Les financements, éternelle épine dans le pied des négociations climat

Les négociations de Bonn augurent une COP24 difficile en Pologne. EPA-EFE/PHILIPP GUELLAND

Les négociations préparatoires à la COP 24 de Katowice ont de nouveau achoppé sur la question des financements climat. Une nouvelle réunion de préparation est prévue en Thaïlande en septembre.

La réunion préparatoire de la COP24, qui s’est tenue à Bonn (Allemagne), du 30 avril au 10 mai a de nouveau buté sur la question des financements climats.

La prochaine conférence de l’ONU sur le climat doit se tenir en Pologne en décembre, à Katowice. Cette COP24, organisée par un des pays européens les moins allants sur la question climatique, doit entériner les décisions prises lors de l’Accord de Paris en 2015. Et en permettre l’entrée en vigueur en 202.

Mais à quelques mois de la grande messe polonaise, le compte n’y est pas. Les négociations de Bonn ont d’ailleurs fait le constat de ce résultat en demi-teinte, puisqu’une nouvelle réunion intermédiaire a été programmée à Bangkok (Thaïlande), du 3 au 8 septembre.

Financements insuffisants

Parmi les principaux points de blocage, la question des moyens financiers à destination des pays en développement n’a guère avancé. « Les négociations de Bonn envoient un message inquiétant sur les financements climat – les options actuellement sur la table sont insuffisantes et le risque de blocage à la COP24 est élevé. » a mis en garde Armelle Le Comte, responsable du plaidoyer climat à Oxfam France.

Depuis la conclusion de l’Accord de Paris, la promesse des pays développés de consacrer 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 à la lutte contre le changement climatique dans les pays le plus pauvres n’a que peu avancé.

Et à seulement deux ans de l’échéance de 2020, l’inquiétude grimpe du côté des pays les moins avancés, très dépendants de la mise en œuvre de cette promesse pour mettre en oeuvre leurs engagements, mais aussi relever le niveau leur contribution nationale, autre pilier des négociations pré-COP24.

Selon un récent rapport d’Oxfam intitulé 2018: Les vrais chiffres des financements climat, le montant des financements climat déclarés sur la période 2015-2016 s’élève en effet à 48 milliards de dollars par an, soit bien en deçà de la promesse des 100 milliards.

Pire, ces chiffres seraient largement surestimés selon l’ONG, qui estime que les financements réels n’atteindraient que 16 à 21 milliards de dollars.

Outre le niveau insuffisants des financement, c’est également la définition des financements climat, les règles de comptabilisation, et le degré de prévisibilité qui doivent encore être négociés.  Et toutes les options sont encore ouvertes.

« Les financements sont indispensables pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris . Face au changement climatique, les pays vulnérables doivent faire face […] tout en luttant contre la pauvreté, et cela sans répéter les erreurs d’une économie dépendante des énergies fossiles. Nous ne pouvons pas remporter ce défi sans un soutien constant et prévisible » a rappelé le président du groupe des pays les moins avancés (PMA), Gebru Jember Endalew.

« Les pays développés doivent également être prêts à s’engager sur des règles équitables et robustes qui permettront de renforcer la confiance sur le fait que l’objectif de 100 milliards de dollars par an sera atteint en 2020. » explique Armelle Le Comte.

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Au-delà de la question pécuniaire, c’est également sur le niveau d’ambition que les négociations de Bonn ont déçu. En effet, l’ensemble des États signataires de l’Accord de Paris doit donner un coup de collier pour rehausser les engagements pris à Paris.

Pour l’heure, la somme des feuilles de route dans lesquelles les États indiquent leur objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre  sont loin d’être suffisantes pour contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C, ou 1,5°C.  En l’état, les contributions des pays conduiraient à une hausse des températures  de 3°C , soit bien au-dessus des ambitions de la COP21.

Mais certains gros émetteurs – notamment les États-Unis et l’Arabie Saoudite sont farouchement opposés à tout renforcement des ambitions nationales. Et l’ambition des pays les moins avancés demeure tributaire de la réalité des financements climat promis.

Enfin, pour que l’Accord de Paris puisse entrer en vigueur en 2020, les États membres doivent s’accorder sur un « mode d’emploi » –  un « rule book » –  qui devrait définir de manière pratique les règles permettant de mesurer les engagements climatiques des pays, mais aussi de détaillés les règles de contrôle et de transparence.

Autant de sujets qui seront remis sur la table à Bangkok, en amont de la publication à l’automne du rapport spécial du Giec consacré à l’objectif de 1,5 °C. Une échéance qui devrait rappeler l’urgence de l’action climatique avant le rendez-vous de  Katowice.

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