pour 60% de ses renouvelables, à savoir bien plus que le solaire et l’éolien réunis. L’affaire a été portée devant la Cour de justice de l’UE par des citoyens accompagnés par des ONG.

Les plaignants avancent que les institutions européennes n’ont pas pris en considération les preuves scientifiques montrant que la culture et la combustion de la biomasse forestière pour la production d’énergie exacerbaient le changement climatique et étaient responsables de déforestations sur les autres continents.

Selon les plaignants, « considérer que l’énergie issue de la biomasse a une empreinte carbone neutre va à l’encontre des preuves fournies par la science » qui démontrent que la combustion de bois pour la production d’énergie émet 1,5 fois plus de CO2 que le charbon et trois fois plus que le gaz naturel. La Commission européenne a refusé tout commentaire et s’est contentée de souligner qu’il revenait à la Cour de justice de l’UE de s’exprimer sur l’admissibilité du dossier.

L’année dernière, l’UE a adopté une version révisée de la directive sur l’énergie renouvelable, engageant ses États membres à atteindre le seuil des 32 % d’énergie renouvelable d’ici à 2030. Ce seuil est considéré comme un élément central de l’objectif de l’UE de réduire ses émissions de carbone de 40 % pour la même année.

Les plaignants avancent qu’en qualifiant la biomasse forestière d’énergie renouvelable, l’UE enfreint l’article 191(1) du traité sur le fonctionnement de l’UE, qui prévoit que la politique environnementale de l’Union contribue à « la préservation, la protection et l’amélioration de la qualité de l’environnement […] et en particulier la lutte contre le changement climatique ».

Selon eux, la directive est d’autant plus dangereuse pour le climat qu’elle encouragerait la déforestation aux États-Unis pour répondre à la demande de pellets de bois en Europe. Ils mettent en avant des préjudices pour leur santé, leurs moyens d’existence, leurs communautés et leurs traditions culturelles à cause de l’exploitation forestière, de la production de pellets et d’énergie issue de la biomasse.

Les renouvelables en hausse, mais pas assez

Dans l’UE, la consommation d’énergie issue des renouvelables est toujours à la hausse, malgré un ralentissement du développement des énergies renouvelables. Cela ne suffira cependant pas à atteindre les objectifs pour 2020.

60 % de l’énergie renouvelable en Europe

La Commission estime que l’énergie issue de la biomasse représente à l’heure actuelle près de 60 % de la consommation d’énergie renouvelable dans l’UE. La consommation européenne de bioénergie a augmenté de plus de 69 % entre 2005 et 2016. Selon l’exécutif européen, cette tendance devrait se poursuivre dans les prochaines décennies.

Si les plaignants remportent l’affaire, la biomasse forestière ne sera plus comprise dans les objectifs climatiques pour 2030, laissant tout le poids de cette charge au solaire et à l’éolien. Cela risque donc d’amener l’UE à revoir à la baisse cet objectif. Les plaignants ont assuré que là n’était pas leur but.

« Nous ne pensons certainement pas que l’objectif des 32 % de renouvelables devrait être revu à la baisse », a déclaré Peter Lockley, conseiller juridique des plaignants. Celui-ci considère en revanche que le but de cette action est que l’UE parvienne à respecter son engagement à l’accord de Paris en réduisant les émissions de carbone de 40 % d’ici à 2030.

La directive sur l’énergie renouvelable est passée l’année dernière, malgré des avertissements d’un groupe de plus de 800 scientifiques selon lesquels la culture de bois de chauffage « augmentera d’autant plus le taux de carbone dans l’atmosphère et accentuera le réchauffement climatique des prochaines décennies, même si le bois remplace le charbon, le pétrole ou le gaz naturel ».

Compte tenu du temps nécessaire pour faire pousser les arbres, les utiliser comme source d’énergie ne fait qu’accroître la « dette carbone » mondiale pour les prochaines décennies voire les prochains siècles, selon une étude publiée en septembre dans la revue scientifique Nature. Le bois « émet généralement 1,5 fois plus que le CO2 issu du charbon et 3 fois plus que le CO2 issu du gaz naturel à cause de la liaison carbone-bois, de sa teneur en eau, et de la température de combustion basse », lit-on dans l’étude.

D’autres scientifiques se veulent moins alarmistes, et pensent que pour pouvoir lutter contre le réchauffement climatique, les combustibles bioénergétiques « doivent se cantonner à des seuils plus stricts d’émissions de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles pour garantir une réduction tangible des émissions ».

La Commission a indiqué des « garanties » dans la directive, spécifiant que la biomasse consommée en Europe viendrait uniquement de forêts gérées de manière durable. Des hauts fonctionnaires européens ont également rappelé que la directive exige que la biomasse consommée émette au moins 80 % de gaz à effet de serre en moins que les combustibles fossiles.

Des garanties inefficaces

Des militants écologistes ont qualifié ces garanties d’inefficaces. Ceux-ci considèrent que les nombreuses conditions reprises dans la directive « auront très peu d’impact » et poseront des problèmes en matière de règles de comptabilisation du carbone au niveau de l’ONU.

La directive induit effectivement l’idée que la biomasse forestière a toujours une empreinte carbone neutre si les forêts sont gérées de manière durable, écrivent les signataires de l’article publié dans Nature. « Mais cela n’implique pas que l’empreinte carbone soit neutre », soulignent-ils, indiquant que la culture et la combustion de biomasse réduisent la capacité des forêts à absorber le carbone et ajoutent du CO2 dans l’air « comme pour n’importe quelle autre combustion au carbone ».

Si la directive exige que la bioénergie génère de grandes réductions des émissions, « elle ne prend pas en compte le carbone émis par la combustion de la biomasse », expliquent les chercheurs, permettant ainsi « un triplement de la production de bois de chauffage à travers le monde ».

Selon les militants, le consensus scientifique selon lequel la combustion de carbone n’est pas neutre en émissions est aujourd’hui sans appel. « Les arbres ne poussent pas assez vite pour compenser ces émissions initiales, ce qui veut dire que le bois n’est pas une bonne alternative aux combustibles fossiles », écrit Linde Zuidema, militant de l’ONG environnementale Fern.

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