FACTCHECKING: Croissance et climat, le divorce inattendu

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Contrairement à une croyance largement répandue, notamment à la Commission européenne, la crise économique joue peu sur les émissions de CO2 en Europe. L'essor des énergies renouvelables expliquerait l'essentiel des réductions d'émission de CO2 depuis 2005.

Tout est parti d’une petite phrase glissée dans un rapport de la Commission européenne, publié en novembre 2012. Bilan du fonctionnement du système européen d’échange de quotas, le texte estimait que « la crise économique était clairement la cause majeure d'une forte réduction des émissions de CO2 ».

Le lien entre crise et carbone, une idée toute faite

Une idée désormais largement répandue. Et qui se révèle aujourd’hui… fausse !

Selon une étude réalisée par l’équipe de recherche de CDC Climat, ce n’est pas le ralentissement des hauts-fourneaux ou la fermeture d'usines, mais l’arrivée massive d’éolienne et de panneaux photovoltaïques dans la production d’électricité qui a permis de réduire significativement les émissions de carbone en Europe, depuis la mise en place du Paquet climat en 2005.

« La bonne nouvelle, c’est que nous estimons que les émissions de CO2 en Europe ont reculé d’environ 1,1  gigatonne de CO2 depuis 2005 » relève Emilie Alberola, chef du pôle recherche Marché du carbone et énergie de CDC Climat, filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations.

« Mais les politiques énergétiques menées en Europe sont entrées en conflit : l’apparition massive des énergies renouvelables a sapé le marché du carbone » constate la chercheuse.

En cause, le paquet Énergie Climat 2020.  Une série de mesures visant à réduire les émissions de CO2 de 20 % entre 1990 et 2020, tout en faisant grimper la part des énergies renouvelables à 20 % du mix énergétique et en augmentant l’efficacité énergétique de 20 %.

Une feuille de route qui progresse plutôt bien si l’on en croit l’Agence européenne de l’environnement, efficacité énergétique mise à part.

>>Lire : L'efficacité énergétique, talon d'Achille de l'Europe

Sauf que…personne n’avait anticipé un développement aussi massif des énergies renouvelables, qui ont été presque systématiquement soutenues par des dispositifs fiscaux favorables dans les différents pays.

Selon Eurostat, l’électricité d’origine renouvelable est passée de moins de 14 % à plus de 20 % du total entre 2005 et 2011. Le photovoltaïque dans les pays du Sud et les éoliennes, dont le développement a été plus massif dans les pays du Nord, a bouleversé le mix énergétique européen.

Les renouvelables, nouvelles stars du climat

D'après les calculs de CDC Climat, ces nouvelles énergies expliquent à elles seules la moitié des économies de carbone depuis 2005. Elles représentent en effet 500 millions de tonnes de CO2 évitées.

Le ralentissement économique, lui, se voit attribuer une responsabilité plus modeste dans le recul des émissions. Soit 300 millions de tonnes de carbone évitées. Ce qui représente certes un impact plus important que les progrès réalisés en matière d’efficacité énergétique (-100 à 200 millions de tonnes). Mais la contribution de la crise économique dans la baisse des émissions de carbone reste mince.

Le marché du carbone lui, est le perdant de ce bilan global, tout en étant un des principaux acteurs : son prix a sans doute influencé le recours  à un combustible plutôt qu’un autre, en l’occurrence au gaz plutôt qu’au charbon, permettant des réductions d'émission in fine. Il a aussi contribué à réduire les émissions de carbone en dehors de l'Europe, grâce aux crédits carbone utilisables en Europe.

Mais au final, le marché du carbone a été neutralisé par la faiblesse des émissions réelles de CO2 en Europe, qui a entraîné une abondance artificielle de quotas d'émission en circulation. Le prix du carbone a sombré, à zéro dans un premier temps en 2008, avant de passer de près de 30 euros la tonne en 2009 à 6 euros par tonne actuellement.

L'efficacité des politiques européennes en question

C’est là que l’étude pose la question de l’efficacité des politiques européennes.

La mise en place du marché du carbone auprès de 12.000 sites industriels dont 1400 installations électriques représente un coût, tout comme le renforcement de l’efficacité énergétique ou l'installation des éoliennes.

Mener les trois objectifs de front comme la Commission entend continuer à le faire ne représente pas forcément la solution la plus rationnelle.

En revanche, les écologistes ne manqueront pas de souligner que l’étude démontre, en creux, la faible corrélation entre le niveau d’émission de CO2 et la croissance : la relation n’est pas linéaire, puisque la croissance peut stagner sans entraîner de modifications draconiennes des émissions de gaz à effet de serre

Et l’objectif de réductions de 30 % des émissions de CO2, qui est actuellement en discussion au niveau européen, fait sens à la lecture de l’étude de CDC Climat.

D’une part l’objectif 2020 est quasiment atteint 7 ans avant, puisque les émissions de CO2 ont chuté de 18 % depuis 1990. Et d’autre part, l’argument de la croissance économique, principal argument politique contre une politique climatique plus radicale, ne semble plus tenir.

Le "paquet climat" adopté par l'Union européenne représente une série de mesures qui traduisent les engagements de l'Europe lors du protocole de Kyoto.

Le lancement du marché du carbone en 2005 et la politique de soutien aux énergies renouvelables sont les principaux piliers de cette politique. L'Europe discute actuellement du cap 2030 et des objectifs 2050. Les objectifs 2020 sont quasiment déjà atteints.

  • 11 au 22 novembre 2013 : 19ème conférence des partis (COP) des Nations-Unies sur le climat, à Varsovie, en Pologne

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