Pourquoi l’Europe ne peut faire preuve de leadership sur le climat

Séance plénière de la COP24, le 8 décembre. [enb.iisd.org]

Avec Londres paralysée par le Brexit, Paris entravée par les gilets jaunes et Berlin dans un marasme politique, l’Europe peine à jouer son rôle de moteur à la COP24, dont la phase politique s’ouvre le 11 décembre.

Le dialogue de Talanoa aura lieu les 11 et 12 décembre à Katowice, dans le cadre de la conférence de l’ONU sur le climat, la COP24. Son but est de faire le bilan des efforts collectifs fournis par les pays pour limiter le réchauffement climatique à « bien en deçà de 2°C » et de renforcer les engagements de l’accord de Paris.

« Le dialogue de Tanaoa montre où est le vrai problème », estime Bas Eickout, eurodéputé vert. « Il y a un écart entre ce que nous promettons et ce qui est nécessaire pour respecter l’objectif de 2°C, sans même parler de celui de 1,5°C. »

« Sur ce point, l’Europe n’est pas prête, ce sera un problème durant cette deuxième semaine de négociation », regrette-t-il. « L’acteur qui pourrait mener la bataille lors de ces négociations est paralysé. »

Règles ambitieuses

À son arrivée à Katowice, le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, avait déclaré que l’UE faisait preuve de leadership après la publication de sa stratégie climatique pour 2050 fin novembre. Cette stratégie à long terme liste huit scénarios possibles pour le continent, dont deux qui visent des émissions nettes nulles d’ici 2050.

Bas Eickhout souligne pourtant la différence entre les négociations en cours sur l’ensemble de règles découlant de l’accord de Paris et la dimension politique du dialogue de Talanoa, où le but est de remonter encore les ambitions pour limiter le réchauffement à « bien en deçà de 2°C ». « Ce que je vois durant ces négociations, c’est que tout le monde parle des règles et d’en faire la grande question de la semaine… pour s’écarter du débat sur la hausse des ambitions », remarque-t-il.

« On entend Miguel Arias Cañete dire qu’il veut un ensemble de règles ambitieux, mais pour être honnête, ce n’est pas vraiment le cas », juge-t-il, parce que le compromis mondial qui sera trouvé ne sera jamais aussi ambitieux que ce que l’Europe peut faire. « C’est très facile pour nous de dire que nous voulons des règles ambitieuses, parce que nous sommes déjà bien organisés et que nous avons déjà plusieurs systèmes de suivi et de reporting en place. »

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Absences européennes

Pour l’élu des Verts, la vraie question est donc de savoir si l’Union européenne est prête à élever le niveau d’ambition du dialogue de Talanoa. Aujourd’hui, les signaux politiques émanant de l’Europe sont négatifs, indique-t-il.

De fait, plusieurs États membres importants, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont actuellement aux prises avec des événements internes qui les empêchent de se lancer réellement dans le débat climatique.

« Il y a le Royaume-Uni et le Brexit, l’Italie et son budget, la France et la contestation sociale, l’Allemagne et les soubresauts de son gouvernement », liste-t-il. « Et il y a un certain nombre d’acteurs clés au niveau européen qui ne semblent pas prêts à prendre davantage d’engagements, et ce n’est certainement pas la présidence polonaise [de la COP] qui poussera dans ce sens non plus. »

Il n’empêche, la COP24 ne se limite pas aux règles liées à l’accord de Paris, estime le Néerlandais, qui appelle les négociateurs de l’UE à dépasser les détails techniques pour s’attaquer à l’enjeu politique plus large de ces discussions.

Malgré des silences regrettables, l’UE a déjà revu son ambition à la hausse, et s’est engagée à réduire ses émissions de 45 % au lieu des 40 % promis par rapport au niveau de 1990. Le mois dernier, quand la Commission a présenté sa stratégie climatique, elle a bien souligné que tous ses scénarios pour 2050 se basaient sur l’objectif de 45 %.

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Se donner les bons moyens

Bas Eickhout attire cependant l’attention sur le fait que les engagements actuellement discutés ne permettraient pas un réchauffement limité à 1,5°C, le scénario étudié par le GIEC dans un rapport alarmant paru en octobre.

Il insiste aussi sur la régression significative du week-end dernier, quand les États-Unis, la Russie, le Koweït et l’Arabie saoudite ont opposé leur véto à une proposition de texte qui « appréciait » le rapport du GIEC, préférant en « prendre note ».

Si ce véto a choqué de nombreux représentants à Katowice, « il ne devrait pas être surestimé », ajoute l’eurodéputé, puisque ces mêmes pays ont adopté le rapport au moment de sa publication.  La décision de ce week-end « indique cependant clairement la position des États-Unis et son appartenance à la coalition des énergies fossiles ».

En ce qui concerne les résultats de la COP24, le Néerlandais s’attend à un peu de théâtre politique en fin de semaine. « Il y aura un accord, et il sera sans doute délivré le samedi matin. La question est de savoir si ce sera suffisant. Je m’attends à un compromis mitigé. »

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