Le Green Deal subira des retards en raison du coronavirus

Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne chargé du Green Deal. [European Union, 2020. Source: EC - Audiovisual Service]

Les initiatives telles que la stratégie « de la ferme à la fourchette» ou celle sur la biodiversité risquent d’être retardées de plusieurs semaines. Mais les demandes de la République tchèque ou de la Pologne afin de réduire l’ambition ne seront pas suivies.

Officiellement, les choses suivent leur cours normal. Mais en privé, les fonctionnaires admettent que Bruxelles doit revoir ses priorités afin de mettre tout son poids dans la bataille contre le coronavirus.

« Pour l’heure, nous n’avons aucun commentaire à faire sur les répercussions que cela pourrait avoir sur le travail législatif en général », a déclaré Eric Mamer, porte-parole principal de la Commission européenne, lors d’un point presse mardi 17 mars.

Il a cependant laissé entendre qu’un remaniement des priorités était en cours au sein de l’exécutif européen, notamment en raison des contraintes imposées par le télétravail.

« Pour que l’activité législative se poursuive, les institutions doivent être en mesure de fonctionner », a admis Eric Mamer, ajoutant que les services de la Commission et les autres institutions de l’UE « devr[aient] certainement établir des priorités dans leur travail afin de répondre aux besoins actuels ».

Initiatives « non essentielles » retardées

Par conséquent, les initiatives qui n’apparaissent pas comme « essentielles », comme la stratégie sur la biodiversité et la stratégie « de la ferme à la table » risquent d’être retardées de quelques semaines, estime Euractiv. Selon le plan de travail de la Commission, ces feuilles de routes devaient être adoptées avant la fin du mois de mars. D’autres projets liés au « Green Deal » pourraient également être ajournés, en particulier la stratégie sur les matières premières.

« Si nous adoptons ces stratégies dans deux ou trois semaines, cela ne fera pas une grande différence », déclare un fonctionnaire qui a accepté de s’exprimer couvert de l’anonymat. « Nous devons nous concentrer sur la crise du coronavirus », poursuit-il.

Un« plan de sauvetage » européen pour octroyer des aides d’État

La Commission  a mis au point une série de mesures temporaires pour approuver plus rapidement les aides d’État en réponse au coronavirus. La mesure avait aussi été mise en place lors de la crise financière de 2008.

Cela ne signifie pas pour autant que l’Europe doive « oublier le Green Deal » pour se concentrer sur le coronavirus, comme l’a suggéré le Premier ministre tchèque Andrej Babiš, lundi 16 mars. La Commission ne suspendra pas non plus son système d’échange de quotas d’émission de carbone, comme l’a demandé la Pologne par la voix de Janusz Kowalski, son secrétaire d’État chargé de la supervision des entreprises publique, précise le fonctionnaire.

« Le travail à long terme sur le Green Deal se poursuit parallèlement » à la lutte contre le coronavirus « et demeure l’une des priorités », indique Vivian Loonela, porte-parole de la Commission européenne pour le Green Deal européen.

« Des préparatifs sont en cours pour les prochaines initiatives et ce travail se poursuit (…) grâce à nos collègues qui pratiquent le télétravail » ajoute-t-elle.

Il est certain que le télétravail n’accélère guère les processus internes de l’exécutif de l’UE. Lundi 16 mars, les serveurs internes de l’institution sont semble-t-il tombés en panne lorsque des milliers de fonctionnaires ont simultanément tenté de se connecter, a appris Euractiv.

Le personnel de la Commission ne travaille donc pas à plein régime. Et ses dirigeants non plus, en raison des contraintes du télétravail ou du coronavirus lui-même.

Frans Timmermans, le vice-président exécutif de la Commission chargé du Green Deal, s’est imposé de rester en quarantaine jusqu’au 20 mars, après avoir pris part à une réunion avec la secrétaire d’État française à la transition écologique, Brune Poirson, qui a été testée positive au COVID-19.

Vivian Loonela assure que Frans Timmermans « est en bonne santé » et « ne présente pas de symptômes », mais son auto-isolement n’accélérera pas les initiatives liées au Green Deal.

Une priorité à long terme

De manière générale, bien que la lutte contre le coronavirus constitue la priorité absolue du moment, elle ne doit pas détourner l’Europe d’objectifs à plus long terme, tels que le changement climatique, affirment les dirigeants politiques.

Le Green Deal, marque de fabrique de la nouvelle Commission européenne 

« Je veux que le Green Deal européen devienne la marque de fabrique de l’Europe », a déclaré Ursula von der Leyen, qui a chargé son second de superviser l’objectif de neutralité climatique de l’Europe d’ici 2050.

Leonore Gewessler, la ministre fédérale autrichienne de l’Environnement, ne se montre guère réceptive aux appels du Premier ministre tchèque, Andrej Babiš, qui prône l’abandon du Green deal européen pour mieux se concentrer sur le coronavirus.

« Je ne suis pas d’accord avec Andrej Babiš », affirme Leonore Gewessler. La crise du coronavirus doit être surmontée « immédiatement », insiste-t-elle, mais les politiciens ont la responsabilité d’offrir une perspective à long terme à leurs citoyens, ajoute-t-elle.

« Le changement climatique est une menace existentielle qui peut être combattue à l’aide d’un programme économique : le Green New Deal », indique la ministre à Euractiv.

« Ce programme stratégique définit comment nous pouvons investir conjointement avec les entreprises et restructurer, moderniser nos économies. Cela va considérablement stimuler l’innovation. En tant qu’Européenne, je suis convaincue que c’est la voie à suivre et nous devons aller de l’avant » ajoute-t-elle.

« Nous devons commencer à planifier dès maintenant » la relance économique post-coronavirus, poursuit-elle, affirmant que « l’ancien modèle de croissance alimenté par l’énergie fossile appartient au passé ».

Au Parlement européen, d’autres voix s’élèvent pour soutenir le Green deal.

« Ne pas répondre à la crise climatique ne contribuera pas à résoudre le problème du coronavirus, ceux qui utilisent ce prétexte contre le Green deal sont irresponsables », assène l’eurodéputé français Pascal Canfin, qui préside la commission de l’environnement et de la santé publique du Parlement européen.

« Après le pic de la crise, quand il faudra accélérer la reprise économique, nous serons à la croisée des chemins : tout investissement dans les infrastructures, dans le secteur du bâtiment ou dans l’automobile, devra être cohérent avec la question climatique », ajoute-t-il.

« Nous avons la possibilité de faire de cette crise une opportunité pour le climat : saisissons-la », plaide Pascal Canfin, qui, au sein du Parlement européen, fait partie du groupe politique « Renew Europe » du président français Emmanuel Macron.

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