L’accord médiocre de la COP25 déçoit le monde entier

A Madrid, le logo de la COP25 a chuté, à l'image de l'ambition de la rencontre.

16 jours de négociations n’ont pas suffi à trouver un terrain d’entente pour le principal sujet de discorde de l’accord de Paris : les marchés du carbone. Les parties de la COP25 ont finalement adopté un texte modeste qui déçoit tout le monde.

Un accord a minima a finalement été trouvé, à Madrid, où les parties de l’accord de Paris négociaient les derniers détails du traité.

Principal enjeu de la rencontre, la finalisation de l’article 6 du traité sensé organiser les marchés du carbone, a été repoussée à 2020, en raison de positions diamétralement opposées entre les partisans de l’ambition et les tenants du statu quo. Le reste du texte reflète une ambition verbale modeste en langage onusien : il appelle simplement les parties à plus d’ambition dans leur engagement climatique  2020 qui doit être, comme convenu à Paris, soumis avant la COP26.

Même la président de la COP, Carolina Schmidt, représentante du Chili, a reconnu que la conférence est « restée endettée envers la planète». La Commission européenne s’est dite également déçue de l’absence d’accord sur l’article 6, tandis que la ministre de l’environnement allemande se désolait que la COP25 ne soit pas parvenue à faire avancer l’action climatique.

« La COP25 c’est avant tout un échec de la volonté politique, de la part de pays qui ont estimé qu’il s’agissait d’une étape peu importante avant la rencontre de Glasgow en 2020, et d’une présidence de la COP qui n’est pas parvenue à s’imposer face aux pays qui bloquaient, les Etats-Unis, le Brésil, l’Australie et l’Arabie Saoudite » estime Jennifer Tollman, conseillère diplomatique au think-tank E3G.

Le manque d’investissement de nombreux pays théoriquement ambitieux, dont la France, qui avait pourtant mis tous son poids politique dans la signature de l’accord de Paris, est en effet montré du doigt dans cet échec. Les membres du gouvernement français n’ont fait que des passages éclair à la COP, laissant la ministre de l’environnement allemande et le nouveau vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans esseulés face aux poids-lourds américain, chinois, indien et brésilien. En 2015, l’accord avait aussi été permis par une alliance entre l’administration Obama et la Chine. La détérioration des relations entre les deux blocs impose désormais à l’UE de monter en gamme dans son rôle diplomatique, pour convaincre l’empire du Milieu.

« Le contexte géopolitique n’était pas facile : la COP est quasiment la dernière instance de discussion multilatérale » constate David Levai, chercheur à l’IDDRI.

L’UE a néanmoins défendu son idée de l’ambition, notamment en imposant une fin de non-recevoir à ceux qui voulaient assouplir les marchés du carbone.

« Mère nature a un message pour nous : elle n’en peut plus. Le temps de la complaisance est terminé » avait prévenu Frans Timmermans, qui n’a pas ménagé ses efforts, nuit et jour, pour sa première COP. Le vice-président a ainsi insisté sur le fait qu’il n’y avait « aucune raison de remettre en cause l’intégrité environnementale de l’accord de Paris ».

L’accord de Paris potentiellement fragilisé par les marchés du carbone

Conserver les crédits carbone mis en place par le protocole de Kyoto mettrait en péril la transition vers un monde sans carbone. Or c’est ce que plusieurs parties réclament. L ’Australie a ainsi indiqué qu’elle comptait se mettre en conformité en reportant ses autorisations d’émissions de la période Kyoto. Les Etats-Unis, qui n’avaient envoyé qu’un fonctionnaire à Madrid, ont aussi bloqué, alors qu’ils doivent sortir de l’accord de Paris d’ici moins d’un an. Et le Brésil a freiné, en insistant sur le double comptage : un processus qui lui permettrait à la fois de continuer à utiliser les crédits Kyoto pour remplir ses obligations de réduction d’émission, tout en les vendant à des tiers.

Ce dernier exemple montre la faible motivation d’un pays comme le Brésil, qui continue à détruire sa forêt, et donc à faire croître ses émissions. Le secteur agroalimentaire compte continuer pour produire plus de soja et de bétail, et ne souhaite pas être contraint par l’accord de Paris, qui incite tous les pays, au contraire, à réduire leur émissions de CO2.

« Si certains pays comptent seulement sur les marchés du carbone pour réduire les émissions, alors c’est qu’ils ne souscrivent pas à l’accord de Paris. Et qu’ils veulent tricher» estime Laurence Tubiana, qui orchestra la signature de l’accord de 2015.

Une bombe de carbone de 4,65 milliards de tonnes

Au total, 4,65 milliard de tonnes, entre les crédits existant et les crédits qui pourraient être générés, sont concernés par l’article 6 si sa rédaction venait à être assouplie, selon Carbon Market Watch. Un montant énorme, dont la vaste majorité appartient à l’ Asie, une petite partie revenant à l’Amérique du Sud et quelques uns en Afrique. Selon le think tank Climate Analytics, leur utilisation conduirait à un réchauffement supplémentaire de 0,1 %.

« Ca pourrait être la bombe de carbone de l’accord de Paris » assure Sam Van den Plas, de Carbon Market Watch.

Selon un banquier spécialiste de ces crédits, la Chine aurait en sous main l’intention d’utiliser ces crédits pour son marché domestique, afin de lever la pression sur les entreprises, ce qui explique qu’elle ne soit pas intervenue dans les négociations à Madrid.

Mais sur le fond, cette logique de blocage de l’ambition ne présente pas de logique économique. Les crédits Kyoto présentent actuellement une valeur marchande ridicule, de l’ordre de 20 centimes, en raison de l’absence de demande.

Et s’ils continuaient à être cessible après 2020, « le challenge sera l’intérêt du marché pour ces crédits : il pourrait être très modeste ! » assure Dirk Forrister, président de l’IETA, l’association spécialisée sur les marchés du carbone, qui évoque l’hypothèse de crédits « pourris » (junk credits), alors que l’accord de Paris prévoit au contraire la mise en place de nouveaux projets qui soient incontestables sur le plan environnemental.

La compensation carbone divise les pays à la COP 25

L’article 6 de l’accord de Paris et son mécanisme de compensation carbone braquent le Brésil, la Chine et l’Arabie Saoudite. Les partisans de l’ambition climatique craignent un affaiblissement  de l’ensemble du traité.

 

Lourde déception

Si la COP25 a suscité beaucoup de mobilisation durant son déroulement, y compris une manifestation de 500.000 personnes à Madrid début décembre, la déception de son résultat est encore plus importante. La société civile a manifesté sa déception, regrettant comme Greta Thunberg que « les Etats n’écoutent pas la science », ni les entreprises selon l’organisation WeMeanBusiness, qui rassemble les entreprises les plus ambitieuses sur le climat ainsi que des intérêts financiers de plus en plus lourds.

Mais les petits états insulaires sont sans doute les plus inquiets de ce résultat. Selon Tina Stege, représentante du climat pour les îles Marshall menacées d’être englouties, « le nouveau texte ne reflète en rien ce que nous aurions souhaité ».

La seule lueur d’espoir de cette négociation reste finalement l’annonce du Green New Deal et de l’accord pour l’objectif de neutralité carbone au niveau européen. « Pour les entreprises, cela envoie un signal que la transition vers une économie neutre en carbone peut vraiment commencer à accélérer » assure le European Corporate Leaders Group.

Le Green New Deal offre une bouffée d'air frais à la COP25

La volonté politique manifestée par Ursula von der Leyen lors de la présentation du Green New Deal conforte les acteurs déjà engagés vers la neutralité carbone. Mais beaucoup  d’observateurs, dont les jeunes, appellent à plus d’ambition.

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