La finance mondiale veut se mettre au vert

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Les investisseurs se sont réunis à Paris pour promouvoir la finance verte, en amont du sommet climat. Si la dynamique est au rendez-vous, la définition des investissements verts doit encore être affinée.

Depuis 2015 et l’adoption de l’accord de Paris, le monde de la finance a mis les bouchées doubles pour verdir ses investissements.

À la veille du sommet « One Planet Summit » organisé à l’initiative du président français Emmanuel Macron, les acteurs de la finance mondiale se sont réunis pour faire état de l’avancement du verdissement de leurs investissements, lors d’une troisième édition du Climate Finance Day, organisé à Bercy.

Le sommet climat français veut faire bouger les lignes de la lutte contre le changement climatique

Changer les règles plutôt que de promettre des millions : deux ans après l’Accord de Paris, le combat contre le changement climatique a changé d’armes. Ses nouvelles cibles sont la finance et le droit.

Dans la pratique, beaucoup a été fait depuis l’Accord de Paris, tant au niveau des investisseurs publics que privés. Ainsi, la France revendique la deuxième place au niveau mondial pour l’émission de green bonds, (obligations verte), derrière la Chine. Mais la généralisation des investissements verts est encore loin d’être suffisante. En effet, sur les 17 000 milliards d’investissements en 2017 dans le monde, les obligations vertes n’ont représenté que 130 milliards, soit 0,1 %.

« La finance au chevet de la planète, devons-nous nous en inquiéter ou nous en réjouir ? » a demandé Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique. « Aujourd’hui, je préfère m’en réjouir. […] Face aux enjeux posés par le réchauffement climatique, le monde de la finance commence à évoluer », a-t-il affirmé en ouverture du Climate Finance Day.

Réorientation des investissements

Selon les estimations de l’initiative New Climate Economy, les besoins en financement d’infrastructures durables sont estimés à 90 000 milliards de dollars d’ici à 2030. Un montant absolument hors de portée des seuls investissements publics, et qui rend nécessaire une réorientation de l’économie mondiale au service du climat.

Mais pour atteindre les objectifs de financement, les investisseurs ne doivent pas seulement avoir un « objectif climat isolé », rappelle Howard Bamsey, le directeur du Fonds vert pour le climat, « mais ils doivent revoir et réorganiser l’ensemble de leur portefeuille en fonction de la question du réchauffement climatique ».

Pour le patron du Fonds vert, la stratégie des acteurs de la finance visant à dédier une partie des investissements aux projets climatiques n’a de sens que si le reste des investissements sont faits en cohérence avec les objectifs de l’Accord de Paris.

« Sur le plan financier, l’accord de Paris a fixé une ambition : rendre les flux de capitaux cohérents avec la transition vers une économie bas carbone et résiliente aux dérèglements climatiques », a également rappelé le ministre de l’Économie, Bruno Lemaire en clôture de la journée.

La COP23 laisse en plan la question du financement

Les pays riches avaient promis de lever 100 milliards de dollars d’ici 2020 pour financer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement. En septembre 2017, les engagements concrets ne s’élevaient pourtant qu’à 10,3 milliards.

Pour renforcer la cohérence des investissements internationaux avec les objectifs de lutte contre le réchauffement climatique, l’inclusion du risque financier causé par le climat fait partie des outils stratégiques à mettre en place, a rappelé Bruno Lemaire, rappelant que « l’ouragan Irma a causé plus de 1 milliard d’euros de dommages sur le seul territoire français ».

Pour que le risque climatique soit pris en compte en amont dans les décisions des investisseurs, la Task-force [groupe de travail] sur la transparence climatique dans le secteur financier (la TCFD) propose que le secteur privé prenne en compte ces risques dans ses décisions d’investissement et sa gestion quotidienne.

« Je souhaite que ces conclusions soient désormais appliquées intégralement en France, mais aussi au niveau international et européen », a affirmé Bruno Lemaire. Cette annonce pourrait accélérer la mise en œuvre des principes d’évaluation au niveau mondial, aujourd’hui bloquée par le refus des États-Unis de les valider au niveau du G20.

Le club des banques de développement se concentre sur le climat

Le patron de l’Agence française de développement, Rémy Rioux, a pris pour deux ans les rênes d’IDFC, un club de 23 banques de développement représentant 3000 milliards de dollars. Objectif: mettre tous les investissements au service de l’agenda pour le développement durable.

Transparence

Autre outil promu par Bruno Lemaire, le reporting climatique au niveau européen. « Il nous manque une langue commune au niveau européen. Je souhaite donc que des standards de reporting climatiques et d’identification des actifs verts soient développés au niveau européen », a-t-il précisé.

La révision de la directive sur le reporting extra-financier des entreprises « est une opportunité qui doit être saisie », souligne-t-il.

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