Les nominations du Conseil sont-elles climato-compatibles ?

Ursula von der Leyen a été nommée présidente de l’exécutif européen à un moment crucial pour la politique climatique. Elle n’a pourtant aucune expérience sur le sujet. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

Après plusieurs jours des négociations au beau milieu d’une canicule sans précédent, les dirigeants européens ont fini par s’accorder sur les noms pour occuper les postes de direction et fixer la direction politique des cinq prochaines années.

À la dernière minute la ministre de la Défense allemande, Ursula von der Leyen, a été choisie pour devenir la prochaine présidente de la Commission européenne.

Peu connue en dehors de l’Allemagne, Ursula von der Leyen était une outsider et ne s’était pas présentée comme candidate. Elle n’a donc pas été soumise à l’opinion publique ni fait l’objet d’un débat. Et personne ne sait ce qu’elle pense du changement climatique.

L’essor discret d’Ursula von der Leyen

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, fait figure de compromis pour la présidence de la Commission européenne. Si elle rassemble sur la scène politique européenne, elle est peu connue en dehors d’Allemagne où sa carrière a souvent été jalonnée de scandales.

Pas d’expérience en politique climatique

La nouvelle présidente de la Commission aura la lourde charge de déterminer l’urgence d’un consensus européen sur la neutralité carbone pour 2050 et sur la révision à la hausse des objectifs pour 2030. Mais le CV des quatre nommés annoncés mardi 2 juillet laisse présager que le changement climatique ne sera pas en tête de liste de leurs priorités.

Ursula von der Leyen est une alliée d’Angela Merkel chez les Chrétiens démocrates. Libérale sur le plan social, elle ne s’est jamais engagée dans la politique climatique et était fermement opposée aux socialistes et démocrates (S&D) et aux Verts au Parlement européen, qui espéraient une coalition progressiste en soutien au candidat socialiste Frans Timmermans.

Dans un tweet cinglant, Martin Schulz, chef de file des sociaux-démocrates allemands, a déclaré que la nomination d’Ursula Von der Leyen était « une victoire » pour Viktor Orban, le Premier ministre populiste de droite en Hongrie, qui a soutenu sa nomination. « Pour nous, elle est la ministre la plus faible. C’est apparemment suffisant pour devenir cheffe de la Commission », a-t-il déclaré.

En Allemagne, la popularité des Verts a connu un tel essor que le parti est arrivé au coude à coude avec le parti conservateur d’Angela Merkel lors des élections européennes.

« Von der Leyen sentira certainement la pression [des verts] et devra y faire face », assure Quentin Genard, responsable du groupe de réflexion E3G à Bruxelles, qui ajoute que ses opinions libérales pourraient finalement être « une bonne nouvelle » pour mettre en avant des politiques climatiques ambitieuses.

Par ailleurs, le Parlement européen, où la présence des Verts a plus que doublé, réclamera des politiques concrètes au prochain président de la Commission.

« Les socialistes et les verts pourront se rallier à cette nomination s’il y a une forte promesse sur le contenu et [Von der Leyen] va devoir y être réceptive », a-t-il déclaré.

Ska Keller, candidate malheureuse à la présidence du Parlement européen pour les Verts, a déclaré qu’il n’y avait « aucune raison » pour que les Verts ratifient la nomination de l’Allemande au Parlement, qui doit avoir lieu la semaine du 15 juillet.

Martin Nesbit, responsable de la gouvernance climatique et environnementale à l’Institut pour la politique environnementale européenne, a déclaré qu’en tant qu’ancien ministre de la Jeunesse, Ursula von der Leyen pouvait être « relativement à l’écoute des jeunes et des préoccupations des jeunes électeurs sur le changement climatique ».

La jeunesse, le climat et la lutte contre les inégalités prendront-ils la tête des institutions européennes ?

Alors que le Parlement européen vient de renouveler ses députés à l’issue d’élections au taux de participation en forte hausse, toute l’attention se tourne vers la phase de négociations des postes clés à Bruxelles.

Michel, Lagarde, Borrell

Trois autres postes de haut niveau ont été annoncés. Le Premier ministre belge Charles Michel a été nommé président du Conseil européen, Christine Largarde a déclaré qu’elle abandonnait son poste à la direction du Fonds monétaire international (FMI) pour diriger la Banque centrale européenne et le ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Borrell Fontelles a été nommé haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Christine Lagarde a qualifié le changement climatique de « grand défi existentiel de notre époque » et a fait campagne au FMI pour une plus grande divulgation des risques que pose le changement climatique pour le système financier. Sous sa direction, le fonds s’est également montré très critique à l’égard des subventions aux combustibles fossiles.

En Belgique, Charles Michel a été confronté à certaines des plus grandes manifestations de jeunes pour le climat. Dans son discours du nouvel an en janvier, il leur a envoyé un message clair et s’est dit prêt à adopter des mesures plus ambitieuses de réduction des émissions de carbone à long et moyen terme.

Dans le contexte de la politique belge, il a fait ses preuves en matière de compromis, une tâche qu’il devra continuer à assumer en tant que président du Conseil pour s’assurer que les États membres de l’UE parviennent à un consensus – notamment sur la neutralité carbone d’ici à 2050.

Quant à Josep Borrell, du Parti socialiste ouvrier espagnol et également vétéran de la politique européenne, puisqu’il a présidé le Parlement européen de 2004 à 2007, il défend depuis longtemps la coopération internationale sur le changement climatique.

« Josep Borrell vient d’un gouvernement espagnol très progressiste et très impliqué dans le domaine du climat », explique Quentin Genard. « L’UE a peut-être trouvé un champion pour transmettre ce message [sur le climat] au reste du monde et dans l’espace diplomatique. Mais cela dépend de qui l’entoure et de son mandat. »

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La ministre espagnole de l’Énergie, Teresa Ribera, à l’origine de propositions ambitieuses visant à décarboniser le pays, a salué la nomination de Josep Borrell à la tête de la diplomatie européenne « à un moment clé où les grands enjeux mondiaux exigent une UE forte et constructive ».

Simon Schunz, professeur de relations internationales de l’UE au Collège d’Europe, estime que les nominations n’indiquent pas « un changement de dynamique » dans l’approche de l’UE face au changement climatique.

Mais avec l’accession de la Finlande à la présidence tournante du Conseil de l’UE et l’imminence du sommet de l’ONU sur l’action contre le changement climatique en septembre, « la pression pour redoubler d’efforts sur le changement climatique ne va pas disparaitre, mais la question est de savoir comment la nouvelle équipe dirigeante va réagir », a-t-il ajouté.

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