L’Allemagne refuse de signer une lettre réclamant des objectifs climatiques plus ambitieux

Angela Merkel et le ministre des Finances allemand Olaf Scholz. [EPA-EFE/ALEXANDER BECHER]

Un groupe de huit pays de l’UE a envoyé une lettre à la nouvelle Commission européenne, demandant que les objectifs de réduction des émissions de carbone, actuellement fixés à 40 % pour 2030, soient portés à 55 %.

Le gouvernement allemand a refusé de signer la lettre adressée à Frans Timmermans, le commissaire désigné pour superviser le « Green deal » européen. Elle lui est parvenue avant son audition devant le Parlement européen le 8 octobre.

« L’Union européenne doit s’engager, avant la fin de l’année, à améliorer sensiblement ses ambitions climatiques », stipule la missive, signée par les ministres de l’Environnement danois, français, letton, luxembourgeois, néerlandais, portugais, espagnol et suédois.

L'UE peine à muscler ses objectifs climatiques avant la COP25

Les ministres de l’Environnement ont convenu de « revoir » leurs ambitions climatiques à partir de l’année prochaine, mais ils n’ont pas donné de chiffres concrets et dix États membres se montrent récalcitrants.

Lors d’une réunion des ministres de l’Environnement à Luxembourg le …

Les signataires soulignent la nécessité d’associer vision à long terme et action à court terme, les deux étant « d’égale importance » pour faire avancer la transition énergétique.

« L’UE devrait ainsi revoir à la hausse son objectif de réduction des gaz à effet de serre pour 2030, en le portant à 55 % du niveau de 1990, et atteindre la neutralité climatique en 2050 au plus tard, en accord avec l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5 degré Celsius » figurant dans l’accord de Paris. La lettre ajoute que pour remplir ces objectifs, il faudra prendre des « mesures audacieuses » dans tous les secteurs de l’économie.

Les militants écologistes, qui ont vivement salué l’initiative des huit États, se sont également dits profondément déçus que l’Allemagne refuse de signer la lettre.

« L’absence notable de l’Allemagne sur cette liste sera remarquée par les 1,5 million de personnes qui, dans ce pays, sont descendues dans la rue le week-end dernier pour réclamer que l’on agisse pour le climat », a déclaré Sebastian Mang, chargé des questions climatiques à Greenpeace Europe.

« Nombreux sont ceux qui déplorent la faiblesse des dispositifs prévus par Angela Merkel pour réduire les émissions de carbone au niveau national. Il est maintenant évident que son prétendu leadership en matière de climat n’est guère plus qu’un cache-misère pour la grande industrie et les constructeurs de voitures allemands. Encore une fois, son manque de conviction freine toute l’Europe », a-t-il ajouté.

La valse-hésitation d’Angela Merkel en matière de politique climatique dure depuis plusieurs mois maintenant. En mars, elle faisait cause commune avec la Pologne, la Hongrie et la République tchèque qui opposaient leur veto à l’objectif de neutralité carbone pour 2050, avant de s’y rallier deux mois plus tard.

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L’Allemagne pourrait rejoindre une alliance européenne visant la neutralité carbone d’ici 2050. Jusqu’ici, le gouvernement d’Angela Merkel s’était montré plus que frileux à ce sujet. Un article d’Euractiv Allemagne.

A l’origine de son revirement, la mobilisation massive des jeunes descendus dans la rue en mai, avant les élections européennes, pour réclamer des mesures plus énergiques en faveur du climat. Ce mouvement a servi de tremplin aux Verts, crédités de 20 % des voix lors du scrutin. Un record qui leur a permis de reléguer les sociaux-démocrates, habitués à occuper la deuxième place, au troisième rang.

En septembre, le gouvernement allemand a publié de nouvelles propositions concernant les émissions de carbone dans les secteurs des transports et de la construction, mais, jugées trop faibles, elles ont été sèchement rejetées par les jeunes militants écologistes qui ont dénoncé un « camouflet ».

Les coûts de la transition énergétique pour les contribuables et l’industrie sont un sujet politique brûlant en Allemagne. L’économie allemande est la plus puissante de l’UE, et son industrie — en particulier le secteur automobile — a été l’une des plus lentes à s’adapter à la transition énergétique.

En août, Angela Merkel a condamné l’impulsion de la Commission européenne en faveur d’objectifs climatiques plus ambitieux, affirmant que l’UE devrait s’en tenir à ceux qui avaient été fixés et acceptés par tous, avant de s’engager plus avant.

« Je pense que fixer en permanence de nouveaux objectifs n’a aucun sens », a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision publique ARD, lors d’une intervention pour dénoncer le projet de l’UE d’augmenter à 45 % l’objectif de 40 % de réduction des gaz à effet de serre d’ici à 2030.

Dans leur lettre, les huit pays signataires reconnaissent le coût économique et social de la transition vers une économie neutre pour le climat, soulignant que cela constitue « un défi » pour les décideurs politiques. Mais, ils mettent aussi en exergue « l’opportunité » que représente ce passage en matière de « croissance économique, d’emploi, de qualité de vie, de santé publique, de biodiversité, etc. ». Un aspect souvent sous-estimé.

« Pour atteindre cet objectif, des contributions financières seront nécessaires afin de procéder à certains investissements indispensables, notamment en matière d’infrastructures, dans l’agriculture et l’activité forestière, pour l’acquisition de véhicules propres, la rénovation de bâtiments, la formation professionnelle, la création de nouveaux emplois et le soutien à l’innovation », écrivent-ils.

Selon la stratégie à long terme de la Commission européenne en faveur d’« une économie neutre pour le climat » présentée en novembre dernier, la transition vers la neutralité carbone devrait avoir « un impact modéré à positif sur le PIB, avec des bénéfices qui pourraient atteindre jusqu’à 2 % du PIB d’ici à 2050 par rapport à la référence de base ».

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