Le Sud s’intéresse à la géo-ingénierie climatique

[Albina Light shutterstock]

Plusieurs chercheurs de pays en développement appellent le Sud à prendre le leadership sur la recherche en géo-ingénierie climatique, dans une tribune publiée mercredi 4 avril dans la revue scientifique Nature. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement

Alors que le CO2 ne cesse de s’accumuler dans l’atmosphère, et que les températures s’élèvent, la tentation de la géo-ingénierie pourrait bien s’accentuer. Parmi ces techniques, figure notamment l’ensemencement en fer de la mer (afin d’y favoriser la production de phytoplancton, et donc l’absorption de CO2) ou encore la gestion du rayonnement solaire, qui consisterait, par exemple, à émettre des particules soufrées dans l’atmosphère pour renvoyer une partie du rayonnement.

Une approche controversée

Au-delà de son efficacité très hypothétique, la géo-ingénierie suscite la méfiance de nombreux chercheurs, qui craignent qu’elle induise des effets irréversibles sur le climat, mais aussi des effets nocifs sur d’autres volets environnementaux, dont la biodiversité.

La géo-ingénierie, un vrai levier contre le réchauffement climatique

La communauté internationale a déjà raté sa chance de limiter à 2 °C le réchauffement climatique, selon des chercheurs suisses. Les technologies de géo-ingénierie pourraient cependant permettre de rattraper ce temps perdu.

Si la majorité des experts s’accordent à favoriser l’atténuation, l’ampleur de la tâche incite nombre d’entre eux à évoquer ouvertement la géo-ingénierie comme une voie à ne pas délaisser. Dernier exemple en date, la tribune publiée mercredi 4 avril dans Nature par 12 chercheurs issus de pays en développement (Bangladesh, Brésil, Chine, Inde, Éthiopie, Jamaïque, Thaïlande, etc.).

Le Sud a un « rôle central » à jouer

Les chercheurs y évoquent la géo-ingénierie solaire, une « technique controversée, et à juste titre ». Selon eux, « il est trop tôt pour savoir quels seront ses effets : ils peuvent être soit très efficaces, soit très nocifs, et les pays en développement ont soit le plus à y gagner, soit le plus à y perdre. Mais à notre avis, ils doivent maintenir leur leadership climatique, et jouer un rôle central dans la recherche et les débats sur la géo-ingénierie solaire ».

Se disant « neutres » sur le sujet, refusant que la géo-ingénierie soit déployée avant que ses effets sanitaires et environnementaux soient connus, les chercheurs, qui constatent que la recherche sur le sujet est menée surtout dans les universités des pays riches, s’opposent à ce que « le Nord dicte l’agenda et qu’il décide quels projets de recherche doivent être accélérés ou écartés ».

Une initiative lancée en 2010

Afin d’empêcher cela, les signataires ont lancé en 2010 le SRMGI (Solar Radiation Management Governance Initiative), en partenariat avec la Royal Society de Londres, l’Académie des sciences du Tiers-Monde (TWAS) et l’ONG américaine Environmental Defense Fund. Après plusieurs ateliers organisés dans des pays du Sud, le SRMGI a lancé un premier appel à projets, afin de financer des projets de modélisation des effets de la géo-ingénierie solaire sur les pays du Sud.

Piloté par la TWAS, l’appel à projets est entièrement financé, à hauteur de 400.000 dollars, par l’Open Philanthropy Project, fondation présidée par Dustin Moskovitz (cofondateur de Facebook) et sa femme Cari Tuna. Ce qui n’est pas sans rappeler l’intérêt d’un autre milliardaire, Bill Gates, pour la géo-ingénierie, dont il a financé plusieurs projets de recherche.

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