La France en avance sur ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre

Pour 2021, le CITEPA estime que la France a rejeté dans l’atmosphère environ 418 millions de tonnes de gaz à effet de serre (MtCO2e), soit 4% de moins qu’en 2019.  [EPA-EFE / Ida Guldbaek Arentsen]

Le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA) vient de publier ses dernières estimations de rejets de gaz à effet de serre de la France. Le ministère de la Transition énergétique se félicite : -9,6 % entre 2017 et 2021.

Pour 2021, le CITEPA estime que la France a rejeté dans l’atmosphère environ 418 millions de tonnes de gaz à effet de serre en équivalent dioxyde de carbone (MtCO2e), hors systèmes d’absorption (UTCATF), soit 3,9 % de moins qu’en 2019.

C’est néanmoins bien plus que pour l’année 2020 (393 MtCO2e), dont la faiblesse des rejets s’explique par la pandémie de Covid-19 et les confinements à répétition qu’elle a entraîné.

En 2021, la reprise économique a donc accéléré le retour à des rejets sensiblement proches des trajectoires de baisse progressives fixées par l’État dans sa Stratégie nationale bas-carbone (SNBC).

Avec 418 MtCO2e en 2021, la France fait tout de même 1,2% mieux que les objectifs qu’elle s’est fixée dans sa SNBC (423 MtCO2e). 

Malgré la hausse entre 2020 et 2021, l’action du gouvernement « porte ses fruits » se félicite ainsi la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, sur Twitter.

Amélie de Montchalin battue aux législatives, vacance au ministère de la Transition écologique

Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires depuis le 20 mai 2022, vient d’être battue aux législatives par le candidat de la gauche unie (NUPES). Cette défaite devrait lui coûter son poste boulevard Saint-Germain.

28% de baisse entre 1990 et 2020

La baisse totale des rejets de gaz à effet de serre (GES) est de 28 % entre 1990 (544 MtCO2e) et 2020, dont une baisse significative, de 14,2 %, entre 2015 et 2020.

Le dioxyde de carbone (CO2) imprime le tempo, puisqu’il représente jusqu’à 75% des rejets totaux, enregistrant une baisse de 27 % entre 1990 et 2020. En parallèle, sur la même période, ceux de méthane (CH4) ont chuté de plus de 21 %.

À noter tout de même que les hydrofluorocarbures (HFC), gaz fluorés utilisés comme fluides caloporteurs dans les systèmes de climatisation et de chauffage, ont augmenté de 167 % sur la même période.

Ces derniers ont malheureusement un potentiel de réchauffement climatique pouvant aller jusqu’à 12 400 selon le 5ème rapport du GIEC « AR 5 » publié en 2014. Cela signifie qu’à quantité de rejet égale, certains HFC émettent 12 400 fois plus de gaz à effet de serre que le CO2, dont la valeur de réchauffement est égale à 1.

Les gaz fluorés sont également connus pour leur impact considérable sur la couche d’ozone, raison pour laquelle l’Union européenne légifère depuis de nombreuses années pour réduire progressivement leur usage et réduire les fuites, sur un modèle de délivrance de quotas.

Par conséquent, entre 2015 et 2020, les rejets de HFC ont baissé de 32,4 %.

Selon le même rapport du GIEC, l’hexafluorure de soufre (SF6), qui est aussi un gaz fluoré, dispose d’un potentiel de réchauffement climatique de 23 500. Mais contrairement aux HFC, son utilisation a baissé de 84 % entre 1990 et 2020.

Le secteur des transports en tête

Au niveau des secteurs, le transport est le premier pollueur de France en 2021, représentant plus de 29 % de l’ensemble des rejets. L’agriculture suit de près, avec 19 % des émissions.

De son côté, l’industrie de l’énergie représente 10 % du total, dont la moitié revient à la production d’énergie et 15 % au raffinage de pétrole. Une part relativement faible du secteur, qui peut s’expliquer en partie par un mix électrique français à plus faible teneur en GES, du fait du recours aux énergies bas carbone comme le nucléaire.

Évolution des émissions dans l'air en équivalent CO2 depuis 1990 en France (Métropole et Outre-mer) [CITEPA]

Cependant, pour l’eurodéputée Les Verts/ALE, Karima Delli, l’heure n’est pas aux éloges de la stratégie française, bien au contraire : « le scénario dramatique c’est le choix de ce gouvernement ». Sur Twitter, elle rappelle ainsi que « la France est le 2e plus gros émetteur de CO2 en Europe » et réduit ses émissions « 3 fois moins vite que la moyenne européenne ».

De prime abord, l’UE enregistre une baisse de ses rejets de 31 % entre 1990 et 2020 révèle l’Agence européenne de l’environnement. L’organisation régionale fait donc mieux que l’objectif initial qu’elle s’était fixé, soit 20 % de baisse. Comparativement, l’Union fait aussi mieux que la France.

L’Allemagne meilleur élève ?

Même constat pour l’Allemagne, premier émetteur de l’UE, dont la baisse s’élève à 38,7 % entre 1990 et 2021 selon l’Agence environnementale allemande (Umweltbundesamt).

En revanche, l’Allemagne part de plus loin, puisque ses rejets atmosphériques étaient de 762 MtCO2e en 2021, soit 1,8 fois supérieurs à ceux de la France. La faute à un mix énergétique davantage carboné et à une population plus importante, de l’ordre de 84 millions d’habitants.

Par ailleurs, même à ce rythme, l’Allemagne ne sera pas en mesure de remplir son objectif de baisse des émissions de GES de 65 % d’ici 2030, qui doit lui permettre d’atteindre la neutralité carbone en 2045. Actuellement, la Cour des Comptes fédérale allemande table sur une baisse de 49 %.

Le nouveau gouvernement Scholz a donc décidé d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables (EnR) pour répondre de ces objectifs, avec une part de 80 % d’EnR dans la consommation brute d’électricité d’ici à 2030, contre 65 % précédemment.

Mais pour l’heure, les préoccupations allemandes sont ailleurs. Le pays est en effet en pleine relance du charbon, afin de compenser la demande en gaz dont les stocks sont cruciaux pour l’hiver à venir.

Sur la trajectoire de la SNBC ?

À l’inverse, la France respecte les objectifs qu’elle s’est fixée dans sa SNBC, feuille de route qui projette les orientations structurelles vers une économie bas-carbone.

Adoptée en 2015, elle fut révisée en 2018-2019, s’attirant les foudres des observateurs écologistes. Les objectifs avaient en effet été rabaissés.

Pourtant, la SNBC-2 permet désormais une réduction plus progressive des émissions de GES, objectivant la neutralité carbone en 2050. A contrario, la première version du texte tablait sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 75 % d’ici à 2050 par rapport à 1990.

Cependant, « nous ne sommes plus dans les clous » selon l’expression de la responsable transition énergétique chez Réseau Action Climat, Zélie Victor, contactée par EURACTIV. Selon elle, lorsque l’on prend en compte les systèmes d’absorption (UTCATF)*, l’objectif de la SNBC n’est plus respecté.

Celui-ci porte à 383 MtCO2e les rejets pour 2023. Or pour 2022, en prenant en compte les UTCATF, les rejets de la France sont de 404 MtCO2e. Le rythme de réduction des émissions de GES est donc insuffisant affirme-t-elle.

C’est ainsi le signe qu’il faut travailler sur des « changements structurels de long terme » avance-t-elle, tout en mettant en garde contre le « rebond » post-pandémique des émissions françaises.

La SNBC version 3, qui sera entérinée l’année prochaine, doit donc « montrer une accélération plus forte » des objectifs de la France, dans un « contexte où l’on va devoir les augmenter par rapport aux objectifs européens ».

Loi d’urgence en préparation

En parallèle des données publiées par le CITEPA, la ministre de la Transition énergétique a annoncé sur Twitter que le gouvernement travaillait à un projet de loi d’urgence « pour donner un nouveau coup d’accélérateur au déploiement des énergies renouvelables ».

Propos confirmés par Sophie Mourlon, directrice générale de l’Énergie au Ministère de la Transition écologique. Un projet de loi devrait être « sur la table dans les prochaines semaines » a-t-elle déclaré lors des Assises des énergies marines renouvelables qui se tenaient mardi 14 juin.

[*UTCATF : Utilisation des Terres, Changements d’Affectation des Terres et de la Forêts, permettant de fournir des émissions négatives par absorption de gaz à effet de serre.]

[Edité par Frédéric Simon]

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