L’UE tente une offensive diplomatique sur le climat

L’Europe lance une grande offensive diplomatique dans le but de trouver un accord ambitieux sur le changement climatique. Elle mobilise le gotha international et des dizaines de milliers de diplomates afin d’exercer une « pression maximale » sur les pays clés dans les négociations sur le changement climatique.

L’UE a confié à plus de 90 000 diplomates un total de 3 000 missions de lobbying, afin de recueillir de nouvelles promesses sur les réductions des émissions de carbone avant la conférence tant attendue de l’ONU sur le climat, qui aura lieu à Paris en décembre.

Des célébrités européennes, à l’instar de Leonardo DiCaprio ou Al Gore, doivent faire pression pour faire du climat une « priorité stratégique » des sommets du G7, du G20 et des grands forums économiques.

Le plan d’action, que The Guardian a pu consulter, appelle à une « journée d’action pour le climat » en juin et à un « compte à rebours des 100 jours avant Paris » plus tard dans l’année.

Le but est de soigner l’image de l’UE et de former des alliances en récoltant de nouvelles promesses sur la réduction des gaz à effet de serre – ou « contribution prévue déterminée au niveau national » dans le jargon de l’ONU, pilier de tout futur accord à Paris – avant juin au plus tard.

« L’UE a un soft power incroyable et nous devons l’utiliser pour proposer un agenda ambitieux à Paris », a déclaré Martin Lidegaard, ancien ministre des Affaires étrangères danois. « J’ai encouragé mes collègues à inclure la diplomatie climatique dans leurs agendas en vue du COP21 [la conférence de Paris], et les services des affaires étrangères de l’UE à travailler davantage sur ce sujet. Nous devrions concentrer nos efforts sur les économies à forte croissance et les financements pour la lutte contre le réchauffement climatique.

>> Lire : Paris mobilise ses ambassadeurs sur le climat

Un porte-parole du gouvernement britannique décrit cette campagne diplomatique comme une « étape positive pour accélérer la diplomatie européenne en matière de climat dans le monde ».

D’après le plan d’action, le changement climatique est un « élément clé de la diplomatie préventive » qui vise à empêcher l’émergence de nouveaux conflits violents grâce à la coopération et au dialogue. Il va plus loin que les anciens messages de l’UE à ce sujet, décrivant le changement climatique comme une « grande menace pour les ressources naturelles disponibles, la stabilité économique et donc la sécurité nationale et régionale dans son ensemble ».

Une stratégie diplomatique permet à l’UE de tirer parti de ses grandes forces, selon Jason Anderson, responsable des politiques climat-énergie au WWF. « L’UE ne jouera pas le gros molosse dans la bagarre, donc avoir ce grand réseau diplomatique sera une véritable ressource sur laquelle nous pouvons compter », a affirmé Jason Anderson. « Cela peut être une valeur ajoutée dans la mise en place de groupes d’intérêts avant la conférence de Paris ».

Le plan d’action recommande de bien « gérer les perspectives de financement de la lutte contre le changement climatique », ce qui ne sera pas du goût des économies émergentes. L’année dernière, les pays riches ont levé un peu moins de 10 % de la première tranche des Fonds vert pour le climat, qui est censé fournir 100 milliards de dollars par an d’aide climatique aux pays pauvres d’ici 2020.

Le plan note bien la valeur d’une action multilatérale mais déclare qu’un accent particulier devrait être mis sur la mobilisation du secteur privé en tant que source de financement et d’innovation pour s’attaquer au changement climatique ».

>> Lire : L’UE veut croire à un accord global sur le climat en 2015 après Lima

De nombreux pays développés se méfient des multinationales qui font du profit sur le sujet mais qui n’ont qu’un intérêt limité face aux sécheresses, aux inondations ou aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Selon Asad Rehman, militant pour la lutte contre le changement climatique pour les Amis de la Terre, « déplacer la responsabilité morale et juridique de l’UE en matière de fonds climatiques vers le secteur privé ne convaincra pas les pays les plus pauvres ».

« Le secteur privé peut être un plus mais ne remplacera jamais les fonds publics indispensables qui aident les pays les plus pauvres à faire face aux conséquences du changement climatique et à se développer de manière durable », a-t-il ajouté. « Si l’UE ne modifie pas cette approche politique, son offensive de charme risque d’être d’abord vu comme un signe de partialité en faveur des entreprises européennes. »

En 2011, l’UE jouait un rôle central dans « l’alliance de Durban », à laquelle appartiennent les pays les moins développés, des petits États insulaires menacés par la montée des eaux et le « groupe Cartagena » des pays progressistes. Ensemble, cette alliance devait faire bloc contre les points de vue moins respectueux de l’environnement comme celui de la Chine ou de l’Inde.

L’action de l’UE dans le monde a pourtant légèrement décliné depuis. En effet, les responsables politiques sont déchirés entre un désir de participer à la décarbonisation mondiale et l’émergence de partis populistes de droite opposés à plus d’aide climatique en temps d’austérité.

En 2015, les autorités de l’UE veulent mettre en place une coalition avec l’union AILAC des pays d’Amérique du Sud, tels que le Costa Rica, le Chili, la Colombie et le Pérou.

« L’UE est dans une position unique : celle de pont entre les pays développés et les pays en développement », a déclaré Martin Lidegaard. « Nous avons observé cela à Durban. Ce pont est la condition sine qua non à la réussite d’un accord.

 

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.