La finance climat attendue sur le thème de l’équité à la COP 25

EPA-EFE/IAN LANGSDON

À la veille de la COP25, les ténors de la finance française se sont penchés, lors du Climate finance day, sur l’injustice climatique.

Après une année marquée par le mouvement des gilets jaunes, l’acceptabilité des mesures environnementales est devenue un enjeu central, y compris pour le secteur financier.

Pour preuve, le syndicaliste Laurent Berger, à la tête de la CFDT, a participé à l’ouverture des débats du Climate Finance Day, lors d’une journée organisée le 29 novembre par la place de marché parisienne, en insistant sur le modèle social européen.

Bâtir des compromis

« Si la question sociale n’est pas intégrée dans le plan d’investissement en cours de discussion par la nouvelle Commission, ça ne marchera pas », a-t-il indiqué, en prenant l’exemple des centrales à charbon dont la fermeture exige des plans de reconversion. « Il faut bâtir des compromis, et reconnaître la valeur de ceux qui, dans l’entreprise, veulent préserver le modèle social européen », a-t-il martelé face à un parterre de banquiers.

La question de la responsabilité sociale des entreprises partage avec l’enjeu climatique un même handicap : celui de ne pas contribuer à la rentabilité des investissements à court terme. Quoique. « Depuis 2014, nos fonds en action labellisés ESG affichent une meilleure performance que le marché » assure Jean-Jacques Barberis, directeur de la clientèle institutionnelle et corporale du géant de la gestion d’actifs Amundi, et membre du bureau de Finance for tomorrow.

Débat sur la méthodologie

L’enjeu de la simplification des critères de la finance durable, entrepris au niveau européen avec l’établissement, en cours, d’une taxonomie générale, pourrait s’avérer lucratif, au final. Mais le débat est à l’heure actuelle compliqué.

L'inclusion du nucléaire dans la finance durable divise Paris et Berlin

Alors que les pays européens tentent de fixer les règles de finance verte, la France et l’Allemagne s’écharpent sur la place du nucléaire. Défendue par la France, son inclusion est une ligne rouge pour Berlin.

« Pour nous, le nucléaire c’est un investissement durable, c’est évident. Ce n’est pas partagé par tout le monde » reconnait Jean-Jacques Barberis.

Définir des critères communs pose aussi le problème de l’acceptabilité. « Il faut se placer du côté de la demande, des clients des nos institutions financières. Ils en pensent quoi, eux, de cette taxonomie ? Est-ce qu’ils l’acceptent ? »,  s’est demandé Rémy Rioux, président de l’Agence française de développement, qui rappelle que l’acceptabilité des engagements climat est compliquée dans les pays avec lesquels les agences de développement travaillent, où l’accès même à l’énergie est loin d’être évident pour une partie de la population.

Et où la question de la responsabilité des émissions de carbone revient de façon récurrente, posant la aussi la question de l’équité. L’enjeu sera d’ailleurs au cœur des discussions de la COP 25, qui doit trancher sur le mode de fonctionnement des marchés du carbone dans le cadre de l’article 6 de l’Accord de Paris.

La COP25 va à ouvrir une année cruciale pour le climat

La COP25 démarre une séquence placée sous le signe du climat: l’UE doit préciser son « Green Deal » d’ici mars, et doit parvenir à arrimer la Chine et l’Inde d’ici fin 2020 pour que l’ambition globale soit relevée.

Au niveau européen, « on peut imaginer des systèmes de compensation. Ce sont les riches qui émettent le plus de CO2, et c’est logique que l’on redistribue aux moins riches le fruit d’une taxe carbone », assure Jean-Jacques Barberis, en se référant aux travaux de l’économiste Nick Robins qui s’est notamment penché sur la question de la « transition juste » au Royaume-Uni.

Le marché attend des indicateurs précis

Mais avant d’envisager une transition juste, encore faut-il que la transition ait lieu. C’est ce qu’ont répété plusieurs acteurs, qui réclament des objectifs clairs comme des chiffres et des projections, pour guider l’action des banquiers.

« Le marché attend des indices, des mesures, le marché financier est habituellement guidé par les chiffres. Or, on a pas de chiffres », déplore Jürgen Kern, responsable de la stratégie à la banque de développement allemande, KfW.

Faute d’indice, le président de la banque de France, François Villeroy de Galhau, a prévenu que son institution allait organiser dès 2020 des « stress-test climatiques » sur le secteur de la banque et de l’assurance, pour vérifier que l’exposition aux secteurs des énergies fossiles ne peux pas potentiellement mettre en péril certaines structures.

Mais faute de référence, l’alignement de la finance sur les objectifs de l’Accord de Paris, qui est un des ses objectifs, se fait à tâtons, chacun y allant de sa méthode. Sortir du charbon est un des premiers pas, et le fait que le premier assureur mondial, Axa, ait sauté le pas, tout comme la Société générale, est un indicateur.

Axa amorce une réelle sortie du charbon

L’assureur français a annoncé son plan de sortie du charbon à l’horizon 2030 en Europe, qui prévoit notamment de ne plus assurer les entreprises trop exposées à l’énergie fossile. Un plan « sans angle mort » selon les ONG.

 

Mais que faire des autres énergies fossiles ? La question s’est posée chez Natixis, où des débats ont eu lieu sur l’opportunité de continuer à financer le gaz. « On a tranché en fonction du bilan carbone initial : si c’est pour remplacer du charbon, passer au gaz présente un intérêt pour le climat » explique François Riahi, le directeur général, de Natixis, une banque qui a pourtant été une des premières à refuser de financer des centrales à charbon.

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