Günther Oettinger de plus en plus favorable au forage pétrolier en mer et au gaz de schiste

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L’Europe est en position de désavantage concurrentiel à cause de sa réticence à prendre des risques quant à l’exploitation du pétrole en mer et des sables bitumineux et de son refus d’envisager réellement l’exploration de gaz de schiste, a déclaré le commissaire européen à l’énergie, Günther Oettinger.

Lors d'une conférence sur l'énergie à Bruxelles le 17 juillet, M. Oettinger a fourni plus de détails sur son appel récent à un quatrième objectif climatique pour l'UE, celui de faire passer à 20 % la contribution de l'industrie au PIB européen.

Interrogé par EURACTIV sur la meilleure manière d'atteindre cet objectif industriel, le commissaire a répondu que l'UE était confrontée à « trois inconvénients » par rapport aux États-Unis et à d'autres pays industrialisés : sa plus grande dépendance à l'importation de pétrole et de gaz, et leurs prix respectifs plus élevés.

« Les États-Unis ont lancé un processus de réindustrialisation en commençant par le pétrole. Peu importe qui est au pouvoir à Washington, le prix du gallon ne dépasse jamais les 4 dollars », a-t-il souligné.

Washington propose une taxe initiale peu élevée.

« Ils acceptent de prendre certains risques en exploitant leurs « propres sources » dans le golfe du Mexique et ils acceptent entre autres le pétrole issu des sables [bitumineux] », a commenté le commissaire. Par comparaison, « nous importons du pétrole et nos taxes sont élevées ».

En conséquence, les secteurs européens des transports et de l'industrie sont lésés, selon M. Oettinger.

Gerben-Jan Gerbrandy, le vice-président libéral de la commission Environnement au Parlement européen, a décrit les propos de M. Oettinger comme « très intéressants de la part d'un commissaire à l'énergie qui a également des objectifs à long terme pour les énergies renouvelables ».

L'UE s'est en effet engagée à faire passer à 20 % la part d'énergie renouvelable comme le solaire et l'éolien dans les bouquets énergétiques nationaux d'ici 2020. Elle a également fixé un objectif de réduction de 20 % des émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 1990 et un objectif non contraignant de 20 % d'économies d'énergie.

Les associations de l'industrie européenne et la DG Energie de l'UE sont toutefois de plus en plus récalcitrants face aux coûts de l'action pour le climat dans un contexte de récession.  

Forage pétrolier en mer

La réglementation de Bruxelles visant à classifier le pétrole issu des sables bitumineux dans la catégorie des carburants très polluants est actuellement en suspens. En octobre 2011, la DG Environnement a présenté une proposition limitée visant à améliorer la sécurité de l'exploitation de pétrole et de gaz en mer.

Les eurodéputés mènent actuellement une lutte acharnée pour renforcer cette proposition en y incluant :

  • les écosystèmes délicats et les conditions météorologiques défavorables de l'Arctique ;
  • le développement du principe du « pollueur payeur » pour y inclure des garanties financières de la part des exploitants sur toutes les responsabilités en cas d'accident ;
  • la supervision accrue de l'UE sur la mise en oeuvre de la réglementation grâce à un mandat renforcé pour l'Agence européenne de sécurité maritime.

« Je pense que la catastrophe pétrolière dans le golfe du Mexique a prouvé que nous prenons trop de risques pour l'instant », a déclaré M. Gerbrandy à EURACTIV. « Il est très inquiétant d'apprendre que la compagnie pétrolière Shell projette à présent de commencer à forer dans l'écosystème extrêmement vulnérable de l'Arctique. »

Le 15 juillet, l'un de navires de forage de Shell, le Noble Discoverer, a rompu ses amarres à  cause de vents forts et s'est dangereusement rapproché à 91 mètres de la côte de l'Alaska, un événement qui a provoqué la colère des défenseurs de l'environnement en Grande-Bretagne.

« Nous devrions consacrer plus d'argent au développement des énergies renouvelables plutôt que d'aller chercher les dernières gouttes de pétrole dans les endroits les plus reculés du monde », a commenté M. Gerbrandy.

Gaz de schiste

La question du gaz de schiste divise également l'Europe. Certains États comme la Pologne et le Royaume-Uni l'ont intégré à leur stratégie énergétique alors que la Bulgarie et la France ont interdit la technique de fracturation hydraulique, par peur qu'elle provoque des séismes et entraîne d'autres risques comme la contamination de l'eau douce.

Cette année, un rapport de l'UE sur le gaz non-conventionnel en Europe a indiqué qu'il n'était pas utile d’élaborer une réglementation sur le schiste.

Mais les inquiétudes liées à l'effet de réchauffement des émissions de méthane du schiste ont mené l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, à la conclusion qu'il ne s'agissait pas d'un choix idéal, comme il l'a expliqué à EURACTIV.

De son côté, M. Gerbrandy a déclaré : « J'ai le sentiment qu'il existe encore trop d'incertitudes quant aux risques pour l'environnement si nous décidions d'investir dans le gaz de schiste. »

M. Oettinger avance quant à lui que les États-Unis ayant recours au schiste pour réduire leur dépendance aux importations bon marché du Qatar et du Nigéria, la facture de gaz des Américains représente aujourd'hui 30 % du prix payé par les Européens.  

« Nous ne cherchons pas réellement à examiner les risques et les options que présente le gaz de schiste », a-t-il ajouté.

Réindustrialisation

Derrière les propos de M. Oettinger se profilent les préoccupations liées au fait que la contribution de l'industrie au PIB européen est passée de 22 % en 2000 à 18 % en 2010. « Nous avons besoin d'une meilleure production industrielle », a-t-il affirmé.

Les prix de l'électricité étant deux fois plus élevés dans le nord de l'Italie qu'aux États-Unis, le commissaire a proposé « une stratégie claire pour les prix de l'énergie, afin d'éviter la désindustrialisation de l'Europe ».

Cette idée a été saluée par ce secteur européen à forte consommation énergétique, qui a fait pression pour obtenir davantage de soutien.

« Nous ne pouvons pas nier que les prix de l'énergie sont bien trop élevés en Europe et que la tendance laisse présager une augmentation », a expliqué à EURACTIV David Valenti, un porte-parole de l'Association européenne de la sidérurgie Eurofer.

« Il faut aussi assumer le coût des énergies renouvelables et du carbone, que les producteurs d'énergie répercutent sur le prix de l'électricité », a-t-il ajouté. « Tous ces éléments nous placent en position de désavantage. »

Le 30 juin 2009, la Commission européenne a adopté ses plans d'action nationaux pour les énergies renouvelables et enjoint les États membres à expliquer comment ils comptaient atteindre l'objectif contraignant de couvrir 20 % de leur consommation d'énergie avec des sources d'énergie renouvelable.

Les États membres ont dû fournir des objectifs par secteur sur la part d'énergie renouvelable qu'ils utiliseraient pour les transports, l'électricité, le chauffage et l'air conditionné. Ils doivent également soumettre tous les deux ans des rapports sur la mise en oeuvre.

Les pays européens doivent en outre présenter les étapes qu'ils suivent pour réduire le fardeau administratif des procédures et expliquer la présence d'« obstacles inutiles ». Pour contribuer à l'intégration d'électricité renouvelable au réseau, des plans de développement d'infrastructures doivent être présentés. Ils doivent inclure le renforcement des interconnexions avec les pays voisins. 

  • Été 2012 : Bruxelles devrait présenter sa proposition visant à mettre de côté des crédits carbone pour soutenir le prix du carbone.
  • Fin 2012 / début 2013 : la directive sur la qualité des carburants devrait être adoptée.
  • Fin 2012 : la réglementation européenne sur le forage en mer devrait être adoptée.
  • 2013 : l'UE pourrait décider de renforcer sa législation sur le gaz de schiste.
  • 2020 : date butoir des objectifs européens visant à réduire les émissions de CO2 à hauteur de 20 %, faire passer à 20 % la part des énergies renouvelables dans les bouquets énergétiques nationaux par rapport aux niveaux de 1990 et augmenter l'efficacité énergétique de 20 % par rapport aux niveaux de 2005. Ce dernier objectif n'est pas contraignant.

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