Le café sud-américain en péril

80% du café est produit en Amérique latine. [Martin Nabert/Shutterstock]

Le café va-t-il redevenir un produit de luxe? Selon une étude publiée lundi  11 novembre dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, entre 73% et 88% des terres agricoles consacrées à la culture du caféier en Amérique latine pourraient y devenir impropres d’ici à 2050. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

En 2015, des chercheurs colombiens avaient estimé que la culture latino-américaine de café pourrait voir ses terres réduites d’environ 30% d’ici la moitié du siècle. Ils étaient loin du compte: selon une analyse menée à une échelle plus fine (1 km2) par Pablo Imbach, du Centre international d’agriculture tropicale à Lima (Pérou), et ses collègues, la baisse pourrait s’élever à 88%,

C’est du moins ce qui arriverait avec un scénario climatique tendanciel (RCP8.5), qui prévoit une hausse moyenne de la température mondiale moyenne de 2°C d’ici à 2050 -et de 3,7°C d’ici à 2100. En cas de scénario plus optimiste (RCP4.5, avec une hausse de 1,4°C d’ici à 2050 et de 1,8°C d’ici à 2100), la surface agricole cultivable diminuerait de 73%.

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Toujours plus haut, toujours plus rare

Entre 12% et 30% des zones cultivables de 2050 seront de nouvelles terres jusqu’alors impropres au caféier. Pour la plupart, il s’agit de régions situées à des altitudes où le café ne peut actuellement pas s’épanouir. Ce qui peut  faire craindre un regain de déforestation, attisé par la pénurie en café.

Parmi les grands perdants figurent le Nicaragua, le Honduras et le Venezuela. D’autres, au relief plus montagneux, pourraient au contraire voir leur surface cultivée légèrement s’accroître, comme le Mexique, la Colombie, le Guatemala et le Costa Rica.

Moins de pollinisateurs

Ce risque climatique pourrait aussi s’exercer via une perte de diversité en pollinisateurs, cruciaux pour la culture du caféier. On compte actuellement 13 espèces d’abeilles par km2 dans les zones cultivées -contre 4,8 par km2 en moyenne sur le continent-, un chiffre qui pourrait diminuer de 8% à 18% d’ici à 2050.

Pour certaines régions (34% à 51% de celles cultivables en 2050), cet appauvrissement en abeilles pourrait aggraver les effets directs du réchauffement sur la plante. A l’inverse, 10% à 22% des terres devenues plus propices au café verront aussi leur biodiversité s’élever.

Outre l’Amérique latine, qui produit 80% du café mondial, d’autres pays producteurs pourraient aussi être affectés par le réchauffement. C’est le cas de l’Éthiopie, pays d’origine de Coffea arabica: selon une étude publiée en juin, 39% à 59% des surfaces cultivées pourraient devenir impropres  à sa culture d’ici la fin du siècle.

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