La stratégie d’adaptation de l’UE doit réduire les coûts « humains » du changement climatique

La stratégie d’adaptation climatique de l’Union européenne, qui devrait être révélée mercredi 24 février, aura pour objectif d’endiguer le changement climatique anthropique, que ce soit en Europe ou dans le monde entier. EPA/PETER KNEFFEL [PETER KNEFFEL / EPA]

La stratégie d’adaptation climatique de l’Union européenne, qui devrait être révélée mercredi 24 février, aura pour objectif d’endiguer les coûts humains du changement climatique, que ce soit en Europe ou dans le monde entier. Les syndicats appellent les parties prenantes à renforcer la protection des travailleurs les plus exposés.

Outre les mesures prises par l’UE visant à réduire les émissions de CO2 et le réchauffement climatique, le bloc doit également se préparer aux répercussions inévitables du changement climatique, à savoir les extrêmes météorologiques : l’augmentation du nombre de tempêtes, de sécheresses, d’inondations et de canicules.

La vague de chaleur de 2003, lors de laquelle quelque 20 000 personnes sont décédées en France, avait déjà poussé les autorités à l’époque à tirer la sonnette d’alarme et à prendre des mesures préventives qui ont permis de réduire de façon significative le nombre de victimes lors des canicules suivantes.

Le changement climatique engendre des coûts humains considérables, entre exode et perte d’emploi. Il entraînera donc de grandes répercussions sur la démographie européenne. Les professions à l’extérieur, notamment dans l’agriculture et le bâtiment, devraient être les plus touchées.

« Nous voyons que les ouvriers qui travaillent dehors sont de plus en plus touchés par la hausse des températures, comme en témoigne la vague de chaleur de 2019 », a déclaré Félix Mailleux, conseiller pour la Confédération européenne des syndicats (CES).

« [Ces phénomènes météorologiques] peuvent poser des risques pour la santé et la sécurité ; risques de malaise, manque de concentration, sentiment de fatigue, cancer de la peau ou déshydratation », a-t-il ajouté.

Le stress thermique devrait réduire le nombre total d’heures travaillées dans le monde de 2,2 % en 2030, et le produit intérieur brut mondial de 2 400 milliards de dollars, selon les projections de l’Organisation internationale du travail (OIT).

D’après Le CES, qui a adopté une résolution sur une stratégie européenne d’adaptation au changement climatique pour le monde du travail en novembre 2020 : « Une nouvelle initiative législative et de nouveaux cadres d’action devraient être mis en place afin de protéger les travailleurs contre l’exposition aux fortes températures, aux radiations naturelles d’UV et autres risques pour la santé et la sécurité. »

« Chaque année, nous sommes susceptibles d’être confrontés à une vague de chaleur pendant trois semaines, voire plus, et ce tous les étés. Ces extrêmes météorologiques ont des conséquences directes sur les ouvriers des chantiers », a fait savoir Ludovic Voet, secrétaire du CES chargé du dossier climat.

« La hausse des températures a aussi des répercussions sur l’organisation du travail dans ces filières, y compris dans l’agriculture et le bâtiment », a-t-il renchéri.

Parallèlement à la mise en place de mesures visant à protéger les travailleurs, les syndicats souhaitent également que la stratégie d’adaptation du bloc établisse un système de gouvernance inclusif et les prenne en compte dans les plans nationaux esquissés.

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Dépenses globales et risques de sécurité

Au sein de l’Union européenne, les pertes économiques engendrées par les extrêmes météorologiques et climatiques avoisinent en moyenne déjà 12 millions d’euros par an, selon la feuille de route de la Commission européenne sur l’adaptation climatique. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), si le monde se réchauffe de 1,5 degré Celsius, les dommages induits par les extrêmes climatiques pourraient atteindre 49 000 milliards d’euros – et 63 000 milliards d’euros si les températures dépassent les niveaux préindustriels de 2 degrés Celsius.

En 2018, la majorité des catastrophes naturelles, ayant touché quelque 62 millions de personnes, était associée à des extrêmes météorologiques et au changement climatique. Ces catastrophes ont poussé 16,1 millions de personnes à l’exil.

« Le changement climatique multiplie les menaces à la stabilité et à la sécurité internationale, notamment auprès des groupes les plus vulnérables. Les efforts d’adaptation [au changement climatique] peuvent donc agir comme moyens de prévention aux conflits et outils de médiation », peut-on lire dans le document de l’exécutif européen.

Lorsqu’un écosystème s’effondre, le risque de guerre, d’État en déliquescence ou d’État mafieux s’accroît, a averti Petros Kokkalis, membre de la Gauche au Parlement européen et rapporteur fantôme chargé du dossier climat. Selon lui, des régions comme le Moyen-Orient se réchauffent plus rapidement que la moyenne mondiale ; un phénomène qui exacerbe les conflits existants.

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Le Parlement souhaite l’introduction d’objectifs contraignants

L’été dernier, la Commission européenne a publié sa feuille de route pour l’adaptation climatique en se référant à sa stratégie précédente de 2013. Le document inclut des mises à jour notables, notamment des mesures visant à améliorer les connaissances en la matière et à moderniser la planification et les interventions en cas d’extrêmes météorologiques.

La stratégie de l’exécutif met en exergue des solutions pour réduire les répercussions climatiques sur les groupes vulnérables en ciblant une meilleure gestion des ressources naturelles ; en évitant et en minimisant les déplacements de population ; et en augmentant la résilience des chaînes d’approvisionnement fondamentales au sein du bloc.

Bruxelles appelle certes à la mise en place d’un meilleur système de surveillance, mais le document ne présente aucun point sur les objectifs d’adaptation climatique contraignants formulés par le Parlement européen dans sa résolution sur la stratégie publiée en décembre.

D’après les législateurs, il est crucial d’introduire des objectifs contraignants, car l’adaptation climatique est un sujet transfrontalier.

Dans le cas contraire, les solutions apportées à l’adaptation climatique se feront en fonction des pays, a fait savoir Bas Eickhout, député vert à la commission Envi du Parlement européen. « Les cours d’eau traversent les frontières, et la façon dont nous gérons nos infrastructures a des répercussions transfrontalières », a-t-il ajouté dans un entretien avec Euractiv.

Toute législation doit être porteuse de sens et entraîner un effet tangible sur la politique du bloc, a renchéri M. Eickhout, faisant référence à la pêche, l’agriculture et le financement d’infrastructure.

Les eurodéputés demandent un financement accru aux niveaux européen, national et régional, ainsi que des investissements publics et privés pour l’adaptation. Le nouvel objectif de 30 % de dépenses des fonds de l’UE liées au climat devrait contribuer à la fois à l’atténuation et à l’adaptation climatiques, affirment-ils, rappelant que le coût de l’inaction serait nettement plus élevé.

« La stratégie d’adaptation constitue probablement la clé de voûte de toutes les prochaines dépenses publiques et interventions publiques », a maintenu M. Kokkalis, arguant que la feuille de route devait différencier le financement pour l’atténuation des changements climatiques du financement pour l’adaptation climatique.

La stratégie d’adaptation devra également prendre en compte les autorités régionales, étant donné que la planification spatiale est la clé pour réduire les répercussions des extrêmes météorologiques. La Commission devrait mettre en cause les États membres au sujet de leur stratégie d’adaptation, car ils ne sont toujours pas préparés aux variations hydriques, selon M. Eichkout.

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