Le projet de taxe carbone aux frontières de l’UE inquiète Moscou

[Photo: EPA-EFE/MAXIM SHEMETOV / POOL]

Un conseiller du Kremlin incite les entreprises russes à s’adapter dès maintenant si elles souhaitent continuer à vendre leurs marchandises sur le marché unique. Preuve que Moscou a pris acte du projet européen de taxe carbone aux frontières.

La Commission prévoit de taxer les importations qui ne remplissent pas une série de critères environnementaux afin d’atteindre ses objectifs de décarbonisation de l’économie et de protection des industries européennes.

Les fonctionnaires européens travaillent actuellement sur le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » pour s’assurer qu’il est compatible avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Ils doivent encore finaliser certains détails concernant les produits à cibler.

Mais la Russie, le quatrième plus gros émetteur de gaz à effet de serre au monde, a déjà la taxe en point de mire.

Pendant une conférence de presse le 6 février, Ruslan Edelgeriev, le conseiller climat de Vladimir Poutine qui a représenté Moscou lors de divers sommets internationaux, a enjoint les entreprises russes à envisager leur avenir avec la taxe carbone.

« L’UE veut imposer ces régulations, non pas parce qu’ils n’aiment pas nos entreprises, mais pour que [les leurs] ne dépassent pas [certains] objectifs d’émission », a indiqué Ruslan Edelgeriev.

Le conseiller estime que toute société refusant de s’adapter maintenant risque de rencontrer des difficultés par la suite, quand la contribution sera appliquée. La Commission européenne a prévu de soumettre son projet de loi en 2021.

Ruslan Edelgeriev plaide aussi pour une nouvelle régulation russe sur le sujet, « parce si [la Russie] ne s’adapte pas, [elle sera] exclue des marchés extérieurs ».

La coalition allemande divisée sur la tarification du carbone

Et si Berlin mettait un prix sur les émissions de carbone des secteurs du transport, du bâtiment et de l’agriculture, qui ne sont actuellement pas couverts par le système d’échange de quotas d’émissions ? La question divise la coalition en Allemagne. Un article d’Euractiv Allemagne.

Malgré les sanctions imposées par l’UE à la Russie après que le pays a annexé la Crimée en 2014, et prolongées en décembre dernier —, les échanges commerciaux entre les deux parties ont en fait augmenté de 2,2 % au premier semestre de l’année 2019, selon les chiffres d’Eurostat.

Reste à savoir jusqu’où ira Moscou pour limiter son impact climatique. Le pays n’a signé  l’accord de Paris de 2015 que l’année dernière, et la plupart des experts considèrent que les réductions d’émissions promises par le pays sont insuffisantes ou inexistantes.

En janvier, le Kremlin a publié une stratégie dans laquelle il considère le changement climatique comme une réalité, et où sont listées plusieurs mesures que la Russie peut prendre pour tirer parti de la hausse des températures. Par le passé, Poutine s’était montré sceptique quant à l’implication de l’homme dans le dérèglement climatique.

Ces mesures incluent notamment un accès plus facile aux routes de navigation – autrefois inexploitables à cause de la glace, mais aussi une baisse des factures énergétiques en hiver ainsi qu’une mise en conformité des exportations avec les réglementations environnementales de pays tiers.

La Russie n’est pas la seule qui risque d’être touchée par des taxes douanières si elle ne fait rien pour se mettre à niveau. Le Royaume-Uni pourrait lui aussi se retrouver dans le collimateur de l’UE.

Les détails de la future relation entre l’ex-État membre et Bruxelles restent encore à déterminer, mais si Londres décide d’appliquer sa propre réglementation environnementale, l’UE pourrait imposer sa taxe carbone aux frontières pour protéger son industrie.

L’UE pourrait utiliser la taxe carbone aux frontières contre le Royaume-Uni

Si, à la suite du Brexit, le Royaume-Uni décidait de ne plus respecter les règles communautaires sur les marchés du carbone, l’Union européenne pourrait soumettre son ancien membre à la taxe carbone aux frontières, avertit l’eurodéputé Pascal Canfin.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.