L’Antarctique en pleine débâcle

219 gigatonnes de glace fondent chaque année. [Shutterstock]

Depuis 2012, la fonte de l’Antarctique s’est accélérée d’un facteur trois. Ce qui laisse présager le pire pour la montée du niveau marin. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Le réchauffement est en cours, et ses effets se font toujours plus visibles: dans une édition spéciale de Nature, publiée alors que débute vendredi 15 juin à Davos (Suisse) la conférence scientifique POLAR2018, plusieurs équipes de recherche tirent la sonnette d’alarme quant à la fonte du sixième continent, dont la vitesse s’emballe.

Menée par observation satellitaire par le consortium IMBIE [Ice Sheet Mass Balance Inter-Comparison Exercise] mis en place par l’Agence spatiale européenne (ESA) et la National Aeronautics and Space Administration (NASA), la principale étude, menée sur la période 1992-2017, montre une accélération de la fonte ces cinq dernières années. Entre 1992 et 2011, l’Antarctique perdait 76 milliards de tonnes (gigatonnes, Gt) de glace par an; depuis 2012, ce taux a quasiment triplé, passant à 219 Gt par an.

«Le changement climatique n’est pas linéaire, il accélère»

C’est dans les régions des pôles que le changement climatique est le plus visible. Son impact y servira d’exemple pour le reste de la planète, expliquent Jan Dusík et Thierry Lucas, du Programme de l’ONU pour l’environnement.

+7,6 mm depuis 1992

Conséquence directe: la montée du niveau marin du seul fait de l’Antarctique s’est aussi accélérée. Sur la période 1992-2017, la fonte est responsable d’une élévation de 7,6 millimètres, dont 40% (3 mm) depuis 2012.

C’est dans l’Antarctique occidental que le phénomène est le plus marqué: de 73 Gt perdus par an entre 1992 et 2012, la fonte s’élève désormais à 159 Gt/an, tandis que la péninsule antarctique perd 33 Gt/an sur 2012-17 contre 16 Gt/an sur 1992-2011. Symptomatique de cette débâcle, même l’Antarctique oriental, plus froid, est passé d’un bilan positif (+13 Gt/an sur 1992-2011) à un bilan négatif (-28 Gt/an depuis 2012).

L’heure du choix

Dans un autre article, Steve Rintoul, du CSIRO [Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation] Oceans and Atmosphere de Hobart (Australie), et ses collègues jugent que l’humanité doit désormais «choisir l’avenir de l’Antarctique», entre deux scénarios se distinguant par le niveau d’émissions de GES et amenant la planète à une température de 0,9°C ou de 2,9°C en 2070. Dans le premier cas, la hausse du niveau marin pourrait être contenue à 6 centimètres. Dans le second, elle atteindrait 29 cm.

Et ce n’est qu’un début: le niveau marin continuerait à s’élever dans les décennies et siècles suivants. Dans le cas le plus favorable, celui d’une température moyenne maintenue en-dessous de 2°C (objectif fixé par l’Accord de Paris), la hausse du niveau marin, du seul fait de l’Antarctique, pourrait être maintenue en-dessous de un mètre. Dans un scénario tendanciel,  elle pourrait atteindre 5 à 9 mètres en 2300, voir 15 mètres au cours du prochain millénaire.

Archiver la glace pour les générations futures

Une équipe franco-italienne de glaciologues veut collecter des échantillons de glaciers du monde entier pour les chercheurs des prochaines générations. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Subscribe to our newsletters

Subscribe