Les grandes entreprises françaises s’engagent pour le climat

Pierre Gattaz, président du MEDEF. [@EPA/JULIEN DE ROSA]

De grands groupes français se sont engagés à poursuivre l’esprit de la COP21 en s’associant autour d’objectifs concrets de réduction des émissions de CO2.

La décision du gouvernement fédéral américain de se retirer de l’accord n’a pas tué la COP 21. C’est le message que veulent faire passer les 91 entreprises signataires du French Business Climate Pledge. L’initiative, présentée à la presse lundi 11 décembre depuis le siège du Medef à Paris, rassemble des entreprises françaises désireuses d’agir afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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Évoquant une décision « réaliste », Nicolas Hulot revient sur la promesse de François Hollande de ramener la part du nucléaire à 50 % en 2025.

Parmi les signataires, on retrouve un grand nombre d’entreprises du CAC 40, comme Areva, EDF, Orange ou encore Pernod Ricard. Au total, ces 91 entreprises pèsent plus de 1 500 milliards de chiffre d’affaires et représentent  au moins 6 millions d’emplois.

Le projet initial, lancé en décembre 2015 à la suite de l’Accord de Paris, aurait d’ores et déjà permis aux 39 entreprises alors engagées dans le processus de financer 29 milliards d’euros de projets de recherche et développement dans les énergies renouvelables. L’organisation patronale annonce également le financement déjà engagé de 128 milliards d’euros pour des projets de lutte contre le changement climatique.

L’action pour le climat serait bonne pour les affaires

« C’est une décision de bon sens » affirme Jean-Pascal Tricoire, le PDG de Schneider Electric. Selon le patron du CAC40, « l’intérêt durable des sociétés civiles est le même que celui des entreprises ». L’économie de marché pousserait naturellement les entreprises à lutter contre les émissions de gaz à effet de serre : « Les entreprises ne parviennent plus à attirer des collaborateurs dans des centres-villes pollués », explique le directeur général qui a vécu 5 ans à Shanghai dans les années 1990. « Les millenials (jeune génération née avec internet, ndlr.) ne souhaitent plus travailler avec des entreprises qui ne s’engagent pas dans l’action pour le climat » ajoute-t-il, concédant par là même que la protection de la planète est également un enjeu de communication et de réputation pour les grands groupes.

Son entreprise, Schneider Electric, pilier industriel français de la distribution électrique, s’est fixée 10 objectifs à horizon 2030 : le groupe espère par exemple « faciliter l’accès à l’éclairage et à la communication pour 50 millions de personnes d’ici 10 ans grâce à des solutions bas carbone ». L’industriel s’est en revanche prononcé contre l’idée du ministre de l’économie Bruno Le Maire, de créer une taxe européenne sur les transaction financière pour lutter contre le réchauffement climatique : « ne je pense pas que ce soit la bonne solution » a-t-il déclaré à la presse.

La démonstration de force du secteur privé français espère avoir un résonnement international. Le nom anglais de « French business climate pledge » s’adresse particulièrement au secteur et au gouvernement américain.

Ainsi que l’a fait remarquer Laurence Tubiana : « à Bonn, lors de la COP 23, la délégation du secteur privé américain était plus grande que la délégation officielle américaine ». Les États seraient concurrencés par le monde des affaires, capable, lui aussi et tout autant, de lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

La COP23 laisse en plan la question du financement

Les pays riches avaient promis de lever 100 milliards de dollars d’ici 2020 pour financer la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement. En septembre 2017, les engagements concrets ne s’élevaient pourtant qu’à 10,3 milliards.

Hulot applaudit et annonce une réforme de l’objet social des entreprises

Moins convaincu par les vertus écologiques du capitalisme, le ministre de la transition écologique et solidaire s’est cependant félicité de la signature de ce « climate pledge ». « Qui eut cru, il y a quelques années, que je serais ici parmi les patrons du CAC40 portant un accord sur le climat » a déclaré Nicolas Hulot, estimant que la signature d’un tel engagement était le signe d’ « une métamorphose  de la société.»

Le ministre, qui travaille encore à son projet de Green New Deal, choc écologique à destination des entreprises prévu pour 2018, a salué la bonne volonté des entreprises signataires : « Tout ce que m’ont demandé les entreprises en échange de leur action pour le climat, c’est de ne pas changer les règles du jeu à chaque instant » a-t-il souligné.

Nicolas Hulot a également précisé les contours d’une réforme de l’objet social des entreprises : « Nous allons faire évoluer l’objet social des entreprises qui ne peut plus être le simple profit, sans considération aucune pour les femmes et les hommes qui y travaillent, sans regard sur les dégâts environnementaux » a-t-il déclaré.

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