La coalition allemande divisée sur la tarification du carbone

Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente de la CDU allemande. [Filip Singer/ epa]

Et si Berlin mettait un prix sur les émissions de carbone des secteurs du transport, du bâtiment et de l’agriculture, qui ne sont actuellement pas couverts par le système d’échange de quotas d’émissions ? La question divise la coalition en Allemagne. Un article d’Euractiv Allemagne.

Le temps presse. D’ici à septembre, le gouvernement allemand veut s’accorder sur la version finale de la future loi sur la protection du climat du pays. Certains obstacles doivent toutefois encore être surmontés. La ministre de l’Environnement, Svenja Schulze, du parti social-démocrate allemand (SPD) essaye donc d’accélérer les choses depuis plusieurs mois.

En mai, Svenja Schulze avait présenté sa propre version de la loi de protection du climat – lourdement rejetée par la CDU – et l’avait envoyée directement aux différents ministères, contournant ainsi la procédure habituelle de présentation à la chancelière en premier lieu.

Le 5 juillet dernier, la ministre a relancé et appuyé sa demande pour un prix du carbone pour les secteurs non couverts par le système d’échange de quotas d’émissions (ETS) grâce à trois rapports scientifiques. Son but était de montrer qu’un prix du carbone pouvait être mis en place dans le cadre de la loi, sans taxer les personnes vivant dans des bâtiments mal isolés ou les foyers les plus pauvres.

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Depuis, les Chrétiens démocrates et l’Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) envoient des signaux très ambigus. Aucun accord ne semble avoir été trouvé entre les membres de l’union conservatrice, comme l’ont montré les dernières réactions de la cheffe de file de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer.

Dimanche 7 juillet, elle s’est prononcée en faveur d’un prix du carbone, avec prudence toutefois. « En fin de compte, nous aurons besoin d’un ensemble de mesures réglementaires, incitatives, de promotion de la technologie et de contrôle des prix. »

L’Allemagne a besoin d’un consensus national sur le climat. Après les vacances d’été, la CDU veut se rapprocher des autres partis pour trouver des solutions communes, a-t-elle ajouté.

La toile de fond de cette approche se trouve dans le « Dialogue sur le climat » annoncé par la CDU, qui vise à débattre et trouver une ligne de parti interne pendant l’été. Des propositions concrètes doivent être soumises avant que la loi sur la protection du climat ne soit conclue, une promesse faite dans l’accord de coalition.

Des concepts divergents

Certains membres de l’union conservatrice sont clairement en faveur d’un prix du carbone pour limiter les émissions des secteurs non couverts par le Système d’échange d’émissions de l’UE, c’est-à-dire le transport, le bâtiment, et l’agriculture.

Le Premier ministre de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Armin Laschet (CDU), considère qu’il ne faut pas exclure dès le début un prix du carbone. La CDU est aussi ouverte que d’autres partis, assure-t-il.

Une union des membres libéraux de la CDU, nommée « l’Union du milieu », a même présenté sa propre stratégie climat début juin, incluant un mécanisme de tarification du CO2.

Les Verts, qui demandent depuis longtemps des mesures pour limiter les émissions des secteurs ne faisant pas partie de l’ETS, ont également présenté leur propre stratégie et l’ont inscrit dans leur « programme de protection immédiate du climat » fin juin.

Les Verts veulent un prix de départ de 40 € par tonne de CO2. En échange, la taxe sur l’électricité devrait être abolie et les citoyens devraient être remboursés, comme en Suisse, soutiennent-ils.

Cependant, le ministre de l’Économie, Peter Altmaier (CDU), n’est pas du tout d’accord avec ces projets. Selon lui, la proposition de sa collègue Svenja Schulze est insuffisante « car elle ferait peser un fardeau sur beaucoup de personnes sans réduire durablement les émissions de CO2 ». Selon lui, il est crucial qu’aucun emploi ne soit perdu et que les zones rurales ne soient pas désavantagées.

Un argument sur lequel s’accordent les membres les plus tournés vers l’économie de l’union conservatrice. Selon le leader de l’aile pro-entreprises de la CDU/CSU, Carsten Linnemann, un prix du carbone possède « un bénéfice politique et climatique discutable ».

Il a rappelé les manifestations des gilets jaunes qui ont commencé en France à la suite d’une hausse des prix de l’essence causée par la taxe carbone française sur les produits du pétrole.

Échange de quotas de CO2

Quelle est donc l’alternative ? De nombreuses voix de l’union conservatrice, dont le vice-président de la CDU, Thomas Strobl et Joaquim Pfeiffer, porte-parole de la politique économique de la CDU/CSU au parlement, réclament que le système d’échange de quotas d’émissions existant soit étendu aux secteurs du transport et du bâtiment.

Le parti libéral démocrate allemand (FDP) appelle aussi à une telle extension de l’ETS mais veut que ce soit fait au niveau européen.

Une réforme européenne de l’ETS pourrait toutefois prendre des années à se matérialiser, a récemment affirmé la chancelière allemande au Bundestag. Angela Merkel se range plutôt derrière l’idée d’une « coalition de volontaire » aux côtés de la France et des Pays-Bas. Ce qui est certain, c’est qu’elle rejette une taxe carbone directe.

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Svenja Schulze fait aussi face à des vents contraires dans ses propres rangs. Même si une majorité de membres du SPD la soutiennent, le ministre des Finances, Olaf Scholz, s’est pour l’instant montré prudent et critique. Même si l’accord de coalition prévoit de ne pas augmenter les taxes, ce dernier appelle à une taxe carbone qui serait compensée ailleurs pour qu’elle ne représente pas « un fardeau supplémentaire pour la population ».

Même si la ministre de l’Environnement va essayer de persuader Olaf Scholz, ce sera aux huit membres du cabinet climat de décider s’ils veulent introduire un mécanisme de tarification du carbone dans le projet de loi de protection du climat.

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