Le spectre des Gilets Jaunes plane sur la réforme du marché européen du carbone

En France, en 2018, le mouvement des Gilets jaunes avait organisé des actions de blocage dans tout le pays pour protester contre la hausse des prix du carburant. [Birdog Vasile-Radu/Shutterstock]

L’eurodéputé Pascal Canfin (Renew Europe) a exprimé ses craintes sur l’extension du marché du carbone aux secteurs du transport et des bâtiments lors d’une conférence organisée par EURACTIV ce vendredi matin (25 juin). L’eurodéputé dénonce une mesure « politiquement et climatiquement suicidaire », qui n’est pas sans rappeler la crise des Gilets Jaunes en France en 2018. 

Le 20 avril dernier, Ursula von der Leyen avait annoncé que le marché carbone européen pourrait être étendu au secteur du transport routier et au secteur du bâtiment. Ce serait l’une des mesures phares afin que l’Europe atteigne son objectif de réduction de 55% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, dans le cadre du Green Deal. 

Inclure le marché du carbone au chauffage et au carburant reviendrait à créer un système de pollueur/payeur pour les ménages. En France, en 2018, une taxe carbone appliqué au secteur pétrolier avait donné lieu au mouvement des Gilets jaunes, avec des actions de blocage organisées dans tout le pays pour protester contre la hausse des prix du carburant.

Pour Pascal Canfin, aujourd’hui le spectre des Gilets Jaunes plane sur la réforme : « Ne faites pas l’erreur d’étendre le marché du carbone au chauffage et au carburant. Nous l’avons vécu en France, cela a donné les Gilets Jaunes », met-il en garde la Commission européenne. 

Selon l’eurodéputé, cet outil est peu efficace et son impact « limité à très limité » pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. « La réduction attendue dans le secteur du transport routier, grâce à cette mesure, est de 3%, ce qui est beaucoup plus faible que l’impact des normes », souligne-t-il. 

Mais pour Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne chargé du Green Deal, « la loi sur le climat façonnera la relance verte de l’UE et garantira une transition verte socialement juste. » Récemment, il s’est exprimé en faveur d’un fonds social climatique pour venir en aide aux ménages européens les plus démunis.

Un « fonds social d'action climatique » pour protéger les citoyens contre la hausse du prix du carbone

Le mois prochain, la Commission proposera un ensemble de mesures visant à réduire plus rapidement les émissions de gaz à effet de serre au cours de la présente décennie.

« Le choix de taxer les ménages les plus pauvres »

Également présent lors de la conférence d’EURACTIV, Adam Guibourgé-Czetwertynski, secrétaire d’État polonais au ministère du Climat et de l’Environnement, a abondé dans le sens de Pascal Canfin. Il s’est montré sceptique vis-à-vis de la mesure, dénonçant son « efficacité très limitée en termes climatiques » et ses « impacts sociaux très forts ». 

Selon lui, d’autres options telles que la taxe sur les transactions financières ou la taxe sur les grandes entreprises ont été écartées. « Et la commission semble faire le choix de taxer les ménages les plus pauvres », dénonce-t-il. 

Même si le secrétaire d’État reconnait qu’il faut « plus de politiques au niveau de l’UE » pour atteindre les objectifs climatiques de l’Europe pour 2050, il l’affirme : « je pense que politiquement, c’est une erreur ». 

Au Parlement européen, lors de l’adoption de la loi Climat jeudi (24 juin), Pascal Canfin avait déclaré : « Ne donnez pas aux populistes de gauche et de droite l’argument consistant à dire que nous allons rembourser une partie du plan de relance européen avec l’augmentation des factures de chauffage et l’augmentation des factures de diesel de l’ensemble des citoyens ». 

En avril dernier, Réseau Action Climat dénonçait un « piège social », qui frapperait de plein fouet les ménages les plus modestes : « cela veut dire qu’un individu qui utilise sa voiture essence ou diesel devra payer le prix du CO2 qui sera sur le marché carbone européen », expliquait l’ONG à Euractiv.

Selon Pascal Canfin, les décideurs européens n’ont pas encore tiré les leçons du mouvement des Gilets Jaunes. « Vous êtes en train de le vivre en Allemagne, cela donne un débat qui est toxique pour la lutte contre le dérèglement climatique. On l’a vu en Suisse, ça a mené au refus de la loi climat, à une courte majorité. Ne le faites pas en Europe ».

« C’est politiquement et climatiquement suicidaire. Ne le faites pas, c’est l’appel solennel que je vous lance aujourd’hui », conclut-il.

Proposition d’un marché carbone européen : un « piège social » selon Réseau Action Climat

Pour Neil Makaroff, responsable Europe chez Réseau Action Climat, cette mesure est « socialement très risquée et climatiquement assez inefficace ».

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