Bruxelles, en faveur d’une réduction des émissions de CO2 à 55 %

La Commission européenne se prononcera en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre à 55 % d’ici à 2030. Elle entend également renforcer le rôle du renouvelable afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

La nouvelle sera confirmée mercredi (16 septembre) lorsque la présidente de la Commission européenne tiendra son premier discours sur l’état de l’Union devant le Parlement européen à Bruxelles.

La réponse historique du bloc pour lutter contre la crise sanitaire « offre une chance unique d’accélérer la transition vers une économie climatiquement neutre », avance l’exécutif européen dans un document dont la parution est prévue jeudi (17 septembre).

Forte de son budget à 1 800 milliards d’euros et son plan de relance établis sur sept ans (2021 à 2027), l’UE occupe désormais une position de choix pour que « ses secteurs commercial et industriel soient en pole position » dans la course vers une économie plus verte et connectée, indique le dossier ci-joint.

« Une réduction des émissions portée à 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 et à la fois faisable et bénéfique pour le bloc » si les bonnes mesures sont prises, stipule le document fuité, notant qu’une étude minutieuse des coûts et bénéfices sera révélée jeudi accompagnée de nouvelles propositions climatiques.

L’objectif climatique de 2030 est la pierre angulaire du Pacte vert pour l’Europe, dont l’objectif est de porter l’Europe au rang de premier continent neutre en carbone d’ici à 2050 tout en réduisant à néant les niveaux de pollution.

Grâce au plan de relance européen, l'action climatique a le vent en poupe

Si le Pacte vert pour l’Europe était pertinent sur leur plan économique avant la crise sanitaire, « il l’est encore plus à l’heure actuelle », car il contribuera à la relance post-COVID19, a indiqué Frans Timmermans.

Le renouvelable devrait occuper 40 % du bouquet énergétique d’ici à 2030

Une réduction à 55 % nécessitera de revoir l’ensemble des ambitions européennes à la hausse, notamment la filière du renouvelable, dont la part dans le mix énergétique devrait passer à 38-40 % d’ici à 2030, par rapport à 32 % prévu initialement.

À l’inverse, la consommation de charbon devrait être réduite de 70 % par rapport à 2015 et « le pétrole et le gaz de plus 30 % et 25 % » respectivement.

Toutefois, ces objectifs constituent « un défi significatif en ce qui concerne les investissements », admet la Commission, arguant qu’il sera nécessaire de « lancer bien plus d’actions » dans tous les secteurs économiques, tels que l’agriculture, la sylviculture, l’énergie et en particulier le bâtiment ainsi que les transports, où le taux d’émissions a continué de grimper ces dernières années.

De manière générale, les investissements annuels dans l’énergie propre devront être revus à la hausse d’« environ 350 milliards d’euros par an », énonce le document. Dans le même temps, « l’accélération de la transition contribuera à la modernisation de l’ensemble de l’économie », renchérit-il, mettant en exergue que le leadership européen sur l’action climatique donnera un avantage concurrentiel aux entreprises européennes sur la scène internationale.

« Nous avons la responsabilité d’agir dans l’intérêt des générations futures », martèle la Commission. « Si l’UE montre la voie, de nombreux gouvernements et citoyens à travers le monde verront qu’une prospérité croissante peut être combinée à une action climatique ambitieuse. »

Taxe carbone aux frontières : comment une idée française se retrouve sur le devant de la scène européenne 

Les présidents français n’ont cessé d’appeler de leurs voeux une taxe carbone aux frontières. Plus de 10 ans plus tard, l’idée a fait son chemin à Bruxelles et la Commission européenne prévoit de l’intégrer dans son plan de  relance. Une initiative européenne qui irrite Pékin alors que le prochain sommet UE Chine se tiendra lundi prochain.

Les débats sont amorcés 

Une fois publié, le document sera transféré au Parlement européen et au Conseil des ministres, qui l’examineront en vue de l’approuver.

Les positions du Parlement sont déjà très claires : les socialistes européens, la gauche et les Verts insistent pour une diminution à 65 %, avançant qu’il s’agit du seul objectif pertinent sur le plan scientifique par rapport à la volonté de rester sous la barre de 2 °C, comme indiqué dans l’accord de Paris.

Les libéraux défendront une réduction de 60 %, tandis que la droite, le plus grand groupe parlementaire, semble être prête à adopter une baisse de 55 %, abandonnant ainsi sa position plus traditionnelle sur la politique climatique.

Au sein du Conseil des ministres, également appelé le Conseil de l’UE ou le Conseil, les États membres d’Europe de l’Est devraient exprimer le plus de critiques, étant donné que leurs économies reposent majoritairement sur des industries polluantes et qu’ils craignent les répercussions sociales et économiques de la transition écologique.

De nouveaux objectifs climatiques devraient être « réalistes et prendre en compte les coûts sociaux, environnementaux et économiques qui incombent à chacun », ont mis en garde les ministres de Bulgarie, République tchèque, Hongrie, Pologne, Roumanie et Slovaquie dans une missive à l’intention de la Commission européenne en juillet.

Ces craintes ont également été mises en avant par les filières énergivores, notamment les secteurs du ciment, de l’acier, de l’aluminium et des produits chimiques qui sont confrontés aux défis les plus grands dans la réduction de leurs émissions.

« La Commission doit d’abord évaluer l’incidence qu’aurait un objectif européen plus élevé sur la concurrence des industries du bloc », a indiqué European Aluminium, une association industrielle.

« Ces dix dernières années, l’UE a perdu près d’un tiers de sa capacité de production d’aluminium et nous continuons à devoir assumer des coûts énergétiques toujours plus élevés par rapport à nos concurrents à l’échelle internationale » qui ne sont pas assujettis au marché européen du carbone et profitent de prix énergétiques plus avantageux, déplore l’association.

À cette fin, la Commission européenne devra « prendre des mesures pour protéger nos industries contre la fuite de carbone », ajoute le groupe, faisant référence au risque que les secteurs délocalisent leurs usines à l’étranger ou investissent en dehors de l’UE où les coûts de production sont moins chers.

« Dans le rang des priorités, nous attendons de la part de l’exécutif européen qu’il présente une stratégie claire afin de garantir la disponibilité d’électricité neutre en carbone à des prix compétitifs sur la scène internationale, et qu’il soutienne des projets visant à simplifier les investissements des entreprises dans les technologies renouvelables », a conclu European Aluminium.

Un débat public devrait être lancé en automne afin de renforcer l’engagement européen dans l’accord de Paris « avant la fin de l’année » et de préparer le terrain pour que le bloc puisse présenter un train de nouvelles propositions d’ici à juin 2021.

Lire le document ici :

LEAK-2030-target-plan_FS

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