Le Green Deal, marque de fabrique de la nouvelle Commission européenne 

[Photo: EPA-EFE/DANIEL DAL ZENNARO]

« Je veux que le Green Deal européen devienne la marque de fabrique de l’Europe », a déclaré Ursula von der Leyen, qui a chargé son second de superviser l’objectif de neutralité climatique de l’Europe d’ici 2050.

« Notre engagement, visant à devenir le premier continent neutre en carbone, est au cœur de la nouvelle Commission von der Leyen », a déclaré la présidente élue de la Commission, le 10 septembre, en présentant son équipe de commissaires et leurs portefeuilles respectifs.

La nomination de Frans Timmermans au poste de vice-président exécutif du Green Deal européen — ainsi qu’au poste de commissaire chargé du climat — a été la première annonce d’Ursula von der Leyen lors de la révélation de son équipe.

La neutralité climatique « est un impératif économique à long terme », a-t-elle souligné, affirmant que « ceux qui agiront les premiers et le plus rapidement seront ceux qui saisiront les opportunités de la transition écologique ».

« Je veux que l’Europe soit leader. Je veux que l’Europe transmette ses connaissances, ses technologies et ses bonnes pratiques », a déclaré la nouvelle cheffe de la Commission en présentant son vice-président exécutif, Frans Timmermans.

Ce dernier, qui occupe actuellement le poste de premier vice-président de la Commission européenne, sous Jean-Claude Juncker, s’occupera de tous les sujets liés au climat, succédant ainsi à Miguel Arias Cañete.

La structure de la Commission fait peau neuve et les hauts fonctionnaires auront désormais accès aux services des directions générales de l’exécutif. Dans le cas de Timmermans, il s’agit de la DG Climat.

« Nous avons besoin d’un Green New Deal ambitieux pour l’Europe, qui façonne l’avenir de nos enfants et assure leur santé, leur bien-être et leur sécurité sur une planète verte et florissante », a tweeté le Néerlandais, ajoutant qu’il était « ravi de travailler sur ce projet pour les cinq prochaines années ».

Ursula von der Leyen a déjà fixé des objectifs spécifiques à Frans Timmermans, soulignant dans sa lettre de mission qu’il devrait tenir un certain nombre de promesses qu’elle a faites pendant sa campagne pour obtenir la majorité parlementaire et accéder à la présidence de l’exécutif européen.

Von der Leyen très attendue sur la politique climatique

Le Parlement européen a confirmé la nomination d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne lors d’un vote qui a mis le climat au centre de toutes les attentions. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

Frans Timmermans devra notamment proposer « la première loi européenne sur le climat » dans les 100 premiers jours du mandat de la nouvelle Commission. Cette législation devra inclure l’engagement de l’Union à devenir neutre en carbone d’ici à 2050.

Pour ce faire, il devra compter sur le soutien unanime des États membres en faveur de la neutralité carbone d’ici à 2050, un objectif qui s’est révélé jusqu’à présent irréalisable compte tenu des oppositions de la République tchèque, de l’Estonie, de la Hongrie et de la Pologne.

Au sommet européen, l’accord climat fait l’effet d’un pétard mouillé

La République tchèque, l’Estonie, la Hongrie et la Pologne ont refusé l’objectif de neutralité carbone pour 2050, malgré les efforts de dernière minute de Paris et Berlin pour les convaincre de s’engager sur cette date spécifique.

L’accord de 2050 et le Fonds de transition énergétique

Les diplomates de l’UE ont déclaré qu’un accord final sur l’objectif de neutralité climatique pour 2050 n’est pas attendu avant le sommet européen du 12 décembre au plus tôt, une fois la fin des élections nationales en Pologne.

Les 100 premiers jours d’Ursula Von der Leyen prendront fin début février, tandis que le premier sommet de 2020 aura lieu début mars. Les États membres de l’UE se sont engagés à négocier un accord d’ici la fin de l’année, mais les quatre pays objecteurs doivent encore accepter l’argument financier de la transition énergétique.

Pour gagner le soutien de la Pologne, la présidente élue de la Commission a évoqué le Fonds de transition énergétique, un outil financier lié au marché européen du carbone, qui vise des pays comme la Hongrie et la Pologne. Frans Timmermans a été chargé de coordonner sa mise en application.

Ursula von der Leyen a expliqué que le Fonds sera destiné aux régions dépendantes du charbon, entre autres, et sera géré par Elisa Ferreira, commissaire chargée de la cohésion et des réformes.

Frans Timmermans devrait travailler d’arrache-pied sur le programme du fonds de transition énergétique, avançant sur Twitter qu’il souhaite « construire une économie européenne propre et durable qui ne met personne de côté ».

La Banque européenne d'investissement entame sa mue verte

Les gouverneurs de la Banque européenne d’investissement (BEI) commenceront à discuter le 10 septembre d’une politique de prêt actualisée pour cesser de financer des projets liés aux combustibles fossiles.

Ancienne ministre estonienne à l’Énergie

Frans Timmermans ne sera pas le seul à se battre pour l’écologie. Dans le cadre de ses fonctions de président exécutif, il coordonnera le travail des commissaires chargés de l’énergie, des transports, de l’agriculture et même du commerce.

Kadri Simson, commissaire désignée par l’Estonie, s’occupera de l’Énergie, qui a été séparée du portefeuille sur le Climat. L’ancienne ministre de l’Économie n’est pas étrangère au secteur, ayant supervisé les discussions interinstitutionnelles sur la réforme des marchés européens de l’électricité pendant le mandat de l’Estonie à la présidence tournante de l’UE.

Dans sa lettre, Ursula von der Leyen la charge de veiller à ce que « l’Europe suive le principe général selon lequel l’efficacité énergétique passe avant tout » et d’encourager l’utilisation des énergies renouvelables.

« Au vu de l’ambition du Green Deal européen, vous devrez évaluer la nécessité de revoir la législation », a écrit la nouvelle cheffe de la Commission dans sa lettre.

La taxe carbone frontalière à l’ordre du jour

La nouvelle responsable de l’énergie devra également accroître les investissements et étudier les moyens de transférer les paiements du dollar à l’euro.

L’initiative la plus spectaculaire serait toutefois la prochaine proposition sur une taxe frontalière sur le carbone, qu’Ursula von der Leyen a attribuée au commissaire à l’Économie, Paolo Gentiloni.

Dans sa lettre de mission à Paolo Gentiloni, Ursual von der Leyen a écrit : « Vous devrez mener à bout la proposition d’une taxe frontalière sur les émissions de carbone, en étroite collaboration avec le vice-président exécutif pour le Green Deal européen ».

Lors de sa conférence de presse, Ursula von der Leyen a refusé d’en dire davantage sur la taxe, ne donnant que des indices sur ce à quoi pourrait ressembler le Green Deal.

« Je suis convaincu que tôt ou tard, toutes les régions du monde devront se joindre à la [course] mondiale pour avoir un comportement soucieux du climat ainsi qu’une économie et des chaînes de production, elles aussi, respectueuses de l’environnement », a déclaré la présidente élue. « Nous aurons certainement des périodes qui seront plus difficiles. Nous sommes néanmoins dans la bonne direction », a-t-elle dit.

Autrefois considérée comme un échec en Allemagne en raison des différends commerciaux qu’elle pourrait déclencher, la taxe sur le carbone à la frontière suscite aujourd’hui de plus en plus l’intérêt, à Berlin et ailleurs.

Le plus grand groupe de pression des entreprises européennes a déclaré cette semaine qu’il discutait de cette idée, afin de rétablir des conditions de concurrence équitables avec des pays comme la Chine ou les États-Unis, qui n’imposent pas de contraintes de pollution à leurs industries.

« Nous essayons de montrer aux autres grands acteurs mondiaux que nous sommes non seulement déterminés à atteindre nos objectifs [climatiques], mais aussi à les faire respecter », a affirmé Markus J. Beyrer, un Autrichien PDG de BusinessEurope.

Le Medef européen se résigne à envisager une taxe carbone aux frontières

Le plus grand lobby d’affaires européen semble prêt à envisager une taxe carbone aux frontières de l’UE comme une solution de dernier recours. Un ouverture timide par rapport à son refus initial d’envisager toute discussion sur le sujet.

Prochaine étape : Auditions du Parlement

Maintenant que les portefeuilles sont attribués et les noms finalisés du côté de la Commission, la balle est dans le camp du Parlement, où les eurodéputés auront leur mot à dire sur les choix d’Ursula von der Leyen.

Pascal Canfin (Renew Europe), président de la commission de l’environnement, se veut « optimiste pour la nouvelle Commission… la transition écologique est traitée en priorité… sous la responsabilité du premier vice-président ».

Frans Timmermans, pour sa part, a dit qu’il était « impatient » d’assister à l’audition parlementaire. Au cours de sa précédente campagne pour la présidence de la Commission, il s’est engagé à « être personnellement responsable du changement climatique ». Cela semble être devenu une prophétie auto réalisatrice.

Frans Timmermans est-il vraiment écolo ?

Le Spitzenkandidat des socialistes aux élections européennes a promis de se faire le chantre d’une Europe durable s’il devient président de la prochaine Commission européenne. Mais à quel point le Néerlandais est-il crédible ?

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.