Les effets climatiques sous-estimés de la déforestation tropicale

déforestation [CIFOR/Flickr]

Une étude publiée dans Science Advances révèle que les émissions liées à la destruction des forêts tropicales encore intactes sont six fois plus élevées qu’on ne l’estime actuellement  Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Parmi les forêts tropicales, 20 % sont estimées intactes, non affectées par l’activité humaine. Bien que stockant 40 % du carbone forestier tropical, ces forêts, qu’elles soient brésiliennes, congolaises ou indonésiennes, font l’objet de relativement peu d’actions de conservation.

Lancée en 2008, l’initiative REDD (Reducing emissions from deforestation and forest degradation), qui offre des incitations financières aux États en échange d’une action climatique via la protection des forêts, porte principalement sur des zones à forte déforestation, ou déjà en cours de dégradation. Tout effort de restauration ou de conservation y a en effet des effets rapides sur le stock de carbone.

Les grandes entreprises font l'autruche sur la déforestation

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D’importants effets à long terme

C’est un tort de ne pas porter plus d’attention aux forêts intactes, où les bénéfices sont certes plus lointains, mais aussi importants, estiment Sean Maxwell, de l’ONG Wildlife Conservation Society (New York), et ses collègues dans leur étude. A première vue, les bénéfices peuvent en effet paraître faibles : entre 2000 et 2013, leur surface a diminué de 7,2 %, ce qui n’équivaut qu’à 3,2 % des émissions liées à la déforestation tropicale au cours de cette période — soit 338 millions de tonnes de carbone (MtC).

Les impacts à plus long terme sont toutefois très importants, car d’autres facteurs s’ajoutent à la simple destruction des arbres. Cette déforestation ouvre en effet de nouvelles parcelles à l’abattage sélectif, et favorise aussi, par la fragmentation des forêts, un « effet bordure » : à la lisière des forêts, le stockage de carbone est nettement moins efficace. De plus, la chasse se voit favorisée, avec la destruction d’espèces dispersant les graines, et donc l’arrivée de nouveaux arbres.

Surtout, la destruction des forêts intactes empêche le stockage ultérieur de carbone d’origine anthropique. Selon les chercheurs, épargner les forêts vierges abattues entre 2000 et 2013 aurait permis de stocker 972 MtC d’ici 2050. En tenant compte de tous ces facteurs, ce ne sont pas 338 MtC qui ont été émises, mais 2 116 milliards de tonnes (gigatonnes, GtC), soit 626 % de plus !

12 millions d’hectares de forêts détruits en 2018

En baisse par rapport aux deux dernières années, la déforestation reste élevée au niveau mondial avec 12 millions d’hectares perdus en 2018. Un article de notre partenaire, le Journal de l’environnement.

Une « bombe à retardement »

« L’intérêt de conserver ces forêts intactes est encore plus pressant si l’on tient compte des impacts à long terme, en considérant l’état des forêts au milieu du siècle — une date phare de l’accord de Paris. L’expansion agricole, l’abattage des arbres, le développement des infrastructures et les incendies ont réduit ces forêts intactes de 7,2 % entre 2000 et 2013, mais les émissions réelles n’ont pas été prises en compte », observe Tom Evans, également de la Wildlife Conservation Society et co-auteur de l’étude.

Pour Sean Maxwell, qui qualifie le phénomène de « bombe à retardement », « il y a un besoin urgent de sauver ces milieux, car ils jouent un rôle indispensable dans la régulation du climat ». Selon les chercheurs, la situation doit aussi être évaluée dans les pays du Nord à forte couverture forestière, notamment la Russie et le Canada : entre la moitié et les deux tiers du carbone prélevé dans les écosystèmes impacts le sont en-dehors des tropiques.

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