La France ne tient pas le cap pour la neutralité carbone en 2050, selon le Climate Transparency Report 2020

En France, les émissions de CO2, déjà en légère baisse en 2019, ont chuté cette année en raison de la crise sanitaire. [Roschetzky Photography / shutterstock]

En France, les émissions de CO2, déjà en légère baisse en 2019, ont chuté cette année en raison de la crise sanitaire. Une tendance positive qui ne suffira pourtant pas pour atteindre les objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris.

Le premier confinement aura contribué à réduire les émissions de CO2 de la France de 13% entre janvier et mai 2020 par rapport à la même période en 2019. Globalement, les émissions des pays du G20 devraient baisser de 7.5% d’ici la fin de cette année, une chute spectaculaire qui doit largement aux restrictions sanitaires dans le contexte de la pandémie du Covid-19, selon les conclusions d’un rapport sur la transparence climatique 2020 publié ce mercredi (18 novembre) par Climate Transparency. 

L’instance évalue les politiques et performances climatiques des pays du G20 depuis 2015. Réalisé par 14 ONG et instituts de recherche dont l’Iddri en France et Germanwatch en Allemagne, le rapport compare les actions en faveur du climat adoptées par les 20 Etats de la planète responsables actuellement de 75 % des émissions de gaz à effet de serre.

Transition énergétique : l’Allemagne a-t-elle le pied marin ?

La Commission européenne présentera sa stratégie sur l’éolien marin aujourd’hui (18 novembre). Une nouvelle loi allemande à ce sujet en applique déjà certains points clés. Est-ce toutefois suffisant pour amorcer la transition énergétique ? Un article d’Euractiv Allemagne.

Le document souligne que pour la première fois depuis 1990 le total des émissions émis par ces pays a baissé (-0.1%). Bien plus parlant que les chiffres de l’année 2020 car en dehors du contexte de la crise, cette baisse montre que les signataires de l’Accord de Paris de 2015 sont (enfin) sur la bonne voie. Rappelons qu’en 2018, les émissions de CO2 avaient augmenté de 1.9% en 2018.

Il demeure que leurs efforts restent toujours insuffisants pour amener la baisse des émissions de gaz à effet de serre sous le seuil des 1.5°C. Car même si les pays du G20 ont diminué leurs consommations de charbon (-2%) et augmenté leurs parts des énergies renouvelables dans la production d’énergie (+27% en 2019 contre +25% en 2018), les émissions sont en hausse dans le secteur des transports (+1.5%), du bâtiment (+0.9%) et de l’industrie (+1.2%).

Enfin, même si la crise sanitaire aura suscité une baisse des émissions inédite pour l’année 2020, les mesures prisent à son encontre risquent de renverser la tendance en raison des subventions dont bénéficie encore le secteur des énergies fossiles, au détriment d’alternatives vertes. 

L’éolien en mer : un dossier français tempétueux

Alors que la Commission européenne s’apprête à publier sa stratégie sur les énergies renouvelables en mer, dans l’Hexagone les projets de parcs éoliens offshore continuent de cristalliser les tensions.

Efforts ambitieux mais insuffisants dans l’UE et en France

Une image plus nuancée s’impose pourtant pour l’Union européenne (UE) dont le budget pour la période 2021-27 et le fonds de relance entendent permettre à l’Europe de remplir ses objectifs climatiques. Le rapport juge néanmoins que les efforts de l’UE depuis 2015 restent insuffisants pour les réaliser. 

Même conclusion pour la France : les émissions de CO2 y ont certes baissé de 20% depuis 1990, dont -0.9% pour la seule année 2019. Par rapport aux autres pays du G20, la France est même à la pointe en matière de réduction des émissions de GES, notamment en ce qui concerne la décarbonisation des secteurs de l’énergie et du bâtiment. 

Mais les mesures ne sont pas assez ambitieuses. Au rythme actuel, le pays n’aura baissé ses émissions de gaz à effet de serre de 24 % d’ici 2040 alors qu’elle s’est fixé un objectif de -40 % par rapport à 1990, souligne Climate Transparency. Pire, même si elle arrivait à tenir son engagement, ça ne serait pas assez : selon le rapport, pour endiguer le réchauffement climatique à 1.5°C, l’Hexagone devrait réduire ses émissions de CO2 de 45% d’ici 2030 – par rapport à 2010 ! 

Chaque goutte compte : quelles sont les solutions pour contrer la sécheresse dans l'UE ?

La troisième année consécutive de sécheresse que nous avons traversée montre que la rareté de l’eau est un phénomène de plus en plus fréquent et répandu dans l’UE, ce qui entraîne d’énormes répercussions sur le secteur agricole.

Le pays doit donc faire preuve de plus d’ambition climatique – et ce, alors qu’elle sera un des pays du G20 les plus affectés par l’impact du dérèglement climatique. En termes du taux de fatalités liées aux phénomènes météorologiques extrêmes, elle occupe déjà le deuxième rang des pays du G20. En France, 1122 personnes en moyenne succombent chaque année à ces phénomènes qui entrainent par ailleurs un coût d’environ 2.3 milliards de dollars par an, le pays étant particulièrement vulnérable aux sécheresses. 

Beaucoup reste donc à faire, selon le rapport. Il propose ainsi que la France augmente significativement la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique – elle était de seulement 9% en 2019, pour 47% d’énergies fossiles. 

Les transports constituent un autre chantier important pour mettre le cap sur la neutralité carbone : ce secteur compte de fait pour 40% des émissions de CO2 de la France. Le pays doit également accélérer le rythme des rénovations dans le secteur du bâtiment, mais aussi mettre en place une stratégie de zéro déforestation, nécessaire pour faire de l’utilisation des terres et forêts un puits net de CO2. Dans l’agriculture également, la France a atteint seulement la moitié des réductions d’émissions de CO2 nécessaires.

En image : la déforestation délocalisée de l'Europe

Parmi les sujets abordés ce lundi 16 novembre par les ministres européens de l’Agriculture, l’un d’entre eux fait l’objet de débats houleux : la politique forestière. Par leurs modes de vie, les Européens contribuent à une déforestation massive au niveau …

Le rapport salue cependant le plan de relance du gouvernement français qui dédit 30 % des financements à la transition écologique. Autre bonne action : Parmi les pays ayant secouru leur industrie aéronautique, la France est le seul à avoir conditionné son aide financier à une réduction des émissions de CO2. Même si la chute des émissions de CO2 en 2020 ne constitue qu’un bref répit pour le climat, la crise sanitaire aura donné un petit coup de pouce à la transition écologique en France.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer