Le propane non inflammable remet le gaz de schiste en selle

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La France s'intéresse à une technique d'extraction du gaz de schiste au propane non inflammable. Une technique qui fait des adeptes sans avoir fait ses preuves.

Alors que la Commission européenne a publié  fin janvier ses recommandations pour l’exploitation du gaz de schiste, l'exploitation de ces hydrocarbures demeure interdite en France. Pour l'instant. Car le débat est relancé.

Le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, est ouvertement pour.

Début février, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a reçu Jean-Claude Lenoir, sénateur et co-auteur avec Christophe Bataille d'un rapport sur les technologies alternatives à la fracturation hydraulique.

En France, chacun a encore en tête la promesse de François Hollande, dans son discours d'investiture en mai 2012.

Tout sauf la fracturation hydraulique

« Dans l'état actuel de nos connaissances, personne ne peut affirmer que l'exploitation des gaz et huiles de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd'hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et l'environnement », avait alors déclaré le chef de l'État.

Un contexte qui a sonné le glas de la fracturation en France, qui avait été testée en Seine et Marne dans deux puits.

Aujourd'hui, une nouvelle technique, encore au stade expérimental,  marque les esprits à défaut de marquer des points. C'est celle de l'extraction au gaz propane non inflammable, ou heptafluoropropane, un hydrocarbure raffiné.

Le fait d'injecter du gaz sous-terre pour exploiter les hydrocarbures n'est pas nouveau: les pétroliers injectent depuis longtemps du CO2 dans les puits de pétrole ou de gaz. La dilatation du gaz au fur et à mesure qu'il parvient dans le sous-sol où la température est plus élevée permet en effet de faire pression sur les hydrocarbures convoités.

Dans le cas des gaz non conventionnels, l'heptafluoropropane permettrait également de fissurer la roche-mère dans laquelle huiles et gaz de houille et de schiste sont emprisonnés.

Intérêt des parlementaires

Lors de l'examen du sujet par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, le 4 février dernier, « les parlementaires ont marqué leur intérêt pour la question de cette nouvelle technologie, toutes les questions ont été posées par des intervenants convaincus de la nécessité de faire redémarrer le dossier » assure Jean-Claude Lenoir.

Grand connaisseur des dossiers énergétiques, puisqu'il a travaillé pour EDF, le sénateur de l'Orne compte parmi les fervents défenseurs de cette nouvelle technique et détaille ses avantages.

« L'heptafluoropropane est non inflammable, on l'injecte sous-terre et ensuite on le récupère entièrement, donc ce n'est pas nuisible pour l'environnement, et il n'y a pas d'eau qui est utilisée » assure le député. Contrairement à la fracturation hydraulique, qui exige d'avoir recours à énormément d'eau et à quelques produits chimiques, le gaz se suffit à lui-même.

« Le ministre du Redressement productif a demandé des éléments supplémentaires sur la technique du fluoropropane. Nous avons mis le doigt sur une technologie qui est propre, donc maintenant les conditions sont remplies pour qu'il y ait une expérimentation» assure le sénateur.

Un gaz dévastateur pour l'ozone et le climat

Le gaz en question n'est pourtant pas tout à fait un gaz miracle, loin de là. Pour l'heure, il est d'ailleurs interdit en France, comme tous les gaz à fort impact sur la couche d'ozone : c'est la Convention de Montréal qui le veut.

Ensuite, et la société Solvay qui le fabrique pour des utilisations médicales connaît bien le problème pour avoir longtemps travaillé sur le sujet, le gaz a un impact dévastateur sur l'effet de serre.

Il est en effet 320 fois plus nocifs que le Co2 sur l'effet de serre et donc le réchauffement climatique, et sa production est émettrice de gaz à effet de serre. Pour les écologistes, le remède à la fracturation hydraulique serait donc pire que le mal.

Prochaines étapes

L'heure n'est pas encore au démarrage des forages. Pour l'heure, les dirigeants d'ecorpStim, une société américaine qui propose la technique du propane non inflammable, devraient venir en France prochainement pour défendre le projet. Le chimiste Solvay est aussi aux manoeuvres pour convaincre l'exécutif de bouger.

Car du point de vue juridique, il manque plusieurs pièces au puzzle du gaz de schiste. A commencer par la mise en place d'un Comité national de Suivi, exigé par la loi de juillet 2011 adoptée en France. Ce qui ne peut se faire que par un arrêté qui dépend à la fois du ministère du Redressement productif, qui est pour, et du ministère de l'Écologie, chargé des sous-sols, et qui est…contre.

Ensuite, il faudrait qu'une autorisation d'expérimentation soit accordée. Il y a peu de chance que le dossier bouge rapidement, d'autant que les échéances électorales des municipales en mars et des européennes en mai figent le sujet. L'opinion publique y est massivement opposée, tout comme les Verts, et la gauche.

Les industriels à la manoeuvre

En revanche, que ce soit au Medef, à droite, au centre, l'idée d'avoir accès à une énergie moins chère séduit. Au syndicat des producteurs de pétrole, l'UFIP, Jean-Louis Schilanski a présenté début février un plaidoyer en faveur des hydrocarbures non conventionnels.

Il a notamment rappelé que le raffinage se trouvait aujourd'hui pris  en « tenaille » entre le raffinage américain à nouveau compétitif et les nouvelles raffineries du Moyen-Orient et d’Asie performantes et proches des marchés en croissance. La pétrochimie est un secteur gourmand en énergie et particulièrement en déclin en Europe, semble le plus motivé par le sujet.

Mais tout ce mouvement pro-gaz de schiste veut désormais se passer d'une terminologie devenue quasiment taboue. « Le terme de gaz de schiste hérisse, et il est impropre techniquement, mieux vaut ne pas l'utiliser, après tout il s'agit de gaz naturel classique que tout le monde utilise pour cuisiner » assure Jean-Claude Lenoir.

Pour Emmannuelle Cosse, leader du parti des Verts en France, la réouverture du dossier gaz de schiste serait "un casus belli"

Le gaz de schiste est une énergie fossile non conventionnelle qui se retrouve dans des fissures naturelles et des fractures du sol. Jusqu'à il y a peu, aucune méthode sûre pour l'acheminer vers la surface n'existait.

Le gaz de schiste est extrait de la surface grâce à la fracturation hydraulique. Ce processus consiste à briser des couches de schiste en injectant des liquides et un certain nombre d'additifs chimiques sous haute pression, ce qui libère les réserves de gaz.

Les partisans de cette technique affirment que le gaz de schiste représente une autre solution aux énergies fossiles traditionnelles. Selon ses détracteurs, il s'agit d'une énergie fossile très polluante.

Pour le moment, le Vieux Continent dépend de la Russie pour le gaz et les conflits entre Moscou et Kiev ont entraîné plusieurs interruptions de l'approvisionnement au cours des dernières années.

Aux États-Unis, le gaz de schiste représente déjà 16 % de la production mondiale de gaz naturel et certains experts ne s'entendent pas sur son potentiel à long terme.

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