Les États-Unis sortent officiellement de l’accord de Paris, des investisseurs s’inquiètent

Des militants de Greenpeace manifestent contre la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord de Paris sur le climat, à Madrid, en juin 2017. [EPA/MARISCAL]

Alors que les États-Unis sont aux prises avec le décompte des derniers votes qui détermineront qui sera leur prochain président, le pays a officiellement abandonné l’accord de Paris le 4 novembre, au grand dam d’importants investisseurs. Un article d’Euractiv Italie.

Parmi les actions de la présidence Obama qui ont suscité le plus de critiques de la part de Donald Trump figurent l’adhésion à la lutte contre le changement climatique et à l’accord de Paris. « C’est un mauvais accord pour les Américains », avait immédiatement déclaré le président nouvellement élu, affirmant que le pacte se traduirait par un préjudice de 3 000 milliards de dollars à l’économie américaine.

Une position entérinée par la nomination de Scott Pruitt, un républicain sceptique à l’égard de l’effet de serre, à la tête de l’Agence de protection de l’environnement.

Chaque fois que le pays a dû faire face à des incendies dévastateurs, comme ceux qui ont ravagé la Californie, Donald Trump en a imputé la cause au mauvais entretien des forêts.

Réduction des émissions importées : un défi de taille mais faisable

Pour être en ligne avec l’Accord de Paris et limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, les émissions de gaz à effet de serre importées de la France devrait baisser de 65 %  à l’horizon 2050.

Le challenger démocrate, Joe Biden, a pour sa part toujours affiché une position diamétralement opposée, ne cachant pas son désir de réintégrer l’accord s’il remportait la victoire.

Cela dit, alors que Donald Trump avait annoncé sa décision d’abandonner l’accord de Paris dès 2017, la notification officielle n’a été envoyée aux Nations unies que le 4 novembre 2019, en raison d’une clause du texte qui avait retardé la procédure. À partir du dépôt des documents officiels, Washington devait attendre un an pour être véritablement libéré de l’accord. Un temps désormais écoulé, l’heure fatidique a sonné alors que toute l’attention est focalisée sur le résultat des élections.

Un accord pionnier

L’accord de Paris est le premier accord universel et juridiquement contraignant sur le changement climatique. Il a été adopté lors de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) en décembre 2015 par près de 190 États.

L’objectif de l’accord est de fournir des efforts conjoints destinés à limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 degrés celcius par rapport au niveau préindustriel, tout en reconnaissant que cet objectif est plus difficile à atteindre pour les pays en développement et en conférant donc une responsabilité accrue aux autres pays.

Les mesures concrètes qui doivent être mises en œuvre pour atteindre les objectifs climatiques de Paris ont été inscrites noir sur blanc dans le cadre d’un document ultérieur, l’accord de Katowice, adopté lors de la conférence des Nations unies sur le climat (COP24) en décembre 2018 : c’est là que figurent les règles, les procédures et les orientations communes et détaillées qui doivent rendre l’accord de Paris opérationnel.

Les États-Unis sont le seul pays à l’avoir abandonné.

Bruxelles, en faveur d'une réduction des émissions de CO2 à 55 %

La Commission européenne se prononcera en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre à 55 % d’ici à 2030. Elle entend également renforcer le rôle du renouvelable afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

La peur des investisseurs

L’abandon de l’accord par Washington est lourd de conséquence car les États-Unis figurent parmi les puissances mondiales les plus polluantes. Les politiques de Donald Trump, qui a incontestablement adopté des mesures agressives à l’égard de l’environnement, notamment en assouplissant les règles sur les limites d’émissions des véhicules et en allégeant les contraintes sur le carbone, suscitent de nombreuses inquiétudes.

La mise en garde la plus récente provient d’un groupe d’investissement représentant des investisseurs européens et américains et disposant d’un patrimoine collectif de 30 000 milliards de dollars. Celui-ci a exhorté les États-Unis à réintégrer rapidement à l’accord mondial de lutte contre le changement climatique.

Le groupe, qui compte parmi ses membres de grands investisseurs tels que BlackRock Inc, basé à New York, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a averti que les États-Unis risquaient de prendre du retard dans la course à la création d’une économie mondiale plus propre en quittant l’accord de Paris.

« Adhérer à nouveau à l’accord de Paris constituerait un signal politique important, qui contribuerait à débloquer des flux supplémentaires de capitaux d’investisseurs afin de soutenir une croissance durable et la création d’emplois dans des secteurs clés de l’économie américaine », a déclaré Stephanie Pfeifer, directrice générale du Groupe des investisseurs institutionnels sur le changement climatique, dans un e-mail envoyé à l’agence Reuters.

Mais pourquoi un groupe de grands investisseurs s’inquiète-t-il du choix des États-Unis d’abandonner la lutte contre le changement climatique ? Les propos de Mindy Lubber, directrice générale du groupe Ceres Sustainability, qui défend le développement durable, fournissent un début de réponse : « Il y a une raison pour laquelle les investisseurs se mobilisent et plaident pour la réadhésion à l’accord de Paris : c’est parce qu’ils croient qu’il est bon pour l’économie ainsi que pour l’environnement et notre avenir. »

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