La COP24 commence près de Rybnik, la ville la polluée d’Europe

La centrale thermique au charbon de Rybnik est l'une des plus grosses de Pologne. | FRANCK DUBRAY

La COP24 a débuté dimanche, dans le bassin houiller de Silésie, au sud de la Pologne. Reportage de nos envoyés spéciaux dans le smog, au pays du charbon roi… Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Les belles journées d’hiver sont les pires, à Rybnik, coincée au pied des monts Tatras, à une cinquantaine de kilomètres de Katowice, où s’ouvre ce dimanche matin la COP24, conférence climat des Nations unies. Les pressions anticycloniques plaquent l’air froid au sol et les polluants aussi. Un brouillard âcre empuantit les rues, les nez, la vue.

Il faut trouver le local syndical des mineurs dans cette opacité malsaine. Une barre de trois étages, de style soviétique, le long d’un interminable boulevard qui dessert quatre mines de charbon. On finit par trouver le logo ZZG, vieux syndicat polonais, né après-guerre, bien avant Solidarnosc.

Le chef de section Henrik Mazewski admet une pollution. Mais « le charbon n’y est pour rien ». L’ennemi désigné est « la voiture ». Le syndicaliste, né en 1960, a des preuves : « Les carreaux de fenêtre de ma grand-mère. Quand j’étais petit et que peu de voitures circulaient, elle n’était pas obligée de les laver tous les quinze jours comme aujourd’hui. »

« Le charbon, un art de vivre à Rybnik »

Le ZZG et d’autres syndicats des charbonnages sont à cran. Ils savent que « tous les écologues » qui arrivent en Pologne, à la Conférence climat des Nations unies (Cop24, lire en pied), ont une dent contre leur culture minière. Ils la défendront bec et ongles, avec l’assentiment du gouvernement conservateur Droit et Justice. « Tout va mieux depuis quelques années… », entame Henrik, qui ne cache pas ses idées politiques. Le charbon à Rybnik ? C’est « un art de vivre. Oui, un art. »

La pédiatre Katarzyna Musiol soigne la petite Zosia, 4 ans, à l’hôpital de la ville. | Franck Dubray

Au sixième étage de son hôpital délabré, Katarzyna Musiol, pédiatre, dégaine son appli Airly qui mesure le taux de concentration des particules fines dans l’air. « Le smog de ce matin a atteint 836 % ! Le seuil d’alerte est à 90-120 % ! »

La fierté du bassin houiller ne l’amuse pas. Elle a travaillé onze années comme oncologue dans le service pédiatrique de Katowice, la capitale de la Silésie. Sur les 500 enfants atteints d’une leucémie ou d’une tumeur au cerveau qu’elle a suivis, une proportion anormalement élevée vivait… à Rybnik. « J’ai voulu savoir pourquoi. J’ai mis tous mes étudiants sur le coup et l’Institut de protection de l’environnement. »

Elle sait maintenant. Rybnik détient les pires taux de particules fines de l’Europe. La ville est une cuvette. La pollution des mines, des voitures et des poêles à charbon des maisons s’infiltre dans les organes, s’attaque aux organismes des plus faibles, « les enfants et les vieux, ceux qui ne peuvent se servir de cette appli, pour savoir quand mettre leur masque ! »

Se protéger relève d’ailleurs de la prouesse dans cette ville en plein déni. Pas de masque en vente, à la pharmacie centrale Pod Lwem, ni à Ziko, dans le centre commercial… À la mairie ? Non plus…

Zygmund Grabowski, ancien mineur, devant son stock de charbon, dans sa cave. | Franck Dubray

Vers 15h30, à la nuit tombante, on se dirige, à l’odeur et à l’épaisse fumée qui sort de la cheminée, vers la maison à étage de Zygmund Grabowski. Cet ancien mineur de 67 ans a toujours acheté son charbon à la Kolpania KWK Marcel où il a fait sa carrière, comme son père avant lui. Pour cet hiver, il a fait rentrer cinq tonnes de roches noires. Elles emplissent une pièce de la cave jusqu’au plafond.

Les trois quarts des cheminées du quartier résidentiel crachent à l’identique. L’ancien mineur ne voit pas le problème. Il a changé sa chaudière il y a deux ans, « les filtres sont là, devant », dit-il en montrant le tiroir au-dessus du fourneau, « et elle est garantie jusqu’en 2025 ».

Rybnik est considérée comme la ville la plus polluée d’Europe. | Franck Dubray

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