L’Allemagne pourrait émettre 100 millions de tonnes de CO2 en moins

Selon les premières projections, l’Allemagne pourrait émettre entre 50 et 120 millions de tonnes de CO2 en moins cette année, ce qui pourrait même l’amener à dépasser son objectif climatique. Un article d’Euractiv Allemagne.

L’industrie allemande est en grande partie au point mort : la production est interrompue, et des usines entières sont provisoirement fermées. Selon les prévisions de l’Institut de Kiel pour l’économie mondiale (IfW), le PIB allemand pourrait chuter de 4,5 % en cas de couvre-feu national, et de 8,7 % dans le pire des cas. Cela devrait avoir un impact massif sur la demande d’électricité du pays.

L’industrie consomme à elle seule quelque 230 térawattheures par an, soit près de la moitié des besoins en électricité du pays. Elle est suivie du commerce, de l’artisanat et du secteur des services, qui est lui aussi largement au point mort. En comparaison, la consommation des ménages est bien moins importante, avec un peu moins de 130 térawattheures.

« Effet corona »

Quelles pourraient être les conséquences de cette situation pour le marché de l’électricité et les émissions de CO2 qui y sont liées ?

Les pays de la zone euro mobilisent 120 milliards d'euros contre le coronavirus

Les pays de la zone euro vont consacrer environ 1 % de leur PIB (120 milliards d’euros) à la lutte contre l’impact économique du coronavirus. Mais ils restent divisés sur la question d’un programme de relance budgétaire commun.

Le 20 mars, le groupe de réflexion Agora Energiewende a publié ses premières projections. Celles-ci montrent que l’industrie émettrait à elle seule 10 à 25 millions de tonnes de CO2 de moins que si les choses suivaient leur cours normalement. En y ajoutant les secteurs de l’électricité, des transports, du bâtiment et de l’agriculture, la baisse atteindrait au moins 50 millions de tonnes.

Et dans les cas extrêmes, les émissions de carbone pourraient même baisser de 120 millions de tonnes. Celles-ci diminueront de toute façon en raison de l’arrivée des beaux jours et des conditions du marché de l’énergie. Agora anticipe un « effet corona » de 30 à 100 millions de tonnes d’émissions en moins.

En raison du ralentissement économique, l’industrie allemande aura besoin de moins d’électricité, ce qui signifie que les prix de l’énergie devraient également baisser.

La société de conseil « enervis », spécialisée dans les marchés de l’énergie, estime que si la demande d’électricité baisse de 10 %, son prix sur le marché de gros diminuera en moyenne de 2,5 % cette année. Si le demande d’électricité chute de 20 %, le prix pourrait baisser de 4,7 % selon ses calculs.

En comparaison avec la crise financière de 2009, une telle réduction de la demande d’électricité est « tout à fait réaliste », estime Mirko Schlossarczyk d’enervis. Dans ce cas, l’Allemagne économiserait 25 millions de tonnes de CO2 dans le seul domaine de l’électricité. Agora envisage même une économie de 30 à 50 millions de tonnes dans ce secteur.

Chute des prix du CO2

L’impact du coronavirus sur le marché du carbone de l’UE est déjà clairement perceptible : le prix de la tonne de CO2 est passé d’environ 23 euros à 16 euros seulement.

De nombreuses entreprises s’attendent à une baisse significative de leur production en raison de la pandémie et vendent leurs crédits d’émission de CO2 afin d’augmenter leurs liquidités, explique Hanns Koenig de la société de conseil Aurora Energy Research.

La Commission tente d’assurer la survie des entreprises face au coronavirus

L’exécutif européen prend des mesures drastiques pour s’assurer que les grosses entreprises et les PME résistent à l’impact économique du coronavirus, a déclaré Thierry Breton, le commissaire européen à l’industrie.

Il ajoute que « les certificats d’émission peuvent rapidement être transformés en argent liquide, ce qui explique en partie cette diminution ». En d’autres termes, la demande de droits d’émission sur le marché de l’électricité décroît, ce qui fait baisser le prix du carbone.

En outre, les centrales à charbon sont également soumises à une forte concurrence de la part des centrales à gaz, car le prix de ce dernier est historiquement bas, indépendamment de la pandémie de coronavirus.

C’est une bonne chose pour l’environnement, car le gaz naturel émet moitié moins de CO2 que le charbon.

« En ce moment, le marché évolue de manière très défavorable aux centrales à charbon sur deux plans différents », résume Mirko Schlossarczyk.

Cependant, ces chiffres doivent être abordés avec prudence, car l’impact de la crise du COVID-19 sur la demande d’électricité reste encore du domaine de la spéculation et ne peut être mesuré à ce stade.

L’évolution du marché des certificats de CO2 de l’UE dépend également dans une certaine mesure de la psychologie des entrepreneurs et est donc difficile à anticiper, ajoute Mirko Schlossarczyk.

Les objectifs climatiques allemands peuvent encore être atteints

Il est tout aussi complexe de prévoir comment le coronavirus affectera les émissions de CO2 de l’Europe dans son ensemble.

Un analyste du groupe de réflexion sur l’énergie Ember s’est tout de même risqué à une première projection. Selon lui, si l’industrie européenne devait souffrir autant que le secteur industriel chinois, les émissions de CO2 chuteraient de 72 millions de tonnes cette année. Et la baisse proviendrait pour moitié du seul secteur de l’énergie.

L’Europe se prépare à une crise économique semblable à celle de 2008

L’épidémie de coronavirus pourrait entraîner des conséquences économiques comparables à celles de la crise de 2008, indique Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE). Son impact se ressent déjà dans plusieurs secteurs, comme le tourisme ou l’automobile.

La pandémie de coronavirus pourrait se traduire par un soulagement temporaire pour l’environnement. Selon un calcul du groupe de réflexion Carbon Brief, les mesures prises pour contenir le virus ont permis de réduire les émissions de CO2 en Chine d’un quart par rapport à la même période l’an dernier. Cela aurait déjà permis d’économiser 200 millions de tonnes de dioxyde de carbone en Chine uniquement.

Cela signifie que l’Allemagne pourrait, en fin de compte, atteindre ses objectifs climatiques 2020. Lundi 16 mars, Svenja Schulze (SPD), la ministre de l’Environnement, a fièrement présenté les chiffres officiels des émissions de gaz à effet de serre de l’an dernier et annoncé celles-ci avaient diminué de 6,3 %. Cela correspondrait à une réduction de 35,7 % des émissions de CO2 par rapport à 1990, ce qui signifie que l’objectif de 40 % serait à portée de main.

Peut-être sera-t-il possible d’aller encore plus loin. Si les prévisions d’Agora Energiewende se révèlent exactes, l’Allemagne parviendrait même à réduire ses émissions de 40 à 45 %. Contre toute attente, elle dépasserait ainsi son objectif climatique, qui était jusqu’à présent considéré comme inatteignable.

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