En Allemagne, l’objectif de réduction des émissions des voitures divise

Des objectifs plus stricts de réduction des émissions de CO2 s'appliqueront bientôt aux nouvelles voitures. [shutterstock/welcomia]

D’ici 2030, les émissions de CO2 des véhicules nouvellement immatriculés doivent être réduites de 37,5 % par rapport aux niveaux de 2021. Le compromis a reçu un accueil polarisé.

La Commission européenne, le Parlement et le Conseil se sont mis d’accord sur un objectif concret de réduction des émissions des voitures et véhicules utilitaires. Comme objectif intermédiaire, les représentants des trois institutions de l’UE préconisent « moins 15 % » d’ici 2035.

« Mobilité propre et investissements »

La ministre allemande de l’Environnement, Svenja Schulze, s’est félicitée de l’accord : « C’est un bon résultat qui nous amène plus loin dans la protection du climat et qui créera de nouveaux emplois ».

Selon la ministre socialiste, les valeurs limites inciteront à la mobilité propre, faisant valoir que cela pourrait attirer une flambée d’investissements verts.

COP24 : des règles clarifiées mais sans ambition

Trois ans et trois jours après l’adoption de l’accord de Paris, les 197 pays signataires rassemblés à Katowice, en Pologne, se sont accordés le 15 décembre sur un ensemble de règles pour sa mise en œuvre, mais n’ont pas décidé de relever l’ambition des 2°C.

Toutefois, d’autres sont plus frileux à crier victoire. Ce sont les mêmes, issus de l’opposition chrétienne-démocrate, qui avaient demandé à Berlin de prêcher pour des valeurs de réduction de CO2 moins strictes lors de la négociation entre États membres. Malheureusement pour eux, l’Allemagne n’a pas été en mesure de s’imposer.

Conseil 

Jens Gieseke, eurodéputé CDU (chrétiens-démocrates), a souligné au cours de cette négociation que l’objectif ambitieux de 37,5 % ne pourrait être atteint que si un grand nombre de voitures électriques étaient mises en circulation au préalable. « Mais nous ne savons pas à quoi ressemblera le marché de l’automobile de demain », a-t-il estimé.

L’eurodéputé libéral finnois, Nils Torvalds, a pour sa part exprimé sa déception en rappelant que le Parlement était en faveur d’objectifs plus ambitieux.

« Nous pourrions bien entendu améliorer la proposition initiale de la Commission et faire évoluer la position du conseil des États sur la question, mais pour l’instant, ce compromis est un pas en arrière par rapport à ce que préconise le Parlement pour tenir les promesses de l’accord de Paris », a expliqué le Finnois.

Réactions divergentes également du côté des acteurs non étatiques. Les constructeurs automobiles allemands et leurs lobbies ont vivement critiqué l’accord en le qualifiant d’irréaliste, tandis que l’Association environnementale allemande (DUH) a en revanche exprimé sa déception.

« Ce qui vient d’être présenté […] ne sera pas suffisant pour atteindre nos objectifs en matière de politique climatique », a soupiré Jürgen Resch, directeur de la DUH, avant de critiquer le gouvernement allemand et de l’accuser d’avoir freiné des objectifs plus ambitieux au cours des cette réunion entre États membres.

Après 3 ans de stagnation, les émissions de CO2 repartent à la hausse

Les chances de limiter la hausse des températures à +1,5° sont de plus en plus minces : la trajectoire actuelle mène vers une planète réchauffée de 3,2° en 2100.

 

À véhicule plus gros, pollution plus lourde

Martin Menner, expert du trafic au Centre allemand pour la politique européenne (CEP), voit cette décision comme un « non-sens ».

« Des normes plus strictes en matière de CO2 peuvent certes encourager la construction et l’achat de véhicules émettant moins de CO2 par kilomètre. Mais cette idée d’améliorer à tout prix l’efficacité énergétique avec des moteurs plus efficaces est contre-productive. Cela renforce la tendance déjà présente de véhicules toujours plus lourds et toujours plus puissants », explique le scientifique fribourgeois.

Un quota d’émissions qui inclurait également les véhicules à moteur serait une solution préférable aux valeurs limites strictes. Cette approche serait plus efficace et moins restrictive pour les acteurs du marché, selon le scientifique.

En résumé, le compromis des valeurs limites va trop loin pour certains et pas assez pour d’autres. Entre-temps, de nombreux observateurs se sont dits satisfaits de cette prise de décision vers un objectif commun dans toute l’UE.

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