L’UE en bonne voie pour réduire ses émissions de 50 % d’ici 2030

Le commissaire au climat Miguel Arias Cañete [Photo: European Parliament]

Une nouvelle étude revèle que l’UE est en voie de dépasser son objectif de réduction des émissions pour 2030. Et ce malgré la réticence de l’Allemagne et des pays d’Europe centrale.

En 2014, les dirigeants européens s’étaient mis d’accord pour fixer leur objectif à une réduction de 40% des émissions de carbone. Cet objectif semble aujourd’hui largement insuffisant pour que l’UE respecte ses engagements à l’accord de Paris, visant à empêcher un réchauffement planétaire supérieur aux 2 degrés Celsius. L’année dernière, un rapport du groupe d’experts intergouvernemental GIEC (un organe de l’ONU) concluait qu’un réchauffement de plus de 1,5 degrés aurait des conséquences tragiques.

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Face à l’urgence, la Commission européenne a accepté de revoir ses objectifs à la hausse. Après avoir publié de nouveaux chiffres sur l’énergie et le climat au mois de juin, l’exécutif européen a révélé que les nouvelles législations sur les renouvelables et l’efficacité énergétiques entraineraient des réductions de près de 45% des émissions.

Le 26 mars, une étude approfondie du groupe de réflexion sur le climat Sandbag a conclu que l’UE pourrait parvenir à une réduction de 50% des émissions sans efforts supplémentaires, si les États membres respectent leurs promesses de supprimer les centrales au charbon. Le modèle de Sandbag inclut toutes les suppressions déjà prévues dans certains États membres tels que la France (2021), l’Italie (2025), les Pays-Bas (2029). Antérieure à l’annonce allemande récente de supprimer le charbon pour 2038, l’étude envisageait toutefois une sortie du charbon fixée à 2040 pour tous les autres États membres.

Les derniers modèles de la Commission montrent qu’il y aura encore 371 térawattheures d’électricité issue du charbon connectée au réseau en 2030, alors que Sandbag estime ce chiffre à 198. Une différence considérable qui explique l’écart entre ces deux résultats.

« Il est positif de constater que même un modèle plus conservateur donne des résultats supérieurs », a déclaré Suzana Carp, experte chez Sandbag, lors de l’évènement de présentation de l’étude.  Deux autres scénarios ont montré que des ajustements politiques et des objectifs plus ambitieux de sortie du charbon permettraient d’atteindre une réduction de 53 à 58% des émissions. L’étude conclut qu’il y aurait « de fortes chances pour que l’objectif des 50% soit dépassé ».

Yvon Slingenberg, directrice de la DG climat à la Commission s’est voulue plus prudente. Lors de ce même évènement, celle-ci a observé qu’il fallait « se focaliser sur la stratégie à long terme [pour 2050]. Notre modèle montre que les 45% sont un seuil atteignable si tout est mis en œuvre. La prise de mesures dépend des États membres. »

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Comment faire?

L’augmentation des contributions déterminées au niveau national (NDC) est une question polémique en ce sens qu’elle dépend du bon vouloir des États membres. Le Commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, a voulu prendre la température auprès des chefs d’États européens, mais certains d’entre eux, dont Angela Merkel ont exclu toute augmentation des NDC pour le moment.

Les détracteurs de cette révision à la hausse sont nombreux : les pays d’Europe centrale et orientale s’y opposent également, alors que les pays très impliqués dans la lutte contre le réchauffement climatique, tels que les Pays-Bas ou la Suède, considèrent l’objectif des 45% comme pas assez ambitieux. Un avis également partagé par certains eurodéputés qui ont appelé à augmenter les CDN à 55% dans une recommandation adoptée le 14 mars.

Miguel Arias Cañete aurait espéré obtenir une augmentation atteignant les 45% avant le sommet de la COP24 en Pologne, afin d’affirmer le rôle central de l’UE dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il avait ensuite abandonné l’idée qui s’était avérée irréalisable. Le Commissaire au climat s’est toutefois référé au seuil de 45% dans la stratégie à long terme à l’horizon 2050, publiée avant le sommet des Nations unies de décembre 2019, dont l’objectif est la neutralité climatique d’ici à 2050.

La Commission n’aurait pas tout à fait abandonné l’idée de faire approuver l’objectif de 45%, afin d’augmenter ses chances d’obtenir suffisamment de soutien pour les objectifs de 2050 et de ne pas « arriver les mains vides » à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre.

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À l’occasion du sommet européen de la semaine dernière, les chefs d’États ont soutenu la proposition de la Commission pour une économie climatiquement neutre mais ne sont pas parvenus à convenir d’une date pour la réalisation de cet objectif. Selon des sources de la Commission, il y aurait, malgré les apparences, de réelles avancées dans les discussions sur le climat depuis le mois de novembre. Ces mêmes sources avancent qu’il restera suffisamment de temps pour convaincre les États membres les plus sceptiques, qui incluent notamment la Pologne, la Hongrie, la République Tchèque ainsi que l’Allemagne, qui s’était opposée à ce que les objectifs de 2050 soient inclus dans les conclusions du sommet.

Au mois de mai, les dirigeants européens seront amenés à rediscuter leur stratégie à l’occasion d’une réunion informelle sur l’avenir de l’Europe qui se tiendra en Roumanie, ainsi que lors du sommet européen du mois de juin. Les hauts fonctionnaires de la Commission espèrent que les chefs d’État de l’UE approuveront le plan climat au sommet du mois d’octobre, afin que l’exécutif puisse le soumettre aux Nations unies avant la prochaine COP, qui se tiendra au Chili.

 

 

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