Vaut-il mieux un ou deux commissaires sur l’énergie et le climat ?

La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, prépare une équipe pour le « green deal » qui serait dirigée par Frans Timmermans. Qu’en est-il des futurs portefeuilles du climat et de l’énergie ?

Peu de temps après son investiture en 2014, le président de la Commission Jean Claude Juncker avait annoncé qu’il accorderait énormément d’importance à la lutte contre le changement climatique, au point de supprimer le poste de commissaire au Climat.

L’objectif n’était pas de mettre l’action climatique sur la touche, mais plutôt de la renforcer. Le climat étant un phénomène touchant tous les secteurs, il ne devrait pas être traité comme une politique distincte des autres. Lors de sa mandature, Jean-Claude Juncker a fusionné les portefeuilles du climat et de l’énergie, auparavant respectivement gérés par la commissaire danoise Connie Hedegaard et le commissaire allemand Günther Oettinger, pour en créer un nouveau à la charge du commissaire espagnol Miguel Arias Cañete.

Miguel Arias Cañete était membre d’une « équipe de projet » menée par Maroš Šefčovič, le vice-président de la Commission européenne chargé de l’Union énergétique. Ensemble, ils formaient le duo de choc de l’énergie et du climat : Maroš Šefčovič esquissait les thèmes généraux pendant que Miguel Arias Cañete se concentrait sur les détails.

Ultimes remaniements au sein de la nouvelle Commission Juncker

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker au Slovaque Maroš Šef?ovi? la vice-présidence en charge de l’Union énergétique, à la place de la Slovène Alenka Bratušek, candidate malheureuse. Sa remplaçante,  Violeta Bulc, récupère les transports.    

Le jury reste mutique

Le jury ne s’est toujours pas prononcé sur les résultats apportés par les sept « équipes de projet » de Jean-Claude Juncker et Ursula von der Leyen s’interroge désormais sur l’efficacité de ce système et devra décider de garder ou non la fusion des portefeuilles énergétique et climatique.

La nouvelle présidente de la Commission européenne enverra leur assignation aux 27 commissaires désignés dans deux semaines. Puis, le Parlement européen commencera les auditions à partir du 13 septembre.

Au vu du peu de temps qui lui reste, Ursula von der Leyen maintiendra sûrement un système « d’équipe deprojet ». Selon des sources de la Commission, le premier vice-président, Frans Timmermans, souhaiterait être en charge de la mise en place du « Green Deal for Europe », un paquet de mesures visant la neutralité carbone d’ici à 2050 que la nouvelle présidente compte proposer au cours des 100 premiers jours de son mandat.

Frans Timmermans, premier vice-président élu pour le nouveau mandat de la Commission, était un commissaire sans portefeuille qui gérait principalement l’amélioration des procédures législatives européennes et certaines missions politiques à haut niveau, comme les violations de l’état de droit.

Miguel Arias Cañete, qui ne retournera pas à l’exécutif européen, a fait part de ses inquiétudes de voir sa position séparée en deux par Ursula von der Leyen.

« J’aimerais que mon successeur soit responsable du climat et de l’énergie », a-t-il indiqué lors d’une conférence à Bruxelles le mois dernier. « Je pense que scinder les portefeuilles n’est pas une bonne chose, car il faut avoir une approche holistique sur les affaires de la Commission ».

Les ONG et les groupes d’affaires refusent la scission du portefeuille

Les lobbyistes du climat et de l’énergie, appartenant au milieu des affaires et des ONG, ne veulent pas non plus que le portefeuille soit scindé en deux.

Aux yeux des ONG, la fusion avait permis de mettre les enjeux climatiques sur le devant de la scène et d’après les entreprises pétrolières, le fait d’avoir une priorité politique, comme le climat, liée à l’énergie, avait permis d’attirer l’attention des législateurs sur le secteur énergétique.

« Nous trouvions que cette combinaison fonctionnait assez bien, elle nous donnait du poids », a déclaré Nareg Terzian, le responsable des affaires européennes pour l’Association Internationale des Producteurs de Gaz et de Pétrole (IOGP). « Je pense que nous pouvons aussi avouer que le climat tenait les rênes, et ce, en raison de l’accord de Paris sur le climat — et j’imagine que c’est normal, étant donné qu’il s’agissait de la priorité politique ».

Plusieurs parties prenantes ont aussi indiqué que lors de la présidence de José Manuel Barroso, la place que prenait l’énergie était dérisoire, car Connie Hedegaard et Günther Oettinger ne tenaient pas le même discours. Les cabinets des commissaires étaient souvent en conflit.

Les ONG prônent également la fusion des portefeuilles, mais elles s’inquiètent que cette combinaison ne soit pas optimale si le poste de commissaire n’est pas assigné à la bonne personne. Bien qu’elles aient accusé Miguel Arias Cañete d’être pro-énergie fossile, ce dernier s’est finalement plutôt engagé contre le changement climatique.

«Sous Miguel Arias Cañete, la fusion des deux portefeuilles a été couronnée de succès et elle s’est révélée être beaucoup plus efficace que sous la direction de Connie Hedegaard et Günther Oettinger », assure Wendel Trio, directeur de Climate Action Network (CAN).

« Mais bien entendu, tout dépend de la personne en fonction. Nous espérons que nous n’aurons pas à faire à un commissaire polonais ou une autre personne tout aussi incapable de s’engager dans la lutte contre le changement climatique, parce que cela serait évidemment une très mauvaise nouvelle pour le climat et l’énergie », a-t-il ajouté.

Scénarios alternatifs

Les inquiétudes planent autour du poste de commissaire au climat et à l’énergie : si un partisan de l’énergie fossile reprend le flambeau, alors il y a de fortes chances pour qu’il ou elle mette le climat sur le banc de touche. Miguel Arias Cañete est membre du parti centre droit, le PPE (parti populaire européen), qui souhaite revoir l’un de ses membres à la tête de ce portefeuille. Le PPE a, en outre, récemment été élu le pire parti politique européen en ce qui concerne les enjeux climatiques.

C’est pourquoi certains membres de la Commission jugent que les questions climatiques seraient mieux protégées avec un commissaire dévoué.

Ce commissaire n’aura sans doute pas grand-chose à faire, car une grande partie de la législation liée à l’énergie a déjà été approuvée par la Commission sortante. Certains ont donc laissé entendre que joindre le climat au transport pourrait être une alternative, comme ce sera la priorité de la législation climatique pendant les prochaines années.

« Seul, le portefeuille climatique est très léger », a précisé un représentant européen. « Le climat était sur le devant de la scène, seulement parce qu’il allait de pair avec l’énergie. D’ailleurs, cette complémentarité a fait ses preuves durant cette dernière mandature. Donc, s’il la scinde, il serait logique de combiner climat et transport, car c’est un secteur qui nécessite énormément de restrictions. Lors de cette législature, nous avons déjà règlementé le secteur énergétique. »

Les assignations des portefeuilles devrait être officialisées lors la première semaine de septembre.

 

 

 

 

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