Le réchauffement menace la sécurité alimentaire mondiale

La faim touche 11 % des Terriens [@Petterik Wiggers/Hollandse Hoogte]

La faim progresse dans le monde, et les atteintes à l’environnement n’arrangent pas la situation, selon l’indice mondial de la sécurité alimentaire (GFSI) publié mardi 26 septembre par l’Economist Intelligence Unit (EIU). Un article du JDLE.

Mi-septembre, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déjà prévenu : la faim dans le monde, qui semblait sur le déclin, est récemment repartie à la hausse. Le monde compterait désormais 815 millions de personnes souffrant de la faim (11 % de la population mondiale), contre 775 millions en 2015, se rapprochant rapidement des 900 millions de mal nourris estimés en 2000. En cause, les conflits et les catastrophes climatiques liées au réchauffement, dont les sécheresses et les inondations.

Instabilités politique et environnementale

Dans le sixième bilan annuel de son GFSI (Global Food Security Index), l’Economist Intelligence Unit (EIU), entreprise britannique appartenant au groupe The Economist (éditeur de l’hebdomadaire du même nom), tire aussi la sonnette l’alarme. Si les précédentes éditions suggéraient une amélioration, celle-ci montre désormais une nette détérioration à travers le monde. La conséquence d’« une croissance économique fluctuante, d’inégalités croissantes, de l’instabilité politique et des migrations forcées », explique l’EIU.

Jusqu’alors, cet indice n’était construit que sur trois grands groupes de critères : capacité d’achat des aliments, disponibilité des aliments, qualité/sécurité des aliments. Pour la première fois cette année, l’EIU a intégré six critères de nature environnementale : hausse de la température, sécheresse, inondations, sévérité des tempêtes, hausse du niveau de la mer, engagement de l’État concerné à lutter contre ces fléaux.

Pour l’ensemble des 113 pays analysés, l’indice, tel que calculé les années précédentes, se détériore, mais encore plus lorsque les facteurs environnementaux y sont ajoutés. Comprendre : les conditions environnementales constituent partout un frein à la sécurité alimentaire.

L’Irlande première, la France troisième

Dans certains cas plus que d’autres : Singapour perd ainsi 15 places, l’Australie neuf et Israël cinq places. À l’inverse, l’Autriche, peu affectée par l’érosion, et le Danemark, faiblement touché par la hausse thermique, gagnent respectivement neuf et sept places au classement, pour s’y retrouver deuxième et neuvième.

La France s’en tire bien : en tenant compte des critères environnementaux, elle gagne cinq places, passant de la huitième à la troisième place avec l’index corrigé.

Dans tous les cas de figure, c’est l’Irlande qui arrive première, détrônant ainsi les États-Unis, premiers jusqu’en 2016, mais quatrièmes en 2017. Raison de cette progression irlandaise : un produit intérieur brut (PIB) en hausse constante depuis 2012, la présence de nombreuses multinationales (attirées par un régime fiscal avantageux) qui tire l’économie vers le haut.

Faisant le même constat que d’autres, l’EIU s‘inquiète pour le Royaume-Uni. Bien que cinquième ex aequo, avec l’Allemagne et la Suisse, en tenant compte de l’environnement, le Brexit lui ouvre de peu riantes perspectives : « le revenu moyen va chuter de 6 % d’ici à 2018, et la faiblesse de la livre sterling va accroître le coût des importations. Environ un quart de l’alimentation des pays est importée de l’Union européenne, et la politique agricole commune [PAC] assure aux agriculteurs britanniques plus de la moitié de leurs revenus ».