Cinq pays appellent à 100% d’énergie renouvelable d’ici 2050

epa07080114 Le secrétaire d'État luxembourgeois Claude Turmes s'adresse aux médias avant la réunion du Conseil Environnement à Luxembourg, le 9 octobre 2018. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Au premier débat public des ministres de l’Énergie sur la stratégie climatique pour 2050, cinq États se sont insurgés contre l’absence d’un scénario à 100 % de renouvelables d’ici là.

La stratégie « Une planète propre pour tous » présentée par la Commission en novembre 2018, propose huit scénarios de réduction des émissions permettant à l’Europe de se conformer à ses engagements de l’accord de Paris. Les États membres européens devraient analyser ces propositions et décider quel scénario adopter cette année.

Le ministre luxembourgeois à l’Énergie, Claude Turmes, a ouvert le premier débat sur la question en assurant de but en blanc que « vous pouvez oublier six des huit scénarios », qu’il estime complètement inadéquats.

Claude Turmes critique aussi les deux options restantes, qui visent zéro émission nette d’ici 2050 et manquent selon lui de clarté et de transparence. Il a appelé la Commission à partager les chiffres et statistiques sur lesquels ses services se sont basés.

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« La Commission Juncker suggère de construire 50 ou 60 réacteurs nucléaires d’ici 2050. Ce n’est pas exactement le genre de politiques […] avec lesquelles menacer les citoyens européens », a déclaré l’ancien eurodéputé.

Pour lui, l’absence d’une option à 100 % de renouvelable est tout aussi problématique et il ne peut y avoir de débat sincère sur l’avenir énergétique et climatique de l’UE tant que la stratégie est « incomplète ».

Plusieurs États membres, dont l’Espagne, ont déjà annoncé leur intention de se tourner vers une électricité 100 % renouvelable. Claude Turmes, lui, souhaite que ce soit tout le système énergétique, transport et chauffage compris, qui ne s’alimente qu’aux renouvelables.

Ses homologues autrichien, irlandais, lituanien et espagnol se sont joints à son appel. Le ministre finlandais, Kimmo Tiilikainen, a pour sa part assuré que son pays profiterait de sa présidence, de juillet à décembre, pour faire adopter des conclusions.

Les gouvernements européens peuvent faire ce qu’ils veulent du texte de la Commission, puisque celui-ci n’est pas contraignant. Le Luxembourg ou tout autre pays – pourrait donc présenter lui-même un neuvième scénario à 100 % de renouvelables.

Certains spécialistes de l’énergie ont d’ailleurs déjà fait ce travail pour la Commission en réalisant des modèles pour des systèmes énergétiques européens, voire planétaires, qui n’incluent que des renouvelables. C’est le cas du Danois Brian Vad Mathiesen, qui s’est dit « honnêtement surpris que la Commission n’ait pas inclus cette option dans sa proposition ». Il est d’accord avec Claude Turmes : il sera difficile d’avoir un vrai débat sur l’avenir sans ce scénario et ne comprend pas pourquoi la Commission n’a pas été jusque-là, surtout que « la technologie changera d’ici 2050 ».

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L’expert trouve aussi que les six premiers scénarios ne valent pas la peine qu’on s’y attarde, et que les deux propositions les plus ambitieuses, qui se concentrent sur l’économie circulaire et les technologies telles que le captage et le stockage de carbone, ne sont pas très différentes l’une de l’autre.

« Pour débattre là-dessus, il faut se pencher sur la pénétration des renouvelables dans le secteur des transports, du chauffage, du refroidissement. Partout. Il doit y avoir d’autres options », assure-t-il.

Les chercheurs de l’université de technologies de Lappeenranta ont récemment publié leur propre modèle d’un système à 100 % renouvelable, qui impliquerait l’interconnexion de 20 régions ou « îles » indépendantes européennes via un « super réseau ».

L’auteur de l’étude, Christian Breyer, se félicite que cette possibilité soit à présent évoquée au niveau européen. « L’énergie 100 % renouvelables est notre seule option », rappelle-t-il, parce que l’énergie nucléaire et le développement des techniques de captage et stockage du carbone sont trop coûteux.

Il ajoute que le modèle sur lequel il a travaillé n’est qu’un exemple d’une myriade d’études scientifiques rigoureuses qui montrent que des systèmes énergétiques respectueux peuvent fonctionner.

Au Conseil de l’énergie du 4 mars, plusieurs ministres ont fait référence au concept de « prosommateurs d’énergie », des citoyens qui produisent et consomment de l’énergie. L’étude de Christian Breyer se penche sur la question, et conclut que la production citoyenne permettrait de faire baisser les coûts de l’énergie.

La stratégie proposée par la Commission européenne a déjà été discutée lors d’une réunion des ministres dédiée à la concurrence. Le troisième débat à ce sujet aura lieu dès le 5 mars, lors d’un Conseil environnement.

Les chefs d’État et de gouvernement se rencontreront quant à eux en Roumanie le 9 mai. Ils devraient commencer à discuter de leur position, à l’approche du sommet onusien sur le climat, prévu pour septembre.

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