L’agence européenne pour le climat souhaite mettre fin aux projets liés aux combustibles fossiles

La centrale électrique Nuon Magnum à Eemshaven, Groningue, aux Pays-Bas. La nouvelle centrale électrique multicombustible peut fonctionner au gaz, à la biomasse et au charbon. [Sander van der Werf / Shutterstock]

Le directeur de CINEA, une agence européenne récemment créée qui gère 55 milliards d’euros de fonds européens pour l’énergie propre et les transports, s’est confié à EURACTIV sur le défi que représente la suppression définitive des projets relatifs aux combustibles fossiles. Il a déclaré que les actifs liés au charbon et au gaz naturel « ne vont pas simplement disparaître » et doivent être gérés pendant la transition.

L’Agence exécutive européenne pour le climat, les infrastructures et l’environnement (CINEA) a été officiellement créée le 12 février. Sa mission principale consiste à soutenir la transition écologique.

Disposant de 55 milliards d’euros de programmes financés par l’UE jusqu’en 2027, l’agence est « nettement axée sur le climat et l’environnement », a déclaré son directeur, Dirk Beckers.

« CINEA est l’agence exécutive européenne qui met en œuvre le Pacte vert pour l’Europe », a déclaré M. Beckers à EURACTIV lors d’un entretien écrit.

Parmi les autres programmes relatifs à l’énergie, l’agence gère 9,5 milliards d’euros de financement de la recherche et de l’innovation jusqu’en 2027 dans des domaines tels que la bioénergie, le solaire, l’éolien, la géothermie, le chauffage et le refroidissement, l’énergie marémotrice et l’hydroélectricité, a-t-il précisé.

Toutes ces mesures sont orientées vers les objectifs de décarbonation de l’UE, dans le but d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

« Les politiques européennes en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique sont alignées sur des objectifs de décarbonation ambitieux pour 2030 et 2050 » et « permettront à cette transition de se faire plus rapidement, de manière plus sûre, mais aussi plus efficace », a-t-il déclaré.

Les projets relatifs aux éoliennes flottantes ont par exemple contribué à améliorer les performances et à réduire les coûts de cette technologie. D’autres projets, quant à eux, visent à améliorer la mise en place de panneaux photovoltaïques dans les bâtiments afin d’améliorer leurs performances tout en réduisant les coûts.

Les éoliennes flottantes larguent les amarres vers le Portugal

Le 19 octobre, la première éolienne du projet WindFloat Atlantic a été tractée depuis Feroll, en Espagne, jusqu’à la côte de Viana do Castelo, au Portugal, afin de créer le deuxième parc éolien flottant au monde.

Mécanisme pour l’interconnexion en Europe

CINEA n’est cependant pas partie de zéro. L’agence a en effet été créée à partir de l’ancienne Agence exécutive pour l’innovation et les réseaux (INEA), qui gérait des programmes européens ayant des objectifs politiques différents.

Le programme le plus notable est le « Mécanisme pour l’interconnexion en Europe » (Connecting Europe Facility en anglais, CEF), un programme de l’UE consacré aux infrastructures transfrontalières de transport et d’énergie. Avec un montant de 31 milliards d’euros, le CEF équivaut à plus de la moitié des 55 milliards d’euros de financement de l’agence pour la période 2021-2027, dont la majeure partie est réservée aux infrastructures de transport.

Et si la majeure partie du financement des infrastructures énergétiques est désormais consacrée aux projets et aux interconnexions électriques, le CEF a également des priorités européennes plus anciennes, telles que les interconnexions de gaz naturel, admet M. Beckers.

« Le programme “Énergie” du CEF a soutenu 66 actions dans le domaine des projets d’infrastructure gazière au cours des sept dernières années » et ce, pour un total de 1,5 milliard d’euros, a déclaré M. Beckers à EURACTIV.

Le gaz naturel est un combustible fossile que les militants écologistes et la Commission européenne souhaitent éliminer progressivement pour atteindre, à terme, la neutralité climatique.

Toutefois, selon M. Beckers, les projets relatifs aux combustibles fossiles ne sont pas encore totalement finalisés pour CINEA. L’agence a actuellement quatre projets en cours portant sur les « centrales électriques flexibles » qui sont liées aux combustibles fossiles, a-t-il déclaré.

L’objectif principal de ces projets est de « transformer les centrales électriques alimentées au charbon en centrales de production qui combinent chaleur et électricité alimentée à la biomasse afin de contribuer à la décarbonation du marché de l’énergie » et d’accroître leur flexibilité, a-t-il expliqué.

Leur financement s’arrêtera lorsque les projets prendront fin, ce qui devrait se produire « dans les trois prochaines années », a déclaré M. Beckers.

Interrogé sur la justification de la poursuite de ces projets, M. Beckers a déclaré qu’ils étaient motivés par la nécessité d’assurer une transition en douceur vers l’abandon des combustibles fossiles.

« Nous devons prendre conscience que malgré les développements remarquables et les investissements importants dans les technologies d’énergie propre, la transition énergétique prendra encore un certain temps, même en Europe, pourtant leader mondial dans ces domaines ».

Les centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles doivent être réglementées pendant la transition afin de garantir un approvisionnement continu en énergie à un prix abordable pour les consommateurs européens, a-t-il fait valoir.

« Nous devrons veiller à ce que, pendant la phase de transition, notre système énergétique reste stable, fiable et performant », a déclaré M. Beckers. « Cela signifie que les centrales électriques à combustibles fossiles ne vont pas simplement disparaître. Nous devons les gérer au mieux, puisqu’elles constituent des coûts irrécupérables importants et qu’elles sont encore nécessaires, dans certains cas, pour équilibrer le réseau. »

Le différend sur les infrastructures révèle les profondes divisions de l'Europe sur le gaz

L’accord âprement négocié a laissé la porte ouverte à certains projets de gaz naturel, notamment le maintien des droits acquis – ou la reconduction – pour les projets en cours à Chypre et à Malte.

Les groupes environnementaux, cependant, ne sont pas d’accord.

« Nous comprenons tout à fait l’intérêt de laisser du temps pour la transition, mais ne pas éteindre les centrales à gaz dès demain ne signifie pas pour autant que nous devons investir des fonds publics dans davantage de combustibles fossiles », a déclaré Elisa Giannelli, conseillère politique principale chez E3G, un groupe de réflexion sur le climat.

« Les ressources de l’UE ne devraient pas financer une ambition limitée ou un maintien du statu quo. Elles devraient financer la pointe du progrès », a-t-elle déclaré à EURACTIV dans des commentaires envoyés par courriel.

Si les fonds gérés par CINEA soutiennent des projets impliquant des énergies fossiles, c’est en raison du manque de cohérence du budget de l’UE, a-t-elle fait valoir.

M. Beckers maintient que les autres projets relatifs aux combustibles fossiles gérés par CINEA sont axés sur l’augmentation de la flexibilité des centrales électriques afin qu’elles puissent faire office de réserves pour les sources d’énergie renouvelable variables comme l’éolien et le solaire.

En tant que tels, ces projets favorisent un pourcentage plus élevé de sources d’énergie renouvelable et réduisent les émissions globales de gaz à effet de serre générées par la production d’électricité, affirme-t-il.

Mme Giannelli a toutefois rejeté ces arguments.

« Le plus important est de savoir que nous n’avons pas besoin de soutien public pour les installations ou les infrastructures de combustibles fossiles, ni pour équilibrer le réseau ni pour étendre les infrastructures au niveau de la transmission ou de la distribution », a-t-elle déclaré.

« Les fonds publics seraient mieux employés à soutenir l’efficacité énergétique et le déploiement des énergies renouvelables, surtout lorsque l’on observe l’impact des prix du gaz. »

Le « Mécanisme pour l’interconnexion en Europe » (CEF) a évolué au fil des ans. Le programme du CEF finance des projets de transport transfrontaliers, l’intégration du marché européen de l’énergie et la transformation numérique de l’économie, en soutenant le déploiement de réseaux à haute capacité.

Quelque 25,81 milliards d’euros seront consacrés à des projets de transport, dont 11,29 milliards sont réservés aux régions et pays les plus pauvres de l’UE. Les projets dans le domaine de l’énergie recevront 5,84 milliards d’euros, tandis que les projets numériques pourront bénéficier de 2,06 milliards d’euros.

Une source de financement supplémentaire pour CINEA est prévue dans le cadre du règlement sur les réseaux transeuropéens d’énergie (RTE-E), actuellement en cours de négociation par les députés.

Dans le cadre des discussions en cours, le Parlement européen a voté en faveur de l’exclusion des gazoducs du financement de l’UE, à quelques exceptions près.

Selon M. Beckers, la révision du règlement RTE-E entraînera un changement dans le type de projets gérés par l’agence, « comme l’inclusion des conduites d’hydrogène ».

Les députés européens interdisent le financement des gaz fossiles, à quelques exceptions près

Les députés européen ont voté mardi 28 septembre en faveur de la suppression du soutien au gaz fossile dans les règles de financement de l’UE pour les infrastructures énergétiques transfrontalières, connues sous le nom de « règlement RTE-E ».

 

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