La compensation carbone divise les pays à la COP 25

L'inclusion de mécanismes de compensation dans les marchés du carbone divise les parties prenantes de l'accord de Paris, qui se réunissent à Madrid en décembre. Photo shutterstock

L’article 6 de l’accord de Paris et son mécanisme de compensation carbone braquent le Brésil, la Chine et l’Arabie Saoudite. Les partisans de l’ambition climatique craignent un affaiblissement  de l’ensemble du traité.

L’Union européenne s’arque-boute sur la question des marchés du carbone dans l’accord de Paris, sujet principal de friction entre les pays du Nord et du Sud à la COP25. Premier ensemble géographique à avoir lancé son marché du carbone en 2005, l’Union européenne a essuyé les plâtres du mécanisme et en connait les fragilités.

Certains pays, dont le Brésil, mais aussi la Chine et l’Arabie Saoudite, militent pour assouplir la contrainte de l’article 6 de l’accord de Paris, relatif au système d’échange d’émissions de gaz à effet de serre.

Le texte organise la possibilité de remplir ses obligations de réductions d’émission par des crédits carbone, tout comme le protocole de Kyoto le faisait. Mais les pays en voie de développement, qui n’avaient pas de contrainte carbone jusqu’alors, rechignent à renforcer les contraintes du système.

Des experts de l’ONU proposent une réforme du marché du carbone de Kyoto

Un groupe d’experts de haut niveau des Nations unies a proposé des mesures sans précédent visant à réformer le cœur du marché du carbone établi par le protocole de Kyoto : le mécanisme de développement propre (MDP).

Ils réclament à la fois la prolongation des projets du protocole de Kyoto (MDP), et plus de souplesse sur l’utilisation des crédits. Le Brésil souhaite notamment pouvoir à la fois vendre ses crédits carbone, tout en les comptabilisant comme ses propres réductions d’émission. Un double comptage tout sauf vertueux pour le climat, et que les autres parties veulent surtout éviter en mettant en place une robuste comptabilité et un registre global.

« J’aime beaucoup le Brésil, et nous avons tellement en commun, en terme de protection de nos biens communs. Je pense que nous pouvons avoir un dialogue intéressant. Mais en ce qui concerne l’accord de Paris, nous devons aller de l’avant, pas repartir en arrière !» a assuré le vice-président de la Commission Frans Timmermans

Même son de cloche pour la ministre Elisabeth Borne, de passage à Madrid. « Il faut que certains pays, qui ont pris l’habitude de profiter du Mécanisme de Développement propre, changent ! Nous ne signerons certainement pas cet article 6 à n’importe quel prix » assure-t-elle.

L’UE a surtout à cœur de garder intacte l’intention de l’accord de Paris, dont l’article 2 précise que l’objectif est d’atteindre des émissions nettes nulles à l’échelle de la planète. Une cible qui condamne les crédits de carbone à terme, puisque éviter d’émettre du carbone doit devenir la norme, et non un luxe de pays riches qui paieraient pour réduire des émissions de CO2 ailleurs sur la planète. « Et l’UE a fourni le principal débouché du précédent système, le Mécanisme de développement propre (MDP), dont l’offre a été abondante mais dont la demande n’ a jamais vraiment décollé, faute de contraintes règlementaires. » souligne Emile Alberola, directrice de la recherche chez Ecoact.

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La COP 25 qui se tient à Madrid du 2 au 13 décembre, est présentée comme un sommet de transition. Mais de cette quinzaine émergera, peut-être, une nouvelle gouvernance du changement global ? Un article de notre partenaire le Journal de l’Environnement. 

Mais pour les pays habitués à recevoir de l’argent par le biais de ces crédits carbone du Mécanisme de Développement Propre, la pilule est un peu amère : l’arrêt dès 2020 de cette rente est jugée trop rapide, quand bien même l’intégrité environnementale des projets est discutable. La Chine a ainsi accumulé des millions de dollars en vendant des crédits issus des gaz fluorés de l’industrie chimique, augmentant leur production par un effet d’aubaine-sauf pour le climat, ces gaz étant par ailleurs des gaz à effet de serre puissants. Dans le nouveau système imaginé par l’accord de Paris, la martingale ne sera plus possible : en théorie, seuls les projets qui prouvent de réductions d’émissions nettes, plutôt que des émissions évitées, devraient être acceptés.

L’article 6 est le dernier des articles du traité à ne pas être finalisé, « c’est que c’est le plus technique et le plus sensible » reconnait Emilie Alberola, tout en insistant sur le fait que les investisseurs attendent ces nouvelles règles avec impatience.

La COP étant co-organisée par le Chili, qui était l’hôte officiel, il y a peu de chance que le Brésil ne parvienne pas à imposer au moins une partie de ses vues, puisque le Chili n’a aucun intérêt à se mettre en travers de la voie de son puissant voisin. « Ce qu’on cherche, ce sont des formulations ouvertes qui permettent de laisser des interprétations techniques pour plus tard » assure un proche des négociations.

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