La France empêtrée dans ses contradictions sur le climat

Si le président Macron agit pour la diplomatie climatique, l’action du gouvernement Philippe défend surtout les intérêts industriels.

Dans les discours et la diplomatie française, le climat est partout. L’hiver dernier à Paris, après la COP23 à Bonn, le président Emmanuel Macron avait rassemblé les leaders du climat pour un événement destiné à mobiliser la société civile sur l’enjeu climatique.

Le sommet climat français veut faire bouger les lignes de la lutte contre le changement climatique

Changer les règles plutôt que de promettre des millions : deux ans après l’Accord de Paris, le combat contre le changement climatique a changé d’armes. Ses nouvelles cibles sont la finance et le droit.

Lors d’un live sur Facebook la semaine dernière, le Premier ministre Edouard Philippe a fait part de son inquiétude pour le futur de la planète, se disant obsédé par le sujet et l’ouvrage de Jared Diamond, Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie.

Mais en pratique, les spécialistes du climat sont plus qu’inquiets. Nombre de soutiens de Macron au départ sont devenus critiques face aux arbitrages contradictoires qui se sont multipliés. En juin, l’autorisation de la raffinerie de la Mède, qui fonctionnera à l’huile de palme, a démultiplié le nombre de voix critiques.

La France fait le choix de l'huile de palme malgré l'interdiction du Parlement européen

Alors que le Parlement européen a voté l’interdiction des importations d’huile de palme en 2021, la France a donné son feu vert à une bioraffinerie de Total, suscitant de violentes réactions.

 

Au niveau européen, la France reste discrète sur le sujet. Le ministre de la transition écologique, Nicolas Hulot, est aux abonnés absents. « On ne le voit pas », assure-t-on à la toute puissante DG Climat, qui orchestre les négociations climatiques pour les 28. L’ex-journaliste d’Ushuaïa ne vient pas aux conseils des ministres, contrairement à ses collègues souvent assidus. En un an, il ne s’est déplacé qu’une fois à Bruxelles et une fois à Luxembourg, où se tiennent les réunions européennes.

Le plus souvent, la France envoie des représentants pour les réunions dites des ministres de l’Environnement. La présidence bulgare du Conseil de l’UE a été choquée d’accueillir à plusieurs reprises, non pas le ministre ou sa secrétaire d’Etat, Brune Poirson, mais des fonctionnaires du ministère, pour des réunions organisées à Sofia au printemps.

Climat et constitution, de la poudre aux yeux ?

Dernière lubie en date, les députés français veulent fait inscrire la protection de l’environnement, du climat et de la biodiversité dans l’article premier de la Constitution, à l’occasion de la révision constitutionnelle en cours. La phrase qui doit être intégrée, « Elle [la France] agit pour la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et contre le changement climatique », n’ajoute rien, selon les détracteurs de l’opération.

Arnaud Gossement, avocat spécialiste du droit de l’environnement, déplore que sur le climat la notion de changement climatique est ramenée à une obligation de moyen et non de résultat  par rapport à un seuil précis de 1,5 ° à 2°, comme dans l’accord de Paris.

Les ONG françaises appellent donc le gouvernement à changer de cap, en prenant des mesures effectives plutôt qu’en prononçant des discours. « Jusqu’à présent, mis à part l’augmentation de la fiscalité carbone et du diesel, les mesures structurantes se font attendre », regrette le Réseau Action Climat.

C’est surtout les contradictions qui inquiètent les ONG, et elles sont multiples. Ainsi, la France est en train de mettre en place une stratégie de lutte contre la déforestation importée, mais donne en même temps des permis d’exploitation à Total pour des biocarburants à partir d’huile de palme ou encore autorise l’exploitation de la  Mine d’Or en Guyane qui pourrait détruire 575 hectares de forêts.

« L’action de la France n’est pas disruptive », se désolent les ONG qui réclament 12 mesures d’urgence, et autant de gages de crédibilité de la part de l’Etat. Par exemple un plan vélo obligatoire incluant le remboursement des trajets velo/travail, des mesures pour l’agriculture, les renouvelables, pour la fermeture de centrales nucléaires, l’accélération de la rénovation thermique et l’augmentation du chèque énergie.

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