Malgré la pandémie, l’UE maintient le cap climatique pour 2030

Frans Timmermans, le vice-président exécutif de la Commission chargé du climat. [Photo: European Commission]

Alors que la bataille contre le COVID-19 fait rage, la Commission européenne maintient ses ambitions vertes et lance une consultation publique destinée à revoir à la hausse l’objectif climatique de l’UE pour 2030.

« Alors que la Commission se focalise dans l’immédiat sur la lutte contre le coronavirus, nous poursuivons nos travaux préparatoires sur les priorités politiques à long terme, y compris le Green deal européen », a indiqué l’exécutif de l’UE dans un communiqué.

Lancée mardi 30 mars, une consultation publique en ligne doit permettre de sonder l’opinion sur l’objectif climatique actualisé de l’UE pour 2030 et déterminer si l’Union doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % ou de 55 % par rapport aux niveaux de 1990, contre 40 % actuellement.

« La révision à la hausse de l’objectif actuel pour 2030 permettra à l’UE de s’engager plus progressivement vers la neutralité climatique d’ici à 2050 », indique la Commission dans la déclaration qui accompagne le lancement de la consultation.

Lorsqu’il sera fixé, le nouvel objectif 2030 sera intégré à la loi climat récemment présentée par l’Union et déclenchera la mise à jour de toutes les lois européennes connexes, « y compris la législation sur l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, le partage de l’effort et le système d’échange de quotas d’émission de l’UE », précise la Commission.

La loi climat, une « capitulation » selon Greta Thunberg

La Commission européenne a présenté sa loi sur le climat, destinée à faire de l’Europe un continent neutre en carbone d’ici à 2050. Mais pour l’activiste climatique Greta Thunberg, elle équivaut à une « reddition ».

La décision de l’UE de se montrer plus ambitieuse en matière de changement climatique remonte à l’an dernier, à l’issue des élections européennes. Le scrutin a été marqué par la montée des partis verts et par les marches pour le climat qui ont mobilisé des millions de jeunes sur tout le continent.

Objectif zéro émission nette en 2050

La nouvelle Commission qui a été nommée après les élections a placé le changement climatique au cœur d’un « Green Deal » européen destiné à assainir l’environnement et à concrétiser un objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Mais la pandémie de coronavirus a relégué ces projets à l’arrière-plan, car toute l’attention politique est désormais focalisée sur la lutte contre le COVID-19 et la récession que devrait entraîner l’épidémie.

La Commission insiste cependant sur le fait que le Green deal européen demeure « la stratégie de croissance de l’Europe », et affirme qu’une plus grande ambition climatique « contribuera également à garantir à l’industrie européenne les avantages que confère le statut de pionnier ».

Une vision partagée et soutenue par les chefs d’État de l’UE qui, la semaine dernière, ont chargé la Commission de préparer un plan de relance centré sur les transitions verte et numérique.

Le Green Deal, marque de fabrique de la nouvelle Commission européenne 

« Je veux que le Green Deal européen devienne la marque de fabrique de l’Europe », a déclaré Ursula von der Leyen, qui a chargé son second de superviser l’objectif de neutralité climatique de l’Europe d’ici 2050.

La Commission devrait soutenir l’objectif de 55%

La consultation en ligne est ouverte jusqu’au 23 juin et invite tous les citoyens ou parties intéressées à y contribuer.

Mais les défenseurs de l’environnement ont immédiatement manifesté leur déception, car le questionnaire n’inclut aucune option prônant des réductions plus importantes que l’objectif de 50-55% des émissions suggéré par la Commission pour 2030.

Or, pour respecter l’objectif de 1,5°C de réchauffement climatique fixé par l’accord de Paris, les émissions devront être réduites « d’au moins 65% », estime Wendel Trio, le chef de l’organisation environnementale CAN Europe.

Alex Mason, du WWF, souligne lui aussi que la consultation n’offre que des options limitées, y compris pour le projet climatique à long terme de la Commission pour 2050.

Selon le dernier rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement sur les écarts d’émissions, l’UE devrait diminuer ses émissions de plus de 65 % pour freiner l’augmentation de la température afin qu’elle ne dépasse pas 1,5 °C à la fin du siècle.

Frans Timmermans, le vice-président de la Commission chargé du climat, avait déclaré lors de son audition devant le Parlement européen en octobre qu’il « serait surpris » que l’étude d’impact lancée par l’exécutif de l’UE ne recommande pas l’option de 55 %.

Par ailleurs, une analyse de rentabilité de l’objectif climatique de l’UE lancée début mars a été considérée comme une manière de préparer le terrain pour l’adoption de l’objectif le plus ambitieux.

Le calendrier en question

Frans Timmermans a été critiqué après le lancement de la loi climat le 4 mars, car il a martelé qu’une étude complète des coûts et des bénéfices de l’objectif 2030 ne pourrait être achevée qu’en septembre.

La consultation confirme le calendrier de la Commission en fixant au 23 juin la date limite pour la soumission des contributions.

« Les politiques doivent être conçues de manière responsable », avait déclaré le Néerlandais à l’époque, en balayant les sollicitations d’un groupe de 12 ministres de l’environnement de l’UE qui demandaient à la Commission d’achever son analyse coûts-avantages en juin au lieu de septembre.

Selon de nombreux détracteurs, attendre septembre signifie qu’il sera trop tard pour que les députés européens et les gouvernements nationaux se mettent d’accord sur un nouvel objectif climatique pour 2030 avant un sommet bilatéral crucial avec la Chine ce mois-là et la COP26 qui aura lieu à la fin de l’année à Glasgow.

Wendel Trio déplore « qu’avec la date de fin de la consultation, la Commission laisse entendre qu’elle a renoncé à essayer de présenter une nouvelle proposition d’objectif pour 2030 à temps pour le Conseil européen de juin ».

Avant que le coronavirus ne bouleverse le calendrier législatif, le sommet européen de juin était considéré comme une étape cruciale de la politique climatique de l’UE, car la Pologne s’était engagée à reconsidérer l’objectif de neutralité climatique de l’Union, après avoir refusé de s’y rallier en décembre.

Mais les États membres pourraient encore retarder le travail de la Commission en ne soumettant pas leurs plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat (PNEC) pour 2030, nécessaires pour mener à bien l’étude d’impact qui est en cours.

Bruxelles va publier la liste des pays à la traîne sur le climat

Seule la moitié des États membres de l’UE ont déposé leurs plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat à la Commission européenne à la date prévue, soit le 1er janvier 2020. Bruxelles devrait bientôt en publier une liste.

Six pays – sans compter le Royaume-Uni qui a quitté l’Union en janvier – n’ont pas encore remis leur stratégie finalisée et sont en retard de trois mois par rapport à l’échéance.

Les retardataires, la France, l’Allemagne, l’Irlande, le Luxembourg, la Roumanie et l’Espagne, en sont à des stades différents de l’approbation de leurs plans. Dans ces circonstances, demander à la Commission de terminer son évaluation plus rapidement est « quelque peu hypocrite » de la part de certains pays, souffle un fonctionnaire de l’UE.

Le Conseil européen est en mesure de se réunir par vidéoconférence et a déjà adopté des textes législatifs en recourant à une procédure écrite. Selon le projet de calendrier établi pour avril, les ministres de l’Énergie pourraient tenir une réunion informelle à la fin du mois pour discuter de la question des PNEC.

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