Le « jour du dépassement »: une alliance internationale demande un plan d’urgence

epa07078238. Bruxelles: Sandrine Dixson-Declève prend la parole lors d'une conférence de presse sur le climat. EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ

Le jour du dépassement sera déclaré ce samedi 22 août, soit le jour où nous commencerons à consommer « à crédit » les ressources produites par la Terre. Un article d’Euractiv Allemagne.

À la fin de l’année 2020, l’humanité aura consommé autant de ressources naturelles que si nous vivions sur 1,6 Terre. Tel est le constat du « jour du dépassement », qui tombe le 22 août cette année. À cette date, nous aurons épuisé les ressources produites par la planète en 12 mois. Nous vivrons dès lors à crédit.

Le jour du dépassement est annoncé annuellement par le groupe de réflexion Global Footprint Network ; en 2020, l’Agence écossaise pour la protection de l’environnement et l’Université de Glasgow y ont également contribué. Cette année, la date sera décalée de trois semaines par rapport à 2019. En effet, selon les organisateurs, l’empreinte écologique globale a chuté de 9,3 % en raison de la pandémie de COVID-19.

Pour ses calculs, Global Footprint Network a collecté environ 15 000 points de données par pays. Celles-ci comparent l’offre et la consommation de ressources telles que l’eau, les forêts, le poisson ou la récolte avec la consommation d’énergie ou de nourriture. Une fois ces ressources épuisées, une sorte de compte de dette écologique est établi, qui ne peut pas être approvisionné si la situation reste inchangée.

La calotte glaciaire du Groenland va disparaître, sa fonte a atteint le point de non-retour

Il n’y a plus aucun espoir de voir la calotte glaciaire se reconstituer au Groenland. Les glaciers ont tellement rétréci que, même si le réchauffement climatique s’arrêtait aujourd’hui, ils disparaîtraient. Cela aura de lourdes conséquences sur le futur niveau des mers. Un article de notre partenaire Ouest France.

« Nous pouvons vivre sur ce crédit jusqu’à une date précise. Mais entre-temps, nous avons atteint un point de non-retour, comme le confirment les dernières nouvelles en provenance de l’Antarctique et du Groenland », a déclaré Johan Rockström, directeur du Postdam-Institut für Klimafolgenforschung (l’Institut de Potstdam pour la recherche sur le climat, PIK), au cours d’une visioconférence houleuse au sujet du jour du dépassement. À ses yeux, l’humanité a sous-estimé la Terre à de nombreux niveaux.

La pandémie de COVID-19 a montré qu’« au moins quelques États peuvent faire preuve de solidarité en temps de crise », a indiqué Sandrine Dixson-Declève, coprésidente du Club de Rome, un groupe de réflexion international. D’après elle, cet élan devrait aussi avoir lieu dans la lutte contre le changement climatique, une crise qui est loin d’être singulière. « Nous devons développer la solidarité entre le Nord et le Sud, et ce, à l’échelle locale, nationale et internationale. »

Réduire de moitié les émissions de CO2 d’ici à 2030

Dans leur édition 2.0 du « Plan d’urgence planétaire », déjà publié en 2019, le Club de Rome et le PIK décrivent à quoi pourrait ressembler cette entraide. Les auteurs demandent, entre autres, que les émissions de gaz à effet de serre soient réduites de moitié d’ici à 2030. Pour ce faire, le développement des énergies renouvelables devrait se multiplier par deux tous les quatre ans, tandis que les investissements annuels dans le secteur devraient tripler. De plus, les pays industrialisés devraient établir un « prix plancher de carbone » commun de minimum 30 dollars qui augmenterait au fur et à mesure. Parallèlement, l’impôt sur les combustibles fossiles devrait être élevé et leur financement devrait cesser.

D’après le plan, afin de protéger les ressources mondiales, un moratoire sur la déforestation et le financement du pétrole et du gaz devrait être instauré. De plus, à partir de 2025, les marais, les prairies et les savanes ne devraient plus être transformés en pâturages. Les financements destinés à leur protection devraient tripler. Ainsi, les aides financières versées au Fonds vert pour le climat devraient être portées à 200 milliards de dollars dans la prochaine décennie.

Les négociations européennes en matière de climat entrent dans une phase décisive

Le mois prochain, Bruxelles présentera des propositions pour améliorer les objectifs européens en matière de climat à l’horizon 2030, et ce, tandis que les pays de l’Est appellent à protéger les emplois et la croissance des répercussions liées au coronavirus.

La limite à 1,5 °C est bientôt atteinte

Pour Mme Dixson-Declève, l’année 2020 doit souligner l’urgence dans laquelle se trouve notre planète et faire de la protection climatique une priorité pendant ces dix prochaines années, car nous avons atteint un point critique. En novembre 2019, le Parlement européen avait d’ailleurs déclaré une telle urgence climatique.

Au vu des dernières prévisions de l’Organisation météorologique mondiale (WMO), la température moyenne mondiale devrait augmenter de 1°C, voire de 1,5°C, au cours des cinq prochaines années par rapport au niveau préindustriel (1850-1900). D’ici à la fin de siècle, la Terre pourrait se réchauffer de 2 à 5°C, selon les calculs de Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Le réchauffement climatique engendre également des conséquences économiques, comme le montre une étude publiée mercredi par le PIK en collaboration avec l’Institut de recherche Mercator sur le changement climatique et les ressources mondiales (MCC). En effet, une hausse de 4°C entraînerait probablement une baisse moyenne des performances économiques de près de 10 % dans de nombreuses régions du monde.

Les épidémies, autre spectre du réchauffement climatique

Réveil d’un virus préhistorique congelé, retour de la variole, la dengue s’installant en Europe… Ces scénarios dignes d’un film catastrophe sont sérieusement étudiés par les scientifiques, inquiets du risque épidémique lié au réchauffement climatique.

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